ACADEMIE DBS SCIENCES, ARTS ET BELLES-LETTRES DE DIJON. ^.9Ll.^- H^ HMriMM*M*«>mmailHBCWit?^ ACAD^MIE DES SCIENCES, ARTS ET BELLES-LETTRES DE DIJON. SEANCE PUBLIQUE DU ^4 AOUT 182I. DIJON, TRANTIN, IMPRIMEUR DU ROI ET DE L'ACAD^MIE. 1823. ACADEMIE DES SCIENCES, ARTS ET BELLES-LETTRES DE DIJON. fiEANCE PUBLIQUE DU ^4 AQUT 182I. IVl. DuRANDE, Chevalier des ordres de Saint -Michel et de la Legion d'honneur , President , ouvre la seance et dit : Messieurs , Lorsque je vols reunie en ce lieu I'elite des habitans de cette ville ; Lorsque ce temple des Muses s'olf re k mes yeux, non moins honore par la presence des premieres autorites , que par celle de ces adininistrateurs temporaires qui cliaque an- nee paient leur dette a la patrie par quinze jours de devouement et de lumieres; *■ Lorsque ines regards s'arrctent sur cet il» (6) lustre Prelat, aussi recommandable par ses vertus et ses talens , que par son zele pour la religion ; Lorsqu'au milieu de tant de sujets d'ad- miration et de respect , je retrouve presens a ma pensee les grands hommes dent les bus- ies decorent cette enceinte , et dont les noms seuls rappellent la gloire et le genie , un sen- timent de crainte , une juste meliance demoi- nieme s'emparent de mon esprit, et m'inter- diroient la parole , si je n'etois rassure , Messieurs, et par votre indulgence habituelle, et par votre amour pour les sciences et les iettres j le prix que vous y attachez semble donner une nouvelle vie a nos travaux , dont la plus flatteuse et la plus douce recompense sera votre estime et vos suffrages. Mais avant de vous presenter un aper^u de ces travaux, il est une tache a remplir que prescrivent imperieusement le sentiment et la reconnois- sance. Des temoianases de souvenir et d'interet doivent etre decernes aux savans, qui pen- dant le cours de cette annee nous ont hono- res du fruit de leurs veilles. Les corps litte- raires qui nous ont enrichis de leurs ecrits et de leurs observations , ont des droits egaux k ces sentimens , et c'est avec une vive satis- (7) Faction que rAcademie acqnitte publique- ment cette dette de reconnoissance. Que la Societe royale de Londres, dontla correspondance nous est si precieuse , trouve ici I'expression de notre admiration et de notre gratitude. L'Academie regarde comrae un titre de gloire son association a ses tra- vaux,* et non moins pour lui donner une preuve de son devouement, que pour hono- rer le merite , elle prononcera incessarament en seance publique I'elogedu celebre Bancks, qui pendant nombre d'annees presida cette Societe avec tant de gloire et de dignite. De si beaux exemples , Messieurs , et des communications d'un si liaut interet, ne pou- voient qu'augmenter notre zele pour le pro- gres des connoissances humaines, et nous fortifier dans cette pensee, qu'aucune science n'est encore parvenue a son degre de per- fection , et que dans I'etude des sciences phy- siques et naturelles il reste encore l>eaucoup de faits a decouvrir j et dans I'ordre des ve- rites morales , des saines doctrines a develop- per, qui peuvent avec fruit combattre les erreurs du jour et nous ramener aux prin- cipes immuables d'ordre et de civilisation. Si les Academies i'urent instituees pour la recherche etla propagation de la yerite, I'uue \ (8) de lenrs premieres taches est sans donte d'e- clairer les esprits sur la veritable route k sui- vre, d'appeler leur attention sur les points de fait, et surtout de les detourner de ces theories captieuses qui seduisent sans ins- truire, et en s'ecartant du clierain de la ve- rite , n'entretiennent Timagination que d'er- reurs et de paradoxes. Les ouv rages de ce genre seroient peut- etre moins nombreux, si la jevxnesse etoit ineilleur juge de ses forces, et si elle par- venoit a se convaincre qu'il est dans la car- rieredelavie deuxepoques bien distinctes^ I'une pour apprendre et mediter, I'autre pour enseigner et piiblier. Conibien de reputations sont de venues ephemeres poiir avoir devance le terme de la maturite j et sans parler de toutes les sciences, en nous renfermant dans lalimite des sciences naturelles , que de torts ne leur ont pas faits ceux qui , trop peu clairvoyans pour pene- trer les mysteres de la nature , ont cherche a s'etablir une reputation, soit par des crea- tions fictives de genre et d'espece, soit par des cliangeinens de nomenclature , soit enfin par d'autres reclierches encore plus futiles ; ils ont inutiiement complique la science ; ils ont peut-etre diminue le nombre de ses adeptes j (9 ) tandis que ceux qui raiment veiitablement doivent chercher les moyens de la simpliiier, de la mettre a la portee du plvis grand noin- bre , et enlin autant que possible de rendre son etude attrayante et facile. Et d'ailleurs , Messieurs , qui ne connoit la seclieresse et le vide des nomenclattires ? Jean-Jacquesavoit bienraisondedire : «Les clioses ne sont rien par rapport k nous , elles ne sont encore rien lorsqu'elles ont un nom ; elles ne coramencent a exister que lorsque nous leur connoissons des rapports et des proprietes. » Qui n'est egalement penetre de I'inconve- nient des systemes? cependant ils ont I'avan- tage de lier les faits, et naeme lorsqu'ils sont errones, ils pretent^ la science de nouveaux cliarmes en la peignant sous des couleurs qui plaisent etqui seduisent. Les systemes sont d'ailleurs d'autant moins a craindre , qu'a la longue ils sont renverses par le temps et I'experience. Ainsi les systemes, ou plutot les nuages qui obscurcissoient la science du Monde , n'ont-ils pas etedissipes par les lumieres du celebre Newton j a sa voix toutes les spheres du ciel ont apparu, mues par une seule force dans le vide de I'univers , et son siecle etonne a reconnu cette verlte et public ses louanges, II n'est done que les faits et les saines doctrines qui puissent etendre et perfectionner nos connoissances , soit dans la carriere des sciences , soit dans I'ordre des verites mo- rales. Penetree de ces principes, 1' Academic pro- pose pour sujet de prix k decerner dans le cours de I'annee prochaine , la question sui- vante : Determiner dans quel cas I'eau convertit les chlorures jnetaUiques en hydro-chlora- tes f et ceux dans lesquels les chlorures se dissolvent dans I'eau sans decomposition, reciproque. L' Academic met au concours pour I'anneG •1823, une autre question ainsi con^ue : Comment pourroit-on enlever aux eaux- de-vie de marc de raisin, de grains , de pom- mes de terre, etc. , I'odeur et la saveur qui les distinguent de I' eau-de-vie de vin ? Nous regrettons , Messieurs , de n'avoir point de couronne h. decerner en ce jour j mais il ne nous est parvenu aucun memoire sur la question de physique , ainsi posee : Jusqu'a quel point peut-on dans I'etatac- ( lO tuel des sciences physiques , expliquer les phenomhies m^teoroLogiques aqueux ? L'Acadenile desesperant d'obtenir la solu- tion de cette proposition , croit devoir la re- tirer du conconrs ; et intlmement persuadee que les saines doctrines n'ont pas inoins d'in- fluence sur le bonlieur des hommes que I'ac- croissement des connoissances humaines ; guidee par le desir de combattre les mauvaises doctrines et de ramener ces idees positives que d'audacieux sophistes clierclient sans cesse adetruire, I'Academie of'lre aux publi- cistes, pour sujet d'un prix a distribuer en 1822, le developperaent de cette verite : L' Autoritd en prdvenant les ecarts de Vin- dSpendance dans notre conduite religieuse , politique etprivee, pourvoit aux veritables interets de la socidte , comme a notre besoiii le plus indispensa ble . Les memoires sur cet objet, et sur la ques- tion des chlorures , doivent etre envoyes au President de I'Academie avant le i.*"' mars 1822; ceuxrelatifsalasecondequestion, avant le 1.^*" mars 1828 : ces termes sont de rigueur. La seance pubiique sera remplie par les objets suivans ; ( 12) Compte rendu des travaux de I'AcademIe pendant Fannee i8ai,parM. le Secretaire de I'Academie. Notice surla vie et les ouvrages de M. Ma- ret, par M. DuRANDE. Dissertation snr la bataille de Fontaine- Frangaise , par M. Girauxt. Essai sur le genre romantique, par M. FOISSET. Etsi le temps le permet, il sera fait lecture d'une digression sur la bonne chere des An- ciens , par M. Peignot. COMPTE RENDU BES TRAVAUX DE 1,'aCADEMIE DE DIJOjST , PENDANT x'aNNEE 182I. Messieurs, L'AcADEMiE, en jiubllant cliaque annee I'analyse de ses travaux , s'acquitte de ce tri- but avec une vive satisfaction par I'espoir d'accroitre le ^out des sciences, d'encourager les savans et de propager leurs decouvertes; il est egalement ilatteur povir elle de saisir cette occasion de manifester publiquement ses sentimens d'estime et de reconnoissance k regard de ceux de ses membres qui lui ont fait part du fruit de leurs veilles et de leurs travaux ; et tandis que TAcademie se felicite de pouvoir exprimer en ce jour ses sentimens si bien recompenses par les vues d'utilite qui ^stinguent les ecrits de la plupart de ses collaboratevirs , ma plume s'lionore de I'hom- mage qu'elle decerne a leurs talens. Que de satisfaction j'eprouverois , Messieurs, si par I'analyse de ces oiivrages nous pouvions augmenter la somme des connoissances hu- ( M ) tnaines, agrandir la sphere du genie, etsur- tout propager avec espoir de conviction , le developpement de verites positives, qui , par leur importance dans I'ordre social , pour- roient influer sur la destinee des ^^tats et sur le bonlieur des peuples ! Qui plus que la science doit deplorer nos debats politiques ? Les agitations , les dechi- remens qu'ils occasionnent , f'urent toujours nuisibles a ses succes. La culture des scien- ces exige imperieusement I'absence de toute inquietude} mais lorsque les verites positives auront recouvre leur empire , lorsque la France ne sera plus troublee par ces divisions d'opinion, affligeantes pour les Etats et in- quietantes pour les peuples , esperons que le gouvernement pourra d'une maniere plus speciale diriger sa sollicltude vers les sciences et les lettres ; esperons qu'elles trouveront dans une protection eclatante de nouveaux motifs d'encouragement et d'emulation , et qu'enfin elles reparoitront sur la scene du monde , brillantes de cette gloire et de cet eclat qui jadis les signaloit sous le regne de Louis XIV, et sous I'administration de Colbert. L'analyse des travaux de I'Academie se di- vise naturellem^nt en deux parties, Sciences ( 15) et Arts,Histoire et Belles-Lettres. M. Foisset s'est charge clu solii de rediger cette seconde j>artie du Compte rendu. Dans le cours de son analyse litteraire , on retrouve Tem- prcinte de ces verites f ondamentales que les sophistes ont vainement tente de bannir du coeur de I'homme. Pulssent les lemons du temps , puisse le genie de nos meilleurs ecri- vains les y graver plus profondement pour son propre bonheur , et pour I'interet meme de la societe \ puissent encore tant de jeunes talens, aulieu de perdre leur temps en discus- sions inutiles ou dangereuses, renoncera des succes cjui ne pourroient etre qu'epliem^res , et, convaincus de la faussete de leurs doc- trines, chercher une reputation plus durable et mieux meritee, en suivant la route que leur ont tracee les grands horaraes des deux siecles precedens ! L'amour de la nouveaute , et peut-etre le desir de donner plus d'importauce k cet art consolateur dont la pratique doit dtre sim- ple comme la nature, ont souvent fait perdre de vue cette verite importante , que c'est principalement dans les plantes qui croisserit autour de nous, qu'il I'aut chercher des re- m^des a nos maux, et que le plus souvent ( i6 ) elles doivent ^tre preferees a ces vegetatix exotiques qu'a grands frais on transporte des regions lointaines , et qui ne sont en rap- port, ni avec les constitutions meteoriques qui modifient notre existence , ni avec les diverses maladies qui entravent son action. Douter de cette verite, ne seroit-ce point accuser la prevoyance supreme ? eh ! rai- sonnablement peut-on penser que les Euro- peens eussent ete , sans la decouverte du Nouveau Monde , victimes des fievres inter- mittentes et pernicieuses. Notre tiedeur pour I'etude , notre defaut d'observation doivent encore etre mis au nombre des causes qui nous font juger nos climats peu riches en substances medicina- les 5 pent - etre foulons-nous aux pieds des plantes dont nous meconnoissons les vertus, et qui , par suite de notre insouciance , ne servent plus qu'a embellir nos montagnes et nos bois , ou a nourrir nos troupeaux. On ne sauroit trop le repeterj cliaque pays, chaque cliraat a ses prodiictions qui lui sont propres , et toutes sont en harmonic avec les besoins et les maux de ses habitans ; ainsi , dans le Groenland, dans le Kamtchatka, dans ces regions aff'reuses ou la nature semble cxpirer , le peu de forces dont elle jouit est (17) temploye k faire croitre tics vegetaux , dont ]a plupart sont antidotes du scorbut , mala- die endemique des regions septentrionales. L'Academie doit done quelques louanges a celui qui, cultivant en grand ies plantes usuelles indigenes , donne peut-etre par ce inoyen plus d'activite , plus d'energie k leur principe curatif", perfectionne leurs vertus, leurs qualites raedicales , et Ies rend plus eflicaces contra Ies maux qui desolent I'es- pece humaine. Et pourquoi n'en seroit-il pas des vege- taux que la nature a consacres a I'art de gue- rir, comme des plantes cereales qui nous ser- vent d'alimens , et qui doivent tout aux tra- vaux de I'art agricole ? Je vous lalsse a penser , Messieurs , de quelle qualite seroit le pain prepare avec le ble, si lagraine qui le produit etoit aban- donnee aux seuls soins de la nature. Vous entretenir des avanta^es de la cul- ture en grand des plantes usuelles , c'est vous rappeler ces Memoires dont vous avez en- tendu la lecture avec un vif interet , et qui sont le resultat des essais faits en grand par M/ Daignay, dans ses proprietes de Losne, sur des vegetaux renoinmes dans la medecine, notamment sur la camoiriilie romaine fan- ( i8 ) ihemis nobilis) , la guimauve ( althea ofji" cinalis) , I'aunee (inula heleniumj, la bar- dane (arctiunt lappa) , la grande consoude ( s'lmphytum ofJicinaLe) , la cliicoree amere ( cic liorium intybusj ; eniin , la patience (rumex patientia ) . Vous avez regrette. Messieurs, que M/ Daignay ait garde le silence sur la culture du ricin (ricinus communis ) , qui, quoique originaire d'Europe, demande quelques pre- cautionspeu connues , et sur celle de I'ange- lique C angelica archangelica ) et du reglisse (crj/ych;yrrhiza glabra). Cette derniere plante est d'un usage si frequent en medecine, qu'on. jie sauroit trop publier le moyen d'en ob- tenir une recolte abondante. On atteint ce but en arretant le tracement de ses racines ,► c'est-a-dire en circonscrivant leur propaga- tion dans I'interieur d'un tonneau que I'on enfonce en terre , et au centre duquel on place trois ouquatre jeunes plants de reglisse. Les essais de M. Daignay nous ont appris que la guimauve, pour prosperer , exige une terre forte ; qu'elJe doit etre semee en oc- tobre , au plus tard en novembre ; et qu'au xetour du printemps, il faut avoir soin d'e- claircir les jeunes plants , en laissant entre eux dix-huit pouces d'intervalle. (19) II vous a egalement prouve , que le repi- quage de ces jeunes plants offroit de grands avantages j les epoques convenables a la recolte des raqgries et des fleurs font encore partie de son Meinoire, auquel il a joint I'expose des precautions a prendre pour les dessecher et les conserver , sans qu'elles puissent subir aucune sorte d'alteratlon. La culture de I'aunee , d'apres ses expe- riences , reclame les memes soins que celle de la guimauve , avec cette difference qu'elle ne reussit point par le replantage j et de plus ses racines doivent etre recoltees la premiere annee , par la raison qu'en acquerant de la vetuste elles deviennent Hgneuses. Si, comme nous I'avons deja dit, chaque pays , chaque climat se distinguent par des productions differentes et qui leur sont pro- presj de meme, chaque espece de terre nour- rit dans son sein des vegetaux qu'on eleveroit sans succes dans d'autres sortes de terrain. Ainsila chicoree amere, d'apres M. Daignay, ne reussit que dans une terre sablonneuse j elle doit etre semee en avril , et recoltee la premiere annee; la seconde, elle n'est bonne que pour la graine. Nous n'entrerons pas, Messieurs , dans de plusgrands details sur les Mexnoires de cet ( so ) interessant agronome ; e'en est assez, je pen-* se , pour lui prouver I'interet que nous pre- nons a ses travaux, et pour faire sentir com- bien il seroit avantageux cl<» multiplier ces pharmacies agricoles, soitdansl'espoird'une plus grande intensite de vertus dans les plan- tes usuelles, soit dans des vues d'economie , qui ne sont point a negliger dans I'art de guerir, puisque le paiivre, comme le riche, sont egalement sujets aux inlirmites hu- maines. Lorsque ces sortes d'etablissemens se se- ront multiplies, le Gouvernement s'empres- sera sans doute de les favorlser, en imposant un tribut sur les productions vegetales que nous tirons du dehors quoiqu'elles reussis- sent dans nos climats ; telle est, par exeraple, la camomille romaine. C'est paralyser I'industrie et appauvrir un ]fetat , que de le rendre tributaire des autres royaumes , lorsqu'on n'y est pas contraint par une imperieuse necessite. Les remedes indigenes que f ournit le regnp vegetal , quand meme on commettroit de le- geres erreurs dans leur prescription , presen- tent rarement de craves inconv^niens; mais t) il n'en est pas de raSme de ceux que nous devons aux autres regnes. Je puis citer, pour (21 ) preuve de cette assertion, I'yode , qui a fixe rattention de M. Coindet , inedecin h. Ge- neve , par son efficacite centre le goitre, et danslequel ilreconnoit encore une autre ver- tu, celle d'etre un puissant emmenagogue. Get habile raedecin , Messieurs , vous a fait part de ses vues sur I'emploi et le succes de ce remede ; mais depuis il a rendu public ce Memoire, ou chacun pent puiser les lumieres qu'on est en droit d'attendre de ses connois- sances et de ses. talens. Lorsque I'esprit de novation generalement repandu , sembie condamner a I'oubli tout ce qu'on doit au temps , a i'experience et k I'observation J Lorsque la passion dominante de I'amour propre et le gout des plaisirs font illusion sur la longueur du temps qu'exige la con- noissance de la medecine , et sur ses etudes approfondies et multipliees , il est , ce me sembie , du devoir des Academies d'insister loililement sur les rem^des recemment de- couverts, et de ne point les preconiser sans un Qoncours d'experiences qui mettent hors de doute leur efficacite, surtout lorsqu'ils exigent, de la part de celui qui les prescrit, Ijeaucoup de prudence et de sagacite. Ainsi I'yode , eminemment actif , pourroit deve- ( 22) lopper et donner une nouvelle force h. des virus dont I'existence ne seroit pas soup- ^oxinee : de ce notnbre est le vice scrofuleux. Enfin , Messieurs , la circonspection de I'Acadetnie par rapport a ce notiveau me- dicament, est d'autant plusfondee, que deux medecins de cette ville I'ont dejk employe , sans oser se prononcer sur son degre d'effi- cacite. Nous vous parlerons, Messieurs, avec plus de confiance et sans inquietudes , des ana- lyses de deux mines de fer, que nous devons aux connoissances cliimiques de M. Masson, pliarmacien de cette ville. ^p ^-> La mine de fer refractaire de la Haute- Saone , traitee alternativement par la voie seche et par la voie humide, lui a donne pour lesultat un tltanate de fer , m^le de silice , d'alumine et de manganese. Naturellement nous devions attacher plus d'inter^t a la mine decouverte dans les en- virons de Quemigny, arrondisseraent de Di- jon j mais son analyse n'a point repondu aux desirs de I'Academie. II est constate par les essais chlmiques de M. Masson , qu'on ne retireroit aucun avantage de rexploitation de cette sorte de mine ; elle contient beau- coup d'argile , et dans una telle proportion. ( 23 ) qii'^elie fournlt k peine de vingt h. vi'ngt-cinq pour cent. Si les progr^s de la cliimie ont rendu de \ grands services k la docimasie, ils n'ont pas eu moinsd'iniluence sur le perfectionneraent des arts. " -'^'f^^-^^'n • M. Gaspard Brugnatelli, professeur d'HIs- toire naturelle k Pavie , vous a fait parve- Tiir, Messieurs, un ^cliantillon d'une riche couleur violette qu'il a retiree des fientes de poules. A cet ef'let , il traite cette substance par I'acide sulfurique ; ensuite il decompose Ja solution qui en provient par I'intermede de I'hydrocyanate de potasse. •a 'J)ans cette circonstance , I'acide sulfurique '«n agissant sur I'acide urique, donne lieu k la formation d'une nouvelle base salifiable, d'ou emane cette superbe couleur. **" EUe nous rappelle ce brillant coloris, qui -aii retour du printemps eraaille nos prairies, et ces insectes industrieux qui voltigent au- tdur de leurs fleurs , et aspirent avec leur trompe le sue de leur nectair. Tant de prevoyance dans ces insectes , tant de perfection dans leur travail si precieux par les resultats qu'il nous procure , meri- toient I'attention de ceux que la nature a doues d'un genie observateur. (M) De ce nomhre est M. de Greslgny , domi-r cilie a Gevrey. A la verite beaucoup d'autres ont ecrit avant lui sur cet objet , notainment les Daniel, les Vildman , les Bienaime, les Hu- bert, les Lombard, les Feburier, etc. ; et ils s'en sont occupes avec tant de Constance et de fiagacite , querien nesembloit avoir echappe. aleur examen etaleurs observations. Cepen- dant le tableau que nous a donne M. de Gre- signy j des differens soins a douner aux abeil- les pendant cliaque niois de I'annee , nous prouve que leur travail n'etoit point com- plet; mais pour eviter un double einploi, nous n'en parlerons pointdanscette analyse, attendu que la . Commission d'agriculture a decide qu'incessamment elle f'eroit imprimer ce tableau. juu ij noisxjiriint ii: Nous ^^jouterons a la, louange de M. de Gresigny , qu'il a pratique des changeraens avantageux dans la construction des. ruches, et qu'il resulte de ses ameliorations , qu'on. peut a volonte laisser sortir les abeilles , ou les retenir dans leur demeure, lorsque la mau- yaise saison qu I'inconstance du temps peut compromettrie leur existence. Cet effet s'opere a la f'aveur d'une coulisse en bois garnie de lils de fer, distans d'environ deux millimetres, et ajustcs dans deux rai- nures pratiquees dans I'epalsseur m^me An plateau qui supporteles ruches. Farce moyen il n'y a plus d'echaucrure dans la circonfe- rence , autrement le pourtour de la ruche j elle se trouve placee dans sa partie inferieu- re, et perpendiculairement uson sommet. L'Academie, Messieurs, est trop amie des progres de I'agriculture, pour ne pas recher- cher avec empressement tout ce qui peut fa- voriser cet art nourricier et tendre a son ame- lioration. Lorsque I'Academie a requ de M^'^. Ger- yais un modele de son appareil viniflcateur > et un exemplaire de I'opuscule de M. son frere sur , la yinification , les vendanges etoient trop avancees pour qu'il fut possi- ble de fiiire des essais comparatifs. Cepen- dant, entrainee par I'iniportance des avantar- ges qu'annon^oit M'^*'. Gervais , et impatiente de I'aire connoitre au public de si brillans resultats, I'Academie a de suite charge sa Commission d'agriculture du soin de s'as- surer du succ^s de cet appareil. A cet ef'fet on a place le chapiteau sur une cuve qui con tenoit en viron douze hectolitres de raisins vendanges le i5 octobre 1820, et on I'a lute aussi exactement que possible. Pendant le travail de la fermentation , dont (26) la duree a ete de vlngt jours, MM. les Com- missalres ont observe les phenomenes sui- vans : Les premieres portions du liquide que Ton retire par le robinet, et qui proviennent des vapeurs condensees dans le chapiteau , exhalent une odeur de vendange ; elles sont sans couleur; leur saveur aigrelette atramen- taireiaisseunarri^re-goutdesagreable. Apres la soustraction de I'acide carbonique, on re- marque dans le depot une quantite notable de sous-carbonate de fer. La liqueur recueillie le huitieme Jour se distingue par une odeur aledholique, et une legere saveur de vinasse ; on a retire cinq liectogt-ammes de cette petite eau-de-vie > dont la densite est de 0,991, 12 **, areometre de Baume, qui representent sept pour cent d'alcohol pur a 0,825. Ilresulte deces obser- vations que sur douze hectolitres de vendan- ge le liquide condense par cet appareilne s'est eleve en totalite qu'a un kilogramme. Le celebre Lavoisier, qu'une fortune con- siderable employee k I'illustration des scien- ces , et que de grands services rendus k son pays par ses talens et ses recherches, n'ont pu preserver du plus efiroyable des assassi- nats , dont sans doute la nation conservera ( ^7 ) ^ ]e souvenir pour faire execrer k Jamais lea horreurs de ranarchie; M. Lavoisier, dis-je , par des experiences sur I'acide carbonique qui se degage des cuves en fermentation , nous avoit deja pronostique le peu d'impor- tance de ces resultats. Nous pourrions encore citer a I'appul de cette assertion les observations de M. Dan- dolo , qui sont consignees dans son excellent traite sur I'art de faire le vin , et surtout nousetayer du suffrage d'un de nos chimistes modernes, celui qui honore le plus la science par son talent , et dont le nom sera toujours cel^bre dans les annales de la chimie. S'ex- primer ainsi, c'est nommer M. Gay-Lussac. D'ailleurs , il reste encore a decider si le retard que ce procede peutapporterau travail de la fermentation , par la privation du con- tact de I'air, n'est point un obstacle a la qua- lite du vin. Nous n'entrerons pas , Messieurs , dans de plus grands details sur I'appareil vinifi- cateur de M"^. Gervais ; je laisse a ce res- pectable savant qui toute sa vie s'est occupe de la theorie et de la pratique des fermenta- tions spiritueuses , le soin de narrer les ex- periences qu'il a faites sous vos auspices et en YOtre nom 5 elles acheveront de vous con- (28) Valncre que cet appareil vinificateur n'apour lui ni le merite de la nouveaute , iii celui cle rutllite, et que si quelques savans mcme ont honore cette pretendue decouverte de leurs suffrages, il faut en conclure qu'ils ont ete seduits par las resultats etonnans que promettoit rinventeur. Nous tiendrons , Messieurs, un langage different en ce qui concerne la nouvelle lierse m^canique inventee par le sieur Machon, de la Drome , et dont votre Commission d'agri- culture a ete chargee de vous rendre compte. Cette nouvelle machine agricole sera cons- tamment employee avec succes pour enlever les mousses ou autres plantes parasites dans les terrains maigres ou trop liumides, etdon- ner un binage aux luzernes et aux sainfoins. La Societe des sciences , arts et belles-lettres de Macon pense que cet instrument en sup- pleant a un bas sarclage, donne encore h. peu de frais un leger labour; cependant, malgre les roues laterales qui I'elevent a volonte, et graduent , si Ton peut s'exprimer ainsi , le plus ou raoins de profondeur que doivent atteindre en terre les dents de la lierse , il I'audra toujours beaucoup de soins et de pre- cautions pour ne pas endomraager les raci- nes des plantes qui croissent a la surface (^9) de la terre , et qui de leur nature ne soilt point pivotantes j telles que les cereales. Dans I'espoir de repandre cette decouverte qui nous a paru favorable aux progres de I'agriculture, vous avez fait, Messieurs, I'ac- quisition de cette machine , et a raison de I'elevation de son prix , vous avez decide tju'elle seroit pretee k ceux des cultivateurs qui, avant d'en faire I'achat, voudroient se convaincre par eux-inemes de ses avantages. Le Memoire de M. Grognier, prof'esseur a I'ecole veterinaire de Lyon , trouve natu- rellement sa place parmi les objets qui tien- nent a Part agricole. Cette dissertation , dont il a fait hommage a 1' Academic , est pleine de recherches curieuses sur la ferrure des betes de somme J il regarde cette operation corame superfliiej il pense que ce n'est qu'une affaire de mode et d'habitvide. L'experience seule peut prononcer sur cet objet; et I'Academie en inscrivant le nom de I'auteur dans son Compte rendu , saisit avec plaisir cette oc^ casion de lui temoigner sa ^ive reconnois- sance. Nous ne vous parlerons , Messieurs , que tr^s succinctement de quelques dissertations lues par M. Vallot dans nos conferences aca- deiuiques , attendu que la plupart d'entre (3o) dies n'ont eu d'autre but que de niettre sols'? les yeux de rAcademie, des objets deja de- qrits , raais peu connus , ou de faire des ap- plications d'anciennes synonymies. La coquille nommee fausse scalatUy He- lix aspersa, que nous a montree M. Vallot, est gravee dans I'Histoire naturelle des raol- lusques , par d'Audebart de Ferussac , pag. 19 , fig. 6j. Cette sorte de monstruosite est beaucoup plus rare que celle de V Helix pomatica. Si nous en croyons M. Vallot, la plante connue des anciens sous le nom de Mercu~ rius terrestris , Sapena riparum, n'est autre chose que le Folygonum hydropiper de Linn. , autrement Persicaire brulante. II vous a prouve , Messieurs , que la sub- stance repandue dans le commerce sous le nom de Papier de moelLe , et dont les ha- bitans de la Chine font usage pour la pre- paration de leurs fleurs artificielles, tire son origine du Calamus petraeus , Rotang a piques. Ses recherches se sont egalement dirigees sur cette substance que Ton regarde corame de nature animale, sans doute parce qu'elle ressemble h. de la chair huraaine recouverte de sa peau ; et i^ laqueile on a doiine le nom (3x) '•de zoog^ne ; M. Vallot a essay^ Ae vous d^- montrer quecette substance decouvertedans les eaux therraales de Baden en Allemagne, et dans celles d'Ischia,rune des iles du royau- me de Naples , appartenoit au regne vege- tal , et devoit etre, ou la Conferva thermalis de Sclirank, dej^ observee par M. Decandolle dans les eauxfde Plombieres, ou la TremeLla gelatinosa j reticulata , substantia vessicu- losa. ( V. Boolli, torn. 8 , annee 1762, pag. ao2 , 108). Parmi les divers objets dont s'est occupe TVE. Vallot, I'un des plus dignes de fixer son attention , du nioinspar sa singularite, etoit sans doute la Planta in aqua delitescens de Haxler , qu'il desiroit retrouver parmi nos vegetaux j et ses recherches I'ont determine a penser que cette plante est celle qui est de- signee par les Botanistes sous le nom de TremeLla nostoc. L'Academie auroit vu avec plus d'interet M. Vallot chercher k dissiper ses doutes sur la nature de cette substance. En effet, quel etrange vegetal que celui qui semble de- pourvu de racines , de tige , de feuilles, de calice , de fruit et de semence , et consequera- mentdans lequel on ne decouvre aucune des parties qui constituent essentiellement le ve- ( 32 ) e^tal ! et , comine I'a tres blen observe vtn des anciens membres de cette Societe , « ce cc qu'il y a de plus etonnant , c'est que les tc deux principes les plus actifs de la far- ce mentation , la chaleur et I'humldite , d^- c< trulsent cette substance , loin d'en favo- « riser Faccroissement , puisque dans I'eau «c elle se resout assez promptement en una cc liqueur fetide , et que les premieres at- cc teintes des rayons du soleil la desseclient cc a tel point, qu'elle disparoit dans peu sans cc que Ton en apergoive aucune trace. » Votre Societe, Messieurs, qui honore d'un respect religieux la tombe des hommes qui lui ont appartenu , et qui conserve toujours presens a son souvenir leur memoire et leurs ecrits, n'a point perdu de vue I'excellente dissertation qu'a publiee sur cet objet le R. P. Vernisy, dominicain, et qu'il a con- signee dans le second semestre des Me- moires de I'Academie de Dijon, annee 1784, pag. i5 et suiv. Ce sont sans doute des occupations de la nature de celles dont je viens de vous entre- tenir, qui ont suggere a M. Vallotl'idee de s'adonner al'ouvrage dontil vous apresente un apercu , et qu'il se propose d'intituler : SystSmede Concordance } ces sortes de tra~ (33) vaux exigent trop de recherches pour ne pas meriter quelque estime j mais I'inter^t qu'ils off'rent ne pent etre en rapport avec les peines qu'ils occasionnent. En el'fet, n'est-on pas en droit d'assirailer ces ouvrages k ceux qui ne traitent que de nomenclatures j et un vegetal ou un mineral acquiert-il un nouveau degre d'interet pour avoir porte tel ou tel norachez les anciens , ou pour avoir perdu celui que lui avoit assigne I'immortel Daubenton? La veritable science meprise le prestige du char- latanisrae ; et ces sortes de changemens ne peuvent avoir d'heureux resultats , qu'en ce qui concerne les substances mixtes tirees du regne mineral , parce qu'alors on peut etre assez heureux pour former leur nouveau nom de celui des substances qui les constituent ; sans cette circonstance , en parcourant des ouvrages de synonyraie ou de nomenclature , il semble lire ces ecrits d'un voyageur, qui, sans faire mention des habitudes , des usages et des moeurs d'un pays , sans parler de ses lois , de son commerce, de ses productions, se borneroit a nous entretenir du nom des habitans , de la nomenclature de leurs villes, de leurs bourgs , de leurs rivieres , de leurs montagnes , et de leurs degres de longitude et de latitude ; I'cnnui suit de pres la lecture ( 34 ) d'un buvrage ou il ne se presente r'len qtii puisse emouvoir Tame et preter aux charmes de I'iinagination. Charge , Messieurs , par suite de circons- tancesimprevues, de I'analyse de cette bran- che de vos travaux, j'ai lieu de croire que cette redaction f'aite precipitarament ne re- pondra point a vos desirsj mais j'espere que vous userez d'indulgence a mon egard , en pensant que je n'ai point eu le temps de mu- rir ce travail , et que dans cette position , j'ai fait le sacrifice de mon amour propre a I'interSt de I'Academie qui ne pouvoit deroger au devoir qu'elle s'est imposee, de publier chaque annee le Compte rendu de ses travaux. Celui de 1822 , si nous en ju- geons par les ouvrages que nous avons deja re^us de MM. les Associes non residans, sera d'un grand interet , et vous dedommagera amplement de la redaction imparf'aite du Compte rendu de 1821 , par rapport a la partie des sciences. Eh ! qui pourroit me- connoitre , Messieurs , les charmes de I'etu- de,surtout lorsque de funestes divisions sem- blent avoir rompu ces liens de bienveillance mutuelle , cet ensemble de precedes et d'e- gards qui faisoient jadis Tagrement et les delices de la societe ? (35) La science fait le bonlieur de riiomme , toutefois lorsqu'il salt en penetrer toute la grandeur et toute la verlte j elle assure sa veri- table Independance en lui faisantconnoitrele vide des vanltes humaines, etle rend melUeur pour tous , en lui imposant le devoir d'etre utile ; alors I'orgueil et I'ambition n'agitent point sa vie, et son ame eprouve cet etat de calme et de serenite, que Ton ne trouve point au milieu du tourbillon du monde sans cesse aglte par de cruels dechiremens, suite inevi- table des desirs ambitieux , des pretentions deplacees et du delire de I'orgueil. Puisse sous peu le progres des lumieres repondre aux voeux du Monarque qui nous gouverne, et f'aire renaitre en France ces temps de pros- perite et de gloire litt^raire , qui signal^rent le regne d'un de ses augustes aieux ! COMPTE RENDU POUR 1821 , Presente a V Academic parson secretaire adjoint ^ AU KOM DE LA CLASSE DES LETTRES. Messieurs, Lorsque les lettres et les arts , bannls de la Grece depuis plus d'un siecle , et deja lan- guissans dans I'ltalie, commencerent a s'ac- climater sous le ciel hospitaller de la France, d'estimables ecrivains, dont on n'a point assez, iionore la meinoire, se sentirent presses du desir de fixer la langue de leur pays et de former par mi nous une litterature nationale. Leur reunion naissante ne put echapper tou- tefois aux attaques si souvent renouvelees de- puis contre les compagnies litteraires. Mais i'autorite royale protegea leur berceau j et , iorsqu'on vit le roy aume se couvrir de societes savantes , on put reconnoitre qu'en creant I'Academie fran^aise, le genie de Richelieu repondoit u un besoiu reel qui devoit s'eten- (37) dre avec la civilisation , et s'accroitre avec les luraieres. Avouons-lecependant; les detrac- teurs des societes litteraires se sont multiplies avec elles , et celles des provinces ont compte surtout de nombreux adversaires, parini les- quels on s'etonne de rencontrer deux hom- mes, dont le premier a du toute sa repiitation etle dernier toute son influence a son existen- ce acaddmique , Chamfort et d'Alembert (i). De bons esprits,trop prompts k considerer les defauts de quelques horames comme les ca- racteres distinctifs de I'institution qu'ils re- presentent , proclament par d'autres motifs I'inutilite des Academies. Ainsi done , Messieurs , cette noble emu- lation qui appeloit toutes les etudes a se t6- unir dans un meme but , tous les succes k se confbndre dans une gioire commune, n'au- roit ete qu'une illusion puerile ! Cet elan des principales villes du royaume vers I'accrois- sement des connoissances humaines, ne se- roit qu'un mouvement sans resultat ! Non , Messieurs, vous le croirez sans peine, con- centrer les lumieres dans un seul foyer, ce n'est pas les rendre inutiles j et si par-tout au- * ■■' ■■' ..-.I. . 11 I.I. ■ ..M — ■■— — - ^-^ (i) Eloge de Alontesquieu , dans I'Encyclopedie et dans les Melanges de Utterature. ( 38 ) jourd'hui le talent trouve cles appreciateurs ; si le raerite d'une diction elegante est devenu moins rare, le gout des lettres et des arts plus general; si les sciences elles-niemes ne dedai- ^nent plus lesagremens d'une exposition tou- jours claire et precise , toujours remarquable par le choix des termes et la correction du langage , comment voudroit-on persuader que les societes litteraires des provinces aient ete spectatrices indifferentes de cet essor ge- neral, et qu'elles soient tout-a-fait indignes de la reconnoissance publique ? Fidelles a I'obligation qu'elles se sont imposees , d'en- tretenir le feu sacre dans les villes les plus eclairees de la France , quand bien meme elles consentiroient k oublier leurs anciens services , elles pourroient invoquer des faits plus pres de nous. Et qui ne sait , en effet , quels sentimens elles ont fait eclater ii una epoque recente ! Des les premiers jours de la restauration , I'union des vrais talens et des vraisprlncipesn'apas ete un instant douteusej a la constante unanimite de tous les corps litteraires , il a ete facile de voir que tous les souvenirs nationaux , toutcs les doctrines conservatricesavoient trouve dansles temples des Muses letir asile naturel. Que s'il nous etoit permis de parler de nous un moment , ( 39 ) jious pourrlons rappeler k notre tour que les bonnes doctrines se sont toujours produites avec coniiance dans cette enceinte. Jamais, €t ce sera long-temps un souvenir precieux * pour TAcademie, jamais nous n'avons laisse echapper I'occasion de leur rendre homma- ge ; et , dans I'annee meme qui vient de linir , lorsque les trones s'ecrouloient autour de nous , quand le cri de mort des revolutions retentissoit jusqu'au coeur de la France, I'A- cademie de Dijon n'hesita point a faire en- tendre tin langage uniforme ; et la question \^du Code civil et I' art. ()ii du. Code de procedure , relativement a la con- servation des droits mobiliers des mineurs. Nous regrettons viveinent, Messieurs, que rimpression des Reclierches de M. Girault sur la colonne de Cussy , nous defende de vous rendre compte de la dissertation par laquelle notre confrere a si dignement ter- mine I'annee academique. Un de vos mem- bres , vous le savez , avoit cede au desir bien naturel de relire cette dissertation sur les lieux memes , et 11 est venu vous apporter Tin temoignage de plus en f'aveur de I'opi- nion que M. Girault avoit emise. Mon but avoit ete surtout de bien constater I'etat ac- tuel d'une colonne qui desormais sera mise au rang des monumens historiques ; etje crois devoir a la verite de declarer que la plus exacte de toutes les gravures publiees sur cette colonne , est celle de M. Pasumot, qui se proposoit d'enrichir de son travail les Memoires de I'Academie (t). Quoi qu'il en soit, je ne pouvois vous entretenir de la co- (i) Voyez ses Memoires sur divers sujets de geogra- phic ancienne et d'arclieologie , publies parM. GrivauJ de la Vincelle. — M. Pasumot etoit ne a Beaune ea ( 49 ) lonne de Cussy , sans fous rappeler a Ima- tant meme coinbien rexplication de ce rao- nviraent a divise nos antiquaires depuis plus de deux siecles (i). Cette longue querelle senibloit assoupie par un silence de plusieurs annees , sans que I'opinion des savans eut paru se fixer j mais il est permis de croire desormals que la question est enfin decidee. Vous vous souvenez encore de ce passa<^e de Tacite sur lequel se fonde notre confrere pour attribuer I'erection de la colonne au deslr de perpetuer parrai les vaincus le triora- phe des legions romaines sur les Eduens , revoltes sous les ordres de Sacrovir. Ce pas- sage vous a paru lumineux et decisif j il est impossible que , relu sur les lieux ou la ba- taille a du se donner, il ne frappe point en- core davantage. Si I'on veut bien en peser toutes les paroles , la plupart des objections disparoissent, et la solution de ce probleine archeologique ne sera pas un des moindres J 733 ; il etoit membre de I'Acackmie de Dijon , qui lui a consacre iine notice necrologique dans I'analyse de ses travaux pour I'an xn. (1 ) Voyez Texpos^ des opinions de Montfaucon et de tous les autres , dans U dissertation de M. Girault. Dijon ) 1821 } in-8°. 4 (lio) titres (5e M. Girault k ia reconnoissaiice dea amis de I'antiqtute. Avant de passer , Messieurs , a I'analyse des lectures purement litteraires qui out oc- cupe vos seances, j'esperois vous parler d\in fragment du grand ouvrage de M. Peignot sur les Remains j ce fragment est tire de cette partie de I'ouvrage qui concerne le luxe et la somptuosite de leurs repas. En decidant qu'il seroitimprime a la suite de YotreCompte rendvi , vous avez rendu justice a un morceau qui ne se recommande pas raoins par I'exac- titude que par I'interet des recherches dont il est rerapli. Des moeurs des anciens aux ecrits des rao- dernes , la transition , Messieurs, pourra vous paroitre un peu brusque j il est temps nean- moins que je vous entretienne de la seconde partie de vos travaux. On peut dire que ceux-la ne connoissent poin t pari aitement la litterature frangaise,qui ne Font point comparee avec les autres litte- raturesvivantes. Les ouvrages les plus remar- quables regoivent de ces rapprochemens un nouvel eclat. C'est en contemplant la lutte du genie avec le genie, qu'on apprend a la fois comment il cree et comment il imite j alors seulement on peut faire avec assurance la (51 ) part d'un grand ecrivain , celle de ses devan-* ciersjcellede sonsi^cle. En presence de celui qui a recule devant la difficult^ , ou qui a vainement tente de la vaincre , on apprecie inieux celui qui s'est eleve au-dessus d'ellej en connoissant davantage les richesses pro- pres a chaque langue , on connoit mieux celles qui peuvent leur devenir communes. C'est surtout en France que la litterature comparee pent offrir un plus grand nombre d'aper^us neufs , de rapprochemens curieux, et raffermir I'autorite de nos vieux principes litteraires, en les rajeunissant par des appli- cations piquantes. Pourquoi s'etonner que nos litterateurs s'en soient empares comme d'une mine feconde ? En admirant les chefs- d'oeuvre de nos voisins , ils n'avoient pas a craindre d'etre forces de reconnoitre i'infe- riorlte des notres , et dans I'etude des litte- ratures etrangeres, ils ont trouve des motifs de plus pour aimer celle de leur pays. Tel est du moins le sentiment qui domine dans un ouvrage assez etendu dont M. Foisset a fait hommage a I'Academie le 7 juin 1820. Cet ouvrage a pour titre : De la Tragf^die chez les Italiens , et particuli^ re merit du thedtre d' Aljieri, Ce n'est pas au secretaire- adjoint de I'Aca- (52) deinle a rappeler toutes les considerations qui pouvoient recommander a I'attention le sujet qu'il a ckoisi. Les reclierches du comedlen. Riccoboni se terminent au 17.^ siecle , et les notions qu'il avoit recueillies sur le premier age du theatre italien sont en quelque sorte inaper^ues an milieu du grand ouvrage de M. Ginguene, qui ne s'etend point au-dela de la raeme epoque. Alfieri seul est bien connu parmi nous. En traduisant ses tragedies , un de nos plus estimables confreres, M, Petitot, n'a pas peu contribue a les repandre , et les remarques judicieuses qu'il a jointes a cette traduction , etoient digues de la solidite de ses etudes et de sa constante lidelite a toutes Jes bonnes traditions litteraires. Mais on ne connoit point assez encore tout ce que la tra- gedie italienne doit au genie d' Alfieri, et tout ce qu'il doit lui-meme aux poetes qui I'ont precede. C'est une lacune dans I'histoire lit- teraire de I'ltalie , et I'auteur du Memoire dont nous avons a vous rendre compte , a essaye de la remplir. II nous montre d'abord le theatre com- mengant en Italic , comme ailleurs , par les treteaux , et c'est dans la licence qui ne pou- voit tarder a s'introduire au milieu de ces boui'lonneries, qu'il trouve le premier motii" ( 53 ) des anatliemes que les souverains Pontlf'es ont prononces depuis contre les representa- tions dramatiques : " Toutef'ois , dit-il , le « peuple italien , naturellement avide^ de cc spectacles, devoit trouver bientot dans les « rulnes merae dont il etoit entoure , plus M. Foisset sii^nale ici I'erreur des succes- seurs de Ruccellai qui voulurent etre tragi- ques a force de meurtres , et il examine suc- cessivement les titres dramatiques de Lodo- vico Dolce y de Glraldi Cintfdo , de Speron Speroni^ de Manfredi ^ de Z/. MarteU'i, et du Tasse lui-meme. Le respect que comman- de un si grand nom , lui defend de s'arreter a (56) Texamende TTiorismojid , ouvraged'unpoete de douze ans , dont les defauts du slecle sont I'excuse. La traduction de I'OEdipe-roi de Sopho- cle , par Orsato Giustiniano , et les pieces de Pomponio Torelll ( dont le Tancrede a ete cite par des gens qui ne I'avoient pas lu comme le canevas de celui de Voltaire), con- duisent I'auteur du Memoire a un resume ra- pide sur les defauts qui caracterisent les tra- gedies du XVI. ^ siecle j sur I'imperfection de I'art scenique a cette epoque 5 sur la nullite dont il fut frappe dans le siecle suivant. Le temps etoit arrive ou la tragedie devoit faire place a I'opera. M. Foisset fait voir que la transition d'un genre a I'autre n'etoit que la consequence naturelle de I'etat des clioses. La tragedie paroit se relever un moment avec I'art thedtral. P. Martelli et Gravina luttent avec lionneur contre les succes lyriques dHA- postolo Zeno , digne precurseur de Metas- tase. Le marquis Maffei fait un dernier ef- fort , et sa Merope pent etre lue meme apres celle de Voltaire , que M. Foisset en a rap- prochee , et dont il reconnoit la superiorite. Apres avoir developpe les reproclies qu'un critique italien adresse lui-meme aux trage- dies qui ont precede Alfieri , I'auteur du Me- (57) moire signale encore quelqnes exceptions ho- noraLles, Conti , G/vz/z^//i^ et quelquesau- tres trop eclipses par Metastase. « En termi- cc nan t cette introduction , dit-il ensuite, nous cc somraes frappes d'un fait : c'est le concours cc de tant d'ecclesiastiques dans la carriere « des lettres a une epoque ou I'on proclamoit f< tant I'ignorance du CJerge d'ltalle. Conti, « Granelli,Tagliazucclii, Frugoni,BettinelIi, <£ Artraga, Cesarotti , enfin , Metastase lui-ine- cc me , appartenoien t ace Clerge ; et pour prou- « ver qu'il pou volt pretendre a plus d'un genre « de gloire , il suffiroit de rappeler des noms « com me celui du cardinal Gerdil , qui ne cc sera pas oublie des erudits , et celui du Pere cc Beccaria , que respectent tons les savans de cc I'Europe. Une observation mille fols re- c< petee , tou jours necessaire par la mauvaise cc foi de ceux qui mettent leurs passions au- cc dessus desf'aits, c'est que tous les elemens cc de la civilisation se sont conserves dans nos cc temples et dans nos monasteres ; et il n'est cc pas inutile de remarquer encore que cette « pourpre pontificale qui decora Bibiena , cc comme tant d'autres liommes de genie , et cc qui f'ut promise a Raphael , se trouve cons- cc tamment melee aux plus beaux souvenirs cc deritalie,etpresquedanstouslesgenres. » ( 58 ) L'examen des tragedies d'AllIeri estprecede de quelques details trop peu conntis sur cet liomme extraordinaire. La tumultueuse oisi- vete de ses premieres annees , les prodiges de travail et I'incroyable perseverance qui mar- querent la seconde moitie de sa vie ne sont pas oublies dans ce tableau. L'action de son caractere sur ses opinions, et Timpulsion que son talent re^ut de ce double mobile , sont in- diquees rapidement, et I'auteur du Memoire ne les perd jamais de vue. En offrant I'ana- lyse raisonneede toutes les tragedies d'Alfieri, il fait sentir en passant , tout ce que la haine des superiorites sociales a fait perdre au ta- lent du poete dans un grand nombre de ses pieces , et il saisit par-tout I'occasion de le rapproclier de Racine , de La Harpe , et sur- tout de Voltaire, dont le tragique italiensem- ble avoir pris a tache de ref "aire presque tous les chefs-d'oeuvre.Enparcourantunsol etran- ger , le critique retrouvoit a cliaque pas les souvenirs de la patrie ; ne pas rattacher un tel sujet a la memoire de nos grands tragi- ques , c'eut ete se montrer infidelle a la gloire de son pays. L'auteur du Memoire sur Alficri n'a point oublie ses tragedies posthumes et sa Trame- logedie d'Abel , concession que le poete fai- (59) solt a regret a la passion mnslcale desltallens," et (jue le succes n'a point justifiee. II jette en- suite un coup-d'oeil sur I'ensemble des pro- ductions qu'il vient d'examiner , comme pour resumer ses eloges et ses critiques snr les vues draraatiques d'Alfieri , sur son style, sur son systeme de versification j et c'est alors qu'a- pres avoir recherche de quel point est parti I'auteur de Saiil , a quel point il est parvenu , M. Foisset termine son Meraoire en indi- quant les progres que I'art tragique pent laire en Italic apres ce grand poete. Je n'ai pas besoin de vous rappeler , Mes- sieurs, que , dans cette secondepartie, I'au- teur abordoit un sujet moins neuf"; il a tache dene point repeter servilement les litterateurs qui I'ont precede. « Alfieri , dit-il, voulut etre « createur. Parce que les def'auts de ses pieces « n'etoient plus ceux que nos litterateurs out cc reproches les premiers h. nos tragedies, il se cc crut aussi grand que Corneille — Un me- cc rite qui le distingue , et dont nous le loue- « rions davantage s'il ne rappeloit ce que la « nature avolt refuse a Tame du poete Italien, te c'est d'avoir ecarte de son theatre un sen- « tiinentreproduit jusqu'asatiete sur la scene « fran^aise, I'amovir Une slmplicite a la- ce quelle il a deroge lui-meme dans la con- (6o) ^ cc duite de plusieurs de ses pieces , et qui laisse « a nu les vides trop f'requens de ractlon ; cc Tine roideur qui n'exclut pas I'obscurite , «t et qui diininue I'interet en doublant les in- « vraisemblances ; une seclieresse qui doit de- tc generer en maigreur a la representation : « tels sont les defautspar lesquels il reinplace « trop sou vent ce qu'il n'a pas pris a nos « grands tragiques. Nous pouvons revendi- ec quer le reste de son systeme j il nous ap- « partient tout entier. « On lui reproche assez generalement parmi r? nous de manquer d'invention. Eten eff'et, « qu'on nous laisse emprunter ici les paroles cc d' Alfleri lui- meme , qui a examine le sque- al, lette d^une de ses tragedies les connoit cc toutes : un\^^ actefort court; un desprin- cc cipaux personnages constamment rejete cc au second; beaucoup de dialogue ; un^.^ cc acte dont I'auteur espere couvrir le vide cc par la chaleur du style ; un 5.® acte , tout cc action et tout spectacle ; voila son se- cc cret. cc M^nie uniformite dans ses moyens : c'est « encore une consequence de sa maniere. tc On reconnoit bien I'empreinte de son ge- cc nie dans tons les sujets traites apres d'au- ce tres poetes j mais il eut tort de croire qu'il (61) ice les avolt renouveles. Presque tous ses ca* «c racteres , et les naeilleurs sans contredit , cc lui sont donnes tout entiers par I'hlstoire cc ou par ses devanciers j il a souvent af'foibli c( ceuxqu'ilenipruntoit a Voltaire. Beaucoup « de ceux qui lui appartiennent se ressem- « blent : ie Spartiate Anfares parle comma « Julien de Medicis j le premier Brutus , com- cc me un tribun du siecle des Gi-acclies , et « I'epouse d'Agis pourroit neparoitrequ'une « pale contr'epreuve du role de Blanche dans cc lesPfiZsi.Nousravonsdejafaitpressentir, « AUieri ecrivolt trop ses tragedies pour la « fin du XVIII.'' siecle j et le clioix de ses su~ cc jets , souvent mallieureux , presque tou- cc jours subordonne a I'esprit qui dominoit « alors , ne contribuoit pas peu a donner a, cc ses compositions cette teinte austere et mo- te notone qui a ferme des yeux trop sev6res « sur les beautes d'invention qui luisont pro- cc pres. S'il est juste de dire que le cote terrible cc de ses sujets efface presque entierementce cc qu'ils pouvoient offrir de tendre , il f'aut tc avouer aussi qu'il a eu le bon esprit de ne cc point mtdtiplier de vaines tentatives pour cc sortir de son geni-e cc Les memes considerations se presentent « quand oji juge AUieri sous le rapport de (62) « Tentente delascene.Une gradation savants M etoltabsoluinentnecessalre pourdistrlbuer, « sans rien perdre de ses avantages , des ac- Nous regrettons que les bornes etroites d'un Compte rendu ne nous permettent pas de multiplier des citations de ce genre ; nous ne serions embarrasses que du clioix. Peut- etre quelques en droits de ce passage en rap- pellent-ils d'autres du beau discours de M. de Noe , eveque de Lescars , sur I' etat Jutur de I'Eglise. Mais ceux qui seroienttentes de reprocher k notre confrere ces legeres remi- niscences, se sentiront desarmes en rappro- 1 ■ I ^— Ul^ , -_ L -I ■ H (!) Ps. cxxiii, -j^. 4* (73) chant les deux auteurs j car nous osons dire que cette comparaison ne sera point desa- vantageuse aceluiqiii nous occupe. En ex- primant les ra^mes pensees qu'un orateur celebre, M. de Missery n'a pas raeme songe, ce qui eut ete tres facile , a faire disparoitre les traces de son imitation. Un critique n'a- t-il pas dit : Quiconque n'iniite jamais ne sera jamais imitd ? Apres un exorde convenable , M. de Missery declare que pour entrer dans le gout d'un siecle raisonneur , il appliquera la raison a la foi , et qu'il tentera d'etablir I'accord de Tune et de I'autre dans I'econo- mie de la Religion. Puis il fait une revue des principaux ouvrages dans lesquels on s'est expressement propose I'application dont il s'agit J cette nomenclature est interessante pour les bibliograplies, et annonce les re- clierches auxquelles s'est livre I'auteur. On pourroit le trouver temeraire d'ecrire sur un tel sujet , apres tant de savans ouvra- ges j mais ces ouvrages ne presentent pour la plupart que des considerations generales , ou ne s'attaclient qu'ik des points particuliers. M. de Missery, an contraire, erabrasse le systeme complet de la Religion , et il a eu le bonlieur de conceyoir un plan qui lui a per- (74) mis de coordonner ses preuves sous une forme a peu pres nouvelle. Aussi , bien qu'unouvrage aussi etendu doive se ressentir quelquefois des lectures dont I'auteur s'est nourri, notre confrere annonce qu'il a ete fait en quelque sorte , d'inspiration et sans le concours immediat d'aucun livre, si ce n'est la Bible. On ne I'accusera point sans doute d'avoir sacrifie la raison a la foi. Qui sait mieux que lui qu'un des plus beaux caracteres de la ve- rite du Christianisme, c'est d'etre la seule religion qui ne redoute point les lumieres ? M. de Missery s'eleve avec I'accent d'une conviction forte et eclairee contre ces Chre- tiens pusillanimes qui se defient des preu- ves de leur croyance, parce qu'ils ne les ont point approfondies , et qui semblent craindre que le moindre vent fasse trembler I'edifice , comme s'il n'avoit point de fonde- mens. Mais peut?-etre I'auteur s'alarme-t-il un peu trop lui-meme des principes que M. de la Mennais a developpes dans le second volume d'unouvrage qui s'est place, comme de lui-meme, au premier rang des produc- tions remarquables de notre epoque : VEssai sur L' indifference en mati^re de Religion, Notre confrere a fait le premier la critique (75)_ de ce syst^rae , et il I'a inseree dans la preface dont nous avons a vous rendre coiiipte. Sans entrer ici dans le detail de cette cri- tique peut-etre trop etendue , nous devons dire que le ton en est tres reserve et que I'au- teur ne laisse apercevoir aucune trace de I'a- crete qu'on a pu reprocher k quelques mor- ceaux, d'alUeurs pleins de verve, d'nne RS- futatioTi de la Defense de L'Essai sur I'lndif- jerence , qu'il vient de publier , et dont nous aurons peut-etre occasion de parler ailleurs. II reproche ^ M. de la Mennais de porter atteinte ^ la raison humaine en recusant la raison particuliere , et de vouloir que la rai- son commence par la foi qui suppose la ve- rite deja connue, au lieu de commencer par la recherche de la verite qui doit ensuite conduire a la foi. II ne peut croire qu'un. style inimitable doive aveugler sur quelques erreurs echappees a I'humaine foiblesse dans ■wn. ouvrage qu'il reconnoJt d'ailleurs plein de verites importantes. Quelques membres del' Academiepensolent des-lors que notre confrere avoit trop raison pour ne pas avoir tort contre I'illustre auteur de VEssai. lis ne pouvoient se persuader qu'il eiit ete dans la pensee de cet ecrivain superieur de nier I'autorite des sens ^ de I'e- (7M viclence ou du raisonnement j car alors sa doctrine se refutoit d*elle-meme , et tomboit devant la grande autorlte qu'il invoque , le senscommun. Mais il cherchoit, suivant eux, un principe general qui portat en lui-meme tons les caracteres de la certitude, un prin- cipe qui reduisit ses adversaires au silence , en les f "errant de se renier evix-memes s'ils relusoient d'en reconnoitre I'autorite. II you- loit une regie infaillible, dont on put rap- procher tousles jugemens des hoinmes eten apprecier la justesse ; il a choisi la raison universelle sur laquelle on ne pent se faire illusion, et qu'on ne peut voir ou elle n'est pas , parce que c'est un fait toujours subsis- tant, toujours sensible j et si ce n'est point la ce critej'iuni de la certitude, tant recher- clie par la pliilosophie ancienne et moderne , il faudroit avouer, si Ton en croit les memes . membres, que ce criterium. n'existe nulle i part. La critique de M. de Missery estterminee . , par quelques idees generales sur la raison et 1 sur la foi, qui lui servent de transition natu- relle pour parler du plan de son ouvrage. H represente d'abord la vraie Religion comme irarauable dans ce qui enconstitue le fond eS I'essence , et coimne n'ayaiit etc variable que J ill) tlans ses etats successiis, coinme elle devolt I'etre pour repondre aux besoins successifs de la societe humaine : doiiiestique d'abord , iiatlonale ensuite , unlverselle enfin. 11 la reconnoit a trois caracteres essentiels qui lui sont propres exclusivement a toute autre, et lui impriment le sceau ineff'agable de la verite. D'abord , elle doit etre revelee de Dieu J ensuite elle ^ozV ann oncer unSauveur Dieu fait liomme j enfin elle doit etre aussi ancienne , aussi durable que le Monde. L'auteur developpe successivement ces trois caracteres , et apres les avoir appli([ues a la Religion chretienne , il s'ecrie : « Voila cc done quelle est cette Religion que les ini- « pies couvrent de mepris , mais que les sa- te ges reverent j une Religion de six mille « ans , aussi ancienne que I'liomme j une fc Religion toujours la meme quant au fond, cc presentant les raemes dogines, la mSme tc morale, le nienie culte essentiel j une Re- « ligion qui n'a eprouve de variations dans tc sa forme que pour suivre les progr6s de cc la societe humaine pour laquelle elle est cc faite 5 une Religion yisiblement descendiie « du ciel pour consoler la terre , et portant cc dans ses etats successifs Tinefiacable em- « preinte de son auguste origine ; une Reli- i.t^ (7M *e gion qui s'appuie sur des prodiges iricon- « testables , sur des propheties veriflees, sur L'etendue de cette citation nous oblige d'a- breger notre analyse, et cependantnousnous etions promis de suivre I'auteur, soit lors- qu'il jette un coup-d'oell rapide sur les diife- rentes religions qtiisepartagent le globe jlors- que, voyant I'erreur couvrir la terre, et clier- chant une place pour la verite , il gemit sur la situation miserable ou languit le genre hu- raain quant aux croyances religieuses j soit lorsqu'il fait ressortir I'ignorance des Chre- tiens eux-mSmes, qui , au sein de la lumiere, ne veulent pas ou ne savent pas la compren- dre , et le facile triomphe des impies qui abu- sentdu raisonnement contre ceux qui crai- gnent de s'en servir j ou lorsqit'il inslste avec force sur I'importance et la necessite de I'ins- truction religieuse. Nous aurionsniontre com- ment , ail milieu de ces developperaens d'uii haut interet, notre confrere saitparler tour- a-tour k I'esprit et aii QOiwv -, il ecliauffe, il (8o) persuade, et toujours la raison le conduit k la foi. Nous pouvons assurer du moins que la preface que M. de Missery nous a lue , ne peut donner qix'une idee tres avantageuse de I'ouvrage meine. Esperons done qu'une pro- duction si honorable pour la religion etpour les lettres , si propre a augmenter la reputa- tion de I'aiiteur , sera bientot terminee , et que le public en pourra jouir. Plusieurs de vos membres vousont fait liom- niage des of'frandes qu'ils ont deposees sur I'autel des Muses. M. Mermet, correspondanta Saint-Claude, Vous a soumis un petit poerae , intitule : Le Sasze et la Fortune. o M. Foisset vous a presente la traduction de plusieurs scenes d'Allieri. La plus courte est Ic monologue par lequel Jocaste ouvre le cinquiemeactedePolynice,lorsqu'elle attend I'issue du combat de ses deux lils. Ma fille ne \ient point ! . . . Oh ! pourquoi ces soWats Dans ces lunestes murs retiennent-ils mes pas? Faiit-il que dans ces lieux, mourante , abandonnf'e, " .T'attende les forfaits d'une telle journee ? Du fond de ce palais dois-je entendre les cris . De I'horiible combat que se livrent mes fils? Malheureuse I...Et je visl... J'oseesperer encore I... ( 8i ) Qu'esp^res-tu ?. . . • Non, rien. — Ah! ces Jours que j'abhorre , L'implacable deslin me les a conserves A voir un fratricide ils etoient reserves! Les Dieiix n'ont point encore epuise leurs victimes, Et Jocaste doit voir les derniers de leurs crimes ( Elle se Idve avec transport. ) Venez , Dieux des Thebains , venez , Dieux des enfers, Vos tourmens sont-ils prets , vos gouffres entr'ouverts ? Si le frere en ce jour a soif du sang du frere , Que tardez-vous?.... Frappez \ c'est moi qui suis leur mere ! Epouse de mon fils , c'est moi qui dans mes flancs y Sans horreur ai porte d'execrables eiifans ! Pourquoi ce lent courroux? Qu'il tonne, qu'il foudroie , Qu'il nous devore tous : nous sommes votre proie !... (^Avec une douleur plus concentree.) O malheurs imprevus! 6 tourmens inouis ! Je fremis d'etre mere , et j'adore mes fils ! . . . . Mais, quoi I . .. j'en tends deji cesser ce bruit terrible.. . . II cesse !... Ah ! ce silence est encor plus horrible... Mais...peut-etre mes fils ontsuspendu leurs coups!... Helas ! peut-etre ont-ils assouvi leur courroux!.... Que croire ? . . . . Qu'esp(5rer ? . . . . Que craindre ? . . . Infortunee! Quels vceux pourroit former ton ame consternee?.... Tous deux son ttesenfans!... — Otoi,qiu que tusois^ Vainqueur denatured qui fus sourd ^ ma voix , Garde-toi d'alfronter les regards de ta mere Ma tciidresse au yainca se garde toute euti^re..... 6 ( 82 ) t'uis..'.. Je lie pourrois voir lin fr^fe triohipfiaftft Insulter au malheur de son freie expirant. Fuis Je suivrai mon fils, et prenant sa defense > I^os ombres aux enfers iront crier vengeance. Depuis sa derniere seance publique , 1' Aca- demie a fait des pertes aiixquelles elle est tres sensible. Elle doit placer avarit toutes les autres, celle de M. Joseph Banks , president de la Societe royale de Londres , qui s'etoit fait inscrire en 1818 sur la liste desAcaderaiciens honoraires etrangers. II a ete enleve a I'Etr- rope savante le 19 juin 1820, a 85 ans. L'Aca- deraie a decide que I'eloge de eet hbrnrhe illustre seroit prononce par soil President a sa prochaine seance publique. La Compagnie a perdu deux de ses mem- bres residans, MM. Maret de Charmoy (14 aout 1820 ) , et Jacotot , ancien recteur de I'universite de Dijon ( 14 juillet 1821) : une notice plus eftendue sera consacree k la me- moire de ce dernier dans le Compte rendu J)Our 1822. Elle a encore a deplorer la mort de M, Buissart, Cliabot (de I'Allier), Mollerat de SouUey, Haussmann gt Tingry, assQcies noa. (83) residans, et de MM. Mandel et Rouhier, correspondans. M. Mollerat de Soiiliey, ancien medeciix du Roi par quartler, avoit ete recu, en qua- lite d'associe libre, a I'Acadljmie le 28 fe~ vrier 1782. M. Haussmann, negociant et raanufactu- rier a Loghenbacli pres Colmar , est mort le i.**^ octobre 1820, a 81 ans. M. Tingry , dernonstrateur d'histoire na- turelle a Geneve, appartenoit a I'Academie depuis 17885 elle I'a perdu le i3 f'ev^'' 1821. L'Academle attend des documens plus pre- cis pour rendre k leur memoire I'liommage qu'elle doit a leurs travaux. Elle regrette vivement de se voir forcee de renvoyer a une autre seance publique les notices qui les con- cement. M. Chabot ( de I'Allier ) , ne a Mont- Lu^on en 1758, se devoua des sa jeunesse k la connoissance des lois. Le barreau de Paris le comptoit au nombre de ses membres , lors- que la revolution vint lui ouvrir une carriere, nouvelle. Son caractere honorable et mo- dere ne lui laissa pas partager toutes l^s fans- (H) fees doctrines que les novateiirs de cette fu-' neste epoque prof'essoient aveotant d'empor- teraentetd'iinprevoyance.Ilabandonnabien- tot un theatre devenu trop tumultueux pour ses habitudes pleines de douceur et de re- serve , et se retlra dans son departement oil I'attendoient les suffrages de ses concitoyens. Tour-a-tour procureur-syndic du district de Mont-Lugon,administrateur du departement de I'AUier, et president du tribunal civil de sa ville natale , il exerca ces differentes ma- gistratures avec la distinction la raoins con- testee. Plus tard , et lorsque I'entiere des- truction du trone n'etoit plus seulement me- ditee dans I'ombre, mais proclamee k la face de I'Europe ( i ) , M. Cliabot fut elu depute suppleant k la Convention nationale par les electeursdu departement de I'Allier, etregut d'eux le mandat forrael de defendre le pou- voir monarchique. Ce mandat, digne de re- marque en ces jours d'aveuglement , ne fait pasmoins d'honneur a M. Chabot qu'a ceux qui le nommerent , et il lui valut la gloii'e d'etre repousse de la Convention comme sus- pect d'attachement a la cause royale. Una accusation suivit de pres ce soupc^onj. (i) 1792. (85) mals elle n'eut heureusernent aucune suite , et la chute du parti le plus fougueux de I'As- semblee qui gouvernoit la France , rendit possible I'adraission dvt depute suppleant de I'Allier (i). Cette assemblee toutefbis,recora- mand^e aux reflexions de la posterite par nne deplorable illustration , signala le reste de son existence par une conduite , tantot foible, tantot violente , et ce n'etoit point iin champ convenable pour I'esprit judicieux de M. Chabot; il ne prit done presque au- cune part a ses actes. Appele a sieger dans tin des conseils avec les deux tiers de ses collegues , il donna sa demission , et revint a Mont-Lu^on reraplir aupres du tribunal correctionnel la place de commissaire du pou- Yoir executif. Ces obscures fonctions ne pouvoient ca- cher long-temps le merite de M. Chabot. De- pute auConseil des cinq-cents en 1799, c'est de cette annee seulement que date I'ere ve- ritable de sa carriere legislative. Successive- ment appele au Tribunatet au Corps legisla- tif" , il rendit d'eminens services par le zele avec lequelil concourut a elever I'edifice de nos lois nouvelles. Les comites de legislation (1; Mars J795. (S6) dont il fit presque toujours partle , ont po apprecier en lui cette raison calme et droite, cet esprit exempt de prevention , cette pre- voyance de I'avenir , attributs particuliers d'un bon legislateur ; son active collabora- tion n'a manque a aucun de nos coaes , et les discours par lesquels il eclaira plus d'une discussion , se distinguent par une exposi- tion nette et facile , par un severe encliaJ^ neraent de principes , par un sincere amour du bien jil y developpe toutes les ressources d'un raisonnement methodique et sur,toutes les qualites d'un jugement exerce, telqu'on devoit I'attendre d'un horame nourri des bonnes traditions de la jurisprudence. Mais, tandis que des hommes choisis s'ac- quittoient avec zele de la grande mission de retablir la raison civile en France en nous donnant un bon corps de lois , leurs paisi- bles meditations furent souvent troublees par la mine violente de divers pouvoirs qui ont cherclie vainement a se naturaliser sur le sol fran^ais, et qui frappes des leur nais- sance d'une precoce decrepitude , tomboient par la force comme ils s'etoient eleves par elle. M. Chabot ne resta point etranger a. ces grands mouvemens; il crut que I'unique moyen de rendre alaFrance la securite qu'elle _ (87) avoit depuls si long -temps perdue, c'etoit de resserrer la puissance publique dans des mains plus habiles et plus fortes. Secretaire des Cinq -cents au 18 brumaire , il seconda de tous ses efforts la chute du 2:ouvernement mort-n^ , qu'on avoit appele Directoire. De- venu president du Tribunat; trompe, comme tous les bons Fran^ais , par les esperances qu'avoit donnees ie nouveau pouvoir, il pro- posa le consulat a vie , et vota pour que le premier consul achevdt , sous le titre d'em- pereur , les fun^railles de la republique. Des honneurs et des fonctions importantes prouv^rent kM. Chabot I'estime et la recon- noissance du gouvernement. Dejk cojnraan- dant de la legion d'honneur , il devint en. 1806 inspecteur general des ecoles de droit, et en 1809, conseiller i\ la Cour de cassation. II semble qu'une vie si occupee n'ait pas du lui laisser le temps de travailler pour la posterite 5 cependant , jaloux de leguer I'he- ritage de ses Inmieres a la science du droit, a la restauration de laquelle il avoit si di- gnement contribue , surtout par les encoura- gemens qu'il prodiguoit a la jeunesse stu- dieuse , M. Chabot donna h. la composition de plusieurs ouvrages de jurisprudence tous les momens que lui laissoient des fonctions (88) qu'il a su remplir comme il les avoit meri- tees. II publia en. 1804 son Tableau de la Legislation ancienne et de la Legislation nouvelle sur les successions. L'auteur avoit deja facllite par cet ouvrage , la transition cle I'ancienne tlieorie aux nouveaux prin- cipes introduits sur cette matiere par le code civil. 11 signale I'esprit de conciliation de la nouvelle loi , qui s'attache a laire oublier I'imraorale injustice des lois intermediaires. II nous decouvre la sagesse de ses redac- teurs qui les empecha de rejeter ce qui etoit bien pour obtenir une perfection ima~ ginaire ; leur respect pour I' experience y qui leur defendit de sacrifier aux avantages in- certains de theories plus brillantes , ce que de longues habitudes avoientetabli. En nous revelant les liautes pensees du legislateur , M. Chabot n'avoit souvent a nous reveler que sa propre pensee. L'auteur, comme pour completer sa tache, fit suivre immediatement ce premier ouvrage par un Commentaire sur la loi des succes- sions {f) 5 et si Ton n'y remarque pas tou- jours line grande force de doctrine , on y rencontre a cliaque pas cette analyse lumi- (1) i8o5. ( 89 ) neuse , la plus precieiise qualite d'un com- mentateur, cette analyse qui penetre dans tout le sujet, aper^oit les antinomies pour les concilier, et fait naitre les questions jiotir les resoudre. Dans plusieurs editions poste- rieures, M. Chabot enrichit son commen- taire d'additions importantes. II a encore public , sous le tltre de Ques- tions transitoii'es y un livre ecrit tout entier pour diriger I'application du grand principe de la non-retroactivite de la loi. M. Cliabot mit dans cet onvrage tout ce que lui inspi- roit d'equitable son religieux respect pour la propriete et pour I'inviolabilite des droits ac- quis; sa sagacite naturelle lui ouvrit un clie- min facile ^ travers cette raatiere epineuse , et le plus souvent, il eut I'lionneur de de- van cer dans ses decisions particulieres , les decisions solennelles des tribunaux. Lorsque la France recouvra son avenir en rappelant I'antique fainille de ses Rois , M. Chabot s'en rejouit , comme il se rejouissoit de tout ce qui pouvoit arriver de bien a. sa patrie. Le gouvernement royal ne pouvoit que lui conserver des f'onctions meritees par trente annees de services et de probite ; la seconde restauration le coniirma dans ses charges comme la premiere. ( 90 ) Plein de consideration comrae de dlgnlteS;, et commen^ant a peine sa vieillesse , il me- ditoit un traite plus approfbndi de toute la rnatiere des successions qu'il avoit si specia- lement etudiee , lorsqu'une maladie cruelle yint I'enlever, le 19 avril 1B19, a la niagis- trature, a la science du droit, a ses amis, ne laissant aux societes litteraires (1) dont il etoit merabre , que le triste devoir de de- plorer sa mort et d'lionorer sa cendre. M. Buissart , ancien avocat , membre de la Societe royale d'Arras et de plusieurs au- tres societes savantes , etoit ne dans la ca- pitale de I'Artois, Les succes qui couronne- rent ses premieres etudes , avoient marque d'avance la place qui I'attendoit au barreau d'Arras. Lleve de Thomas et de I'abbeNollet, il se montra digne a la fois de ses deux mai- tres, le jour ou son eloquence triomphades prejuges qui avoient traduit devant les tri- bunaux I'invention des paratonnerres , de- venue depuis europeenne. Appele a la ma- gistrature , il n'exer^a un moment les f'onc- (i) M. George -Antoine Chabot, de I'Allier, ap- partenoit aux academies de Lyon et de Caen ; celle de Dijon se I'etoit associe en qualite d'academicien non lesidant, le 1 1 aout i8i3. (9^) tions austeres qui lui furent conli^es , que pour lalsser ci ses concltoyens un regret de plus. Une epoque dont les souvenirs nous effraient encore , vint eloigner des charges publiques cet homme doux et modeste. Son caractere paisible chercha dans les sciences un asyle contre les sinistres pensees dont il ^toit environne. II avoit ete I'un des mem- bres les plus actifs de I'ancienne Academie d'Arras , et des-lors tous les momens d'une vie laborievise furent domines par le desir de n'etre pas invitile aux progres des connois- sances humalnes. Des observations meteoro- logiques occuperent constainment ses Joisirs j sa perseverante exactitude I'avoit conduit a inventer un hygrometre comparable qui , dit-on , est encore en usage en AUeraagne et en Angleterre. C'est dans les Memoires de r Academie d'Arras qu'il faut chercher ses nombreux travaux; c'est la qu'on pent admi- rer I'etendue comme la variete de ses con- nolssances. Non moins recomraandable par la reunion de toutes les vertus prirees , de longs jours lui furent accordes sur la terre, et il s'est eteint doucement entre les bras de son epouse et de ses enlans, le 2.5 mai 1830. L' Academie de Dijon I'avoit associe a ses tra- vaux le 27 juin 1781. ( 92 ) M. Joseph- Francois -Siglsbert Mandel , doyen des pharmaciens de Nancy, etoit ne en cette ville le ii octobre 1749- Trop jeune encore lorsque la mort le priva des lemons et de I'experience de son pere , la f'aveur du roi Stanislas abregea le terine qu'il etoit force d'attendre pour lui succeder. On ne dedai- gnoit point encore la profession de ses ance- tres, on s'honoroit au contraire de leurs tra- ditions , de leurs exemples , et M. Mandel etoit ne pour augmenter I'lieritage de talens etde consideration qu'ilavoit recueilli corame un patrimoine de f'amille. Ses recherches sur les eaux minerales de la Lorraine , son em- pressement a adapter k Part pharmaceutique les principesdelanouvelle nomenclature dont la chimie venoit de s'enrichir, I'avoient deja. fait connoitre avec avantage , lorsque la ^re- volution vint le distraire de ses occupatiohs scientiflques. Appele par ses concitoyens a des fonctions administratives , son zele et son activite de- Yelopperent en lui des talens que sa modestie n'avoit peut-etre pas soupgonnes. A une epo- c|ue ou la France paroissoit devouee aux dieux infernaux , M. Mandel fit le bien avec perseverance. Charge par la confiance pu- blique de sauver ses concitoyens de la fa- ( 93 ) fti'ine, 11 sembla se multiplier pour repondrc a tous les besoins; et, lorsque la plupartdes hommes en place ne connoissoientpour ainsi dire que remulation du mal , notre confrere crea pour son pays une ecole de pharmacie ou un grand nombre d'eleves vinrent se re- fugler contre raneantissement des etudes, C'est pour cette ecole qu'il publia en 1790 un ouvrage francais et latin , qui a pour li- tre : Codex medic amentarius y seu pharina- coposa nanceiana. Un dec ret du goixverne- ment d'alors accorda une mention honora- ble a. la Pliarmacopee de Nancy , parmi le petit nombre de livres utiles publics a cette epoque ; elle meritoit cette distinction par beaucoup de nettete , de methode et de pre- cision , comme aussi par la reforme de plu- sieui's lormules et par des procedes vraiment philosopliiques pour prevenir I'alteration des m(^dicamens. Ses travaux sur I'economie ru- rale et domestique ont ete consignes dans les Memoires de I'Academie de Nancy, dont il f'ut un des membres les plus assidus , et Ton doit distingucr surtout ses recherches sur I'art de I'abriquer, de conserver et de retablir les vins. M. Mandel est mort \ Nancy , le 26.no- Yembre 182,0, a 71 ans, Sa vie fut plelne et ( 94 ) iaborleuse ; il la partageoit entre son cabinet^ les soins dus a son officine , et les emplois importans qu'il a eus successivement a rem- plir. Son coeur honnete et desinteresse s'in- digna toujours des artijfices qui ont avili quel- quefois I'exercice de I'art pliarmaceutique j plus d'une fois il attaqua de front le charla- tanisme , et presque tbujours avec succes. Vers la fin de sa carriere , cet homme de bien. s'etoit \one tout entler aux ceuvres de la cha- rite chretienne. Les dii'ferens hospices de Nancy peuvent dire quels nombreux et im- portans services il leur a rendus j et , dans I'instant meme ou ses amis lui rendoient les devoirs fun^bres , Mg'". le due d'Angouleme, president de la Societe pour ramelioration des prisons , adressoit a M. le Pr^fet de la Meurthe une medaille destinee a perpetuer le souvenir des soins touclians queM. Mandel prodiguoit aux prisonniers de Nancy. Deux fois couronne par la Societe d'Agri- culture de la Marne , M. Mandel avoit ete admis au nombre descorrespondansdel'Aca- demie de Dijon , le 21 avril i8o3. II appar- tenoit a beaucoup d'autres societes litteraires qui toutes ont regrette vivement un confrere auisi instruit et aussi vertueux. // ( 9^ ) M. Rouhier, chef d'une institution dd Sourds et muets a Baigneux-les-Juif's , etoit tin de ces horames modestes qui mettent toute leurgloire a etre utiles, el dont I'honorable obscurite est un titre de plus a I'estitne pu- blique. Devoue tout entier a I'education des aveugles de naissance , ou de ceux que la nature a prives du sens de I'ouie et de la pa- role , il avoit mis I'Acadeinie dans la con- fidence de ses travaux respectables ; elle s'em- pressa de les encourager , en accordant a M. Rouhier le titre de correspondant. Dans le cours de I'annee 1807, il lui adressa deux iiouveauxraemoires,etdepuisiln'apascesse d'entretenir la Compagnie des heureux re- sultatsqu'il obtenoit tous les jours. LesComp- tes rendus qu'elle a publics pour 1809 eC 1810 (i), onl rendu t^moignage ason zele, k sa patience , a son talent , k la docilite avec laquelle il accueilloit les rectifications qtii lui etoient proposees. Dans I'analyse des me- thodes deja connues, M. Rouhier avoit trou- ve des idees nouvelles ; il perfectionnoit sans cesse les precedes qu'il avoit decouverts , et c'est au milieu des soins infatigables qu'il ne (1) Compte rendu pour 1809, pag. 18 et suiv. Pour 1810, pag, 56-5/. ( 96 ) ^ ccssolt de donner a tin etablissement trop peu connu , que la mort I'a surpris le 8 juin 1820. Outre les travaux analyses dans les Comptes rendus precites , M. Rouhier a presente k rAcademie un m^moire sur les nioyens de multiplier les institutions speciales pour I'en- seigneraent des aveugles etdes sourds-rauets j un autre memoire sur la divergence des etu- des qui conviennent le niieux ci chacune de ces infirmites, et le developperaent de quel- ques procedes fort ingenieux sur la inaniere d'apprendre I'histoire aux jeunes gens. II n'a pas dependu de rAcademie que ses voeux pour iixer a Dijon M. Rouhier , n'aient eto accomplis : un etablissement de cette nature auroit honore une ville amie des arts , et M. Rouhier eut laisse des successeurs pour continuer apres lui I'execution d'une pensee noble et genereuse. NOTICE SurM. Maketj)bCh ARMOi,mem6re residant de L' Acadeinie des sciences , arts et belLeS' lettres de Dijon, Par M. Durande , president. M ESSIEURS, L'homme de genie se perp^tue dans le sou- venir de laposterite par des ecrits d'un grand interet et par des services eminens rendus aux sciences ou aux lettres ; cependant sans avoir donne le jour h. d'immortels ouvrages , on peut encore etre recoramandable par des travaux d'un moindre prix , et meriter la fa- veur publique par des vertus genereuses et d'aimables qualites. Tel fut I'honorable collegue, dont en ce jour nous deplorons la perte. Qu'il m'est satisfaisant, Messieurs, de pou- voir en votre presence , jeter quelques fleurs sur sa tombe. C'est un hominage que 1' Academic rend tl sa meinoirc j c'est egalemeut lui tribut de re- 7. (98) grels que je dois personnellement a vingt-ciiKj annees d'estime et d'amitie. Si dans cette circonstance je semble me complaire dans une plus grande etendue de details ; si j'obeis plus a I'impulsion de mon coeur , qu'a cette severite scrupuleuse qui de- vroit accompagner un eloge, je reclame, Mes- sieurs , cette indulgence dont si souvent vous m'avez honore , etdont j'aime k me feliciter. M. Maret de Charmoi , associe residant de I'Academie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, naquit aBourgen Bresse. II etoit ills de M. Maret, syndic de cette province. De bonne lieure M. Maret annon^a d'heu- xeuses dispositions , et les beautes d'Horace et de Virgile lui etoient a peine connues , que dejail composoit des vers et invoquoitle genie des Muses j aussi ses etudes f urent couronnees d'un succes constant ; et dans ces fetes de la jeunesse, qui sont consacrees au triomphe des etudes ; k cet age ou les plaisirs sont si vits, les succes si biensentis, sans douteparce que I'aine dans toute sa purete n'est alors in- <|uietee par aucune passion, M. Maret sutob- tenir des couronnes et des applaudissemens, Safamille lui destinoit une place dans I'une des cours souveraines dela province de Bour- gogne 5 mais la revolution vint traverser ces ( 99 ) projets, etM. Maret libre de tous ses Instans se voua tout entier a I'etude des lettres et des arts. Son goiit et sa sensibilite lui flrent recher- cher de preference la lecture de ces ouvrages fabuleux qui creent des dieux ti la poesie et aux arts, et reproduisent sous toutes sortes de formes la passion et le sentiment. Nous en trouvons une preuve dans la piece de vers dont il fit hommage a I'Academie, et qui est une traduction de Catulle sur les dou- leurs d'Ariane abandonnee dans I'ile de Naxos. Plus tard , M. Maret augmenta ce travail en y joignant le recit des consolations que Bacchus prodigue a I'infortunee Ariane. L'Academie, dont le principal but est d'ex- citer I'emulation et d'encourager les talens, se fit un plaisir d'associer k ses travaux , un jeune homme qui donnoit de si grandes es- perances , et d'autant plus fondees qu'on trouvoit en lui cette reunion de qualites qui sont le plus bel apanage de la science et de I'esprit : De I'aisance et de I'alfabilite dans les ma- nieres ; De la modestle sans affectation ; De la douceur et de I'egalite dans le ca- ractere 5 ( loo ) De rinstructlon sans pedantisme. Ces qualitessl peuconnuess'einbellissoierit encore de cet usage des convenances, de cette bienseance de ton , qui rendent l^homme di- gne de lui-meme , et donnent a sa diction tant de charmes et tant de noblesse. Coiiibien il seroit a desirer que ces qualites autrefois si bien appreciees, conservassent de nos jours tous leurs charines et tout leur empire ; elles nous rapprocheroient de cette urbanite f'rancaise , qui dans des temps plus recules faisoitles delices de la societe. Nos a'ieux lui durent ph^s de douceur et de politesse dans leur caractere, plus d'ame- nite dans leurs moeurs , plus de loyatite dans leur condulte , plus de delicatesse dans leurs procedes ; ils lui durent surtout ces sentimens nobles et genereux qui firent la gloire de la chevalerie franc^aise , et dont on retrouve les veritables modeles dans les Bayard et 1 les Conde. Dans ces temps lieureux , I'honneur et la consideration jouissoient de toute la pleni- tude de leurs droits ; I'egoisme , la soif de Tor etoient voues au mepris ; alors les obli- | gallons sociales etoient plus severes et plus respectees ; et ce changement qui s'est opere dans nos raoeurs a influe plus qu'on ne le ( loi ) pense , sur les desordres et les malheurs de la societe. Accessible a tousles sentlmens generenx, M. Maretpossedoit par excellence celui de I'a- mitie ; personne n'en connut mieux que lui toute i'etendue, personne n'en remplit mieux les devoirs et sans doute ne ressentit avec plus de delices les jouissances qu'elle fait eprouver. Toutes ces qualites lui concilierent I'affec- tion et le respect des habitans de Grenau 5 ils le regardoient comme leur pere , comme leur appui , et d^s-lors il ne lui nianquoit plus que la sanction du gouvernement pour reinplir une place dont il possedoit d'avance toutes les qualites. M. Maret fut norame niaire de Grenau en 1807 ; son administra- tion toute paternelle per petuera dans le coeur des habitans de ce village le souvenir d'un nom que dans I'exercice de ces f onctions on doit savoir lionorer par une entiere abnega- tion de soi-meme , et qu'egalement on doit f'aire clierir par des bienf'aits et par des vertus. Quelles que fussent ces occupations , elles ne detournerent point M. Maret de la culture des lettres et de I'etude de Tarcheologie. Cette science , dont le temps et le vanda- lisme detruisent chaque jour les monuniejis, ( 102 ) et dontT)lent6t ilne restera plu& cVautres ves- tiges que quelques medailles trouvees par ha- sard dans les entrailles de la terra ; Cette science , qui par les souvenirs qu'elle nous transmet , nous retrace avec tant de ve- rite le neant des choses liumaines ; cette scien- ce , dis-je , fut une de celles qui occuperent le plus notre coUegue ; souvent on le trouvoit dans son cabinet etudiant et dechiffrant des medailles j et si nous en jugeons par des frag- mens d'ouvrages commences et deposes dans ses porte-feuilles , nous somraes fondes a dire que depuis long-temps il partageoit ses etu- des entre cette science et celle de la chrono- logie. Ce fut done de bonne heure qu'il re- nonga au cuke des Muses, d'autant plus qu'a I'exception du fragment de poesie dont j'ai deja parle , il ne nous a laisse qixe quelques pieces fugitives. Deux de ces pieces composees a la fleur de I'age, dans ces temps heureux ou I'ame est toutedefeu , ou ses expressions sont d'autant plus animees que le coeur bat plus viveraent , se distinguent par le naturel du style , et par des pensees fraiches et gracieuses. Je ne vous parlerai point. Messieurs, de son travail sur la dissonance de plusieurs ri- mes j je me bornerai a vous entretenir d'au- tres ouvrages qui furent egalement robjet ( io3 ) de ses meditations , et qui ont rapport a la chronologie soit ancienne , solt inoderne. Dans Fun d'eux il traite de la posterite de Juda et de celle de Levi. Dans I'autre il s'occupe de la genealogle des rois visigoths. Les princesses qui appartenoient a la race de Hugues Capet, et celles qui etoient issues de la maison de Bourbon, furent aussi du nombre des objets qui lixerent son attention. Sans doute peu de personnes ignorent com- bien la chronologic presente de diflicultes , puisque nialgre les travaux de tant de grands homines, il est encore danscette science beau- coup d'incertitudes et d'obscurites. Cette ve- rite n'avoit pointechappe a M. Maret, et doue de beaucoup de patience , capable d'une grande contention d'esprit, il eut peut-etre rendu a cette science des services importans, sans les maux dont il etoit affecte et qui s'emparerent de la moitie de sa vie. Nous avons de meme remarque parmi ses ecrits un dictionnaire a moitie compose, et ainsi intitule : Dictionnaire des vices de langage et de prononciation f en. usage dans les departe~ mens qui composent I' ancienne province de Bourooane. A tant de zele et d'ef'forts qui donnent u ( io4 ) notre collegue des droits a notre reconnois- sance , je me ferai un devoir d'ajouter son erudition en bibliographie ; vous avez pu en juger, Messieurs, par le choix des editions qui formoient sa bibliotheque , et par I'eru- dition des notes qu'il avoit mises en tete de plusieurs de ses ouvrages. L'etatde souf'france de M. Maret, quoique long-temps prolonge , n'epuisa ses forces quinsensiblement ; elles sembloient soute- jiues et par les consolations d'une epouse justement clierie , et par les caresses de ses enfans, dans lesquels il pla^oit tout son bonheur et toutes ses esperances. Ce ne fut qu'en 1819 et dans les premiers mois de 1820, que la maladie prit un carac- tere plus grave et plus menagant. Apres avoir infructueusement tente une multitude de remedes , sa derniere ressource fut les eaux de Bourbonne-les-.Bains , ou il se rendit en juillet 1820 j mais il etoit trop tard , la nature s'etoit epuisee en efforts inu- tiles ; I'organisatlon materielle etoit presque an^antie, et deja il n'existoit plus que par les tpialites du coeur et le sentiment du juste. M. Maret avoit I'ame trop belle pour n'etre pas penetre de I'amour de son Dieu, et pour ne pas sentir tout ce que la Religion pent ( io5 ) offrir de consolant dans nos derniers instans. Sentant sa iin approcher, il recueillit sou ame, implora la clemence du Ciel , et se fit administrer les secours de la Religion j aussi supporta-t-ii les angolsses de la raort avec ce calme et cette resignation qui n'appar- tiennent qn'k I'liomme dont la conscience est pure et dont le coeur est sans reproclies. Ses derniers voeux f'urent pour le bonheur de sa patrie 5 Ses dernieres paroles pour sa digne com- pagne. II lui recommanda ses trois enfans , versa sur elle des larmes de regrets et d'attendris- seinent ; et apres avoir epuise tout ce que Tamitie la plus vive pent faire ressentir de doux et de dechirant dans ces derniers mo- mens, il cessa d'exister le 9 juillet 1820. Puisse cet lioininage calmer les douleurs d'une epouse eploree , vrai modele de vertus et de piete, et non moins respectable comme excellente mere de iamille ! Puissent ces lignes dictees par le souvenir d'une sincere amitie , inspirer a ses enfans un desir plus vif encore de marcher sur les ti'aces de leur pere , et , a son exemplc , d'obtenir uij; jour des droits egaux a I'estimo et k rattacliement de leur pays I NOTE Sur les quadr'iLateres spherlques inscrlts dans^un petit cercLe. vJn a dotine depuis long-temps des methodes pour resoudre les quadrilateres rectilignes, c'est-a-dire , pour trouver trois de ces huit grandeurs, les quatre cotes et les quatre an- gles , lorsque les cinq autres sont connues. Lorsqu'au lieu de considerer un quadrilatere en general , on ne s'occupe que de cas parti- culiers, par exemple, un trapeze, un quadri- latere inscritou circonscrit, un quadrilatere quiaun angle droit, etc., on trouve, comme ense jouant, une foule de proprietescurieu- ses , dont plusieurs ont passe dans leselemens. Mais je ne saclie pas qu'on ait etendu cette recherche au quadrilatere spherique. Cepen- dant ici encore, la determination de cinq des parties entraine celle des trois autres , et on arrive a des formules qui ont aussi leur interet et leur elegance. Le developpement de ces formules exigeroittrop d'espace et je me bor- nerai au cas particulier ou les quatre sommets du quadrilatere spherique doi vent se trouver sur un meme petit cercle. (0 " ( 107 ) Solent a, b J c y dies coles; A , B , C, D les angles respectivemeiit coaipris eiitre les cotes a ex. d , a e\. b y b et c j c et dj on ob- tient facilement ces quatre equations. Sin.7asin.-d+sin.-5sin.^c+cos.xacos.7dcos.A+cos.^icos.jccos.C=:;o Sin.7asin.-3+sin.-dsin.TC+cos.-jacos.^icos.B+cos.jCCOs.^c?cos.D=:o Cos.0 Cos.rf+si n.asin.d cos. A^^cos.i cos. c + sin. 6 sin .c cos. C. Cos.acos.£-t-sin.a sin.i cos.B ^^ cos.tf cos.c+sin.d sin.c cos.D. En combinant la premiere et la troisieme , on arrive a \8.^^A:r- ^°^-'^(^-^^-*-(^-^'i)':o ^-'^i(i+d—b~c)sin.^(a+b+d—c)s\nA{a+c-i-d—b) (Sm.^asin.-d + sin.-isin.-cjcos.-acos.'jcf. y, . B.^^A—- (^o^-7(.a^b—c—d)co-i.-:;(a-hc—b—d)sin.ia+b+c—d)Km. ^ {b+c+d~-a)\ (Sin,-asin.id+sin.{isin.jc)cos.2acos.-j-d. equations qui feront connoitre les angles lorsqu'on aura les cotes. II est visible qu'en cliangeant a la fois a enc, b en dj et reciproquement , on ob- tient les valours de cos.^ ^C et de sin/ -^ C. Avec el les on trouve aisement, en I'aisant pour abreger : ^=-C0S.~(^a+b+c+d)cos.i{a+b—c—d1cos.i(a+c—b—d)cos.-i(a+d—b—c) y=^sin.'-^{a+b+c—d)s'in.^{a+b+d—c)sm.^{a+c+d~b')sin.^b+c-t-d—a) W=cos.- acos.T Acos.'j-c co8."7d. Sin.^(A+C)=^? — cos.-:(A+C)=|/^y (3) Cesquantites etant symetriques, sin.^(B-|-D) et — cos. y(I^H-I^) auront les memes valours, ce qui exige que A-|-C=B+D. (io8) ^ Done : pour qu'un quadrilatere sphSrique soit ins crip tibLe dans un petit cercle , ilfaut que les sommes des angles opposes soient e sales. , Soit 2 la surface du quadrilatere , on aura SrzA+B+C+D — '36o*^, ou , en vertu de la condition precedente, ^= 2 (A+C — 180°). Done COS. 1=1/^, Sin. 1=1/^(4) expressions fort symetriques. Si on fait d=.o , le quadrilatere devient un triangle ; on tombe ainsi sur deux ex- pressions de la surface d'un triangle splie- rique , d'ailleurs faciles a Yerilier ; car leur produit et leur quotient donnent les valours connues du sinus de la moitie et de la tan- gente du quart de cette surface. Nommons (p efsy les deux diagonales de notre quadrilatere , on aura cos^irrcos. ^cos. <^ + sin. «;sin.«a?cos.A. En mettant pour cos. A sa valeur en fonc- tion des cotes , et faisant pour abreger L = sin. ^ a sin. i d -^ sin. ~ csin. ^ d. M =: sin. ^ a sin. ^ c -\- sin. ^ 6 sin. 7 d. N=:sin. ^asin.-^d-\- sin. 7^ sin. jc. on sera conduit a : d'ou I'on tire '4^iii^=:t, sin.T(psin.i^=M.(5) ( 109 ) analogie remarquable avec le quadrilatere rectiiigne inscrlt. Representons encore par P le prodult des quatrequantitesqu'onobtientenretranchant successivement cliacun des sinus , sin. ^ a , sin. i 6 , sin. ~c ^ sin. ^d, de la somine des trois autres. Si Ton nomrae p Tare de grand cercle compris entre un point quelconque de la circonference du petit cercle circonscrit au quadrilatere et son pole , le rayon de ce petit cercle sera sin. p et on aura sin./7 = l^- (6). Menons les cordes du quadrilatere splie- rique, nous obtiendrons un quadrilatere rec- tiiigne correspondant qui sera inscrit dans le petit cercle. Le volume de la pyramide qui a ce quadrilatere pour base et le centre de la sphere pour sommet , sera expriine par V— yl/ /2v (7). Formule remarquable. Or les equations (4) donnent ^ sin. |=j/'^» done V=;y«sin. 1(8). Les cotes de notre quadrilatere rectiiigne sont respectivement 2 sin. ^ a, 2. sin. ^ 6 j, 2 sin. i c, 2. sin. ^ dj et ses diagonales 2. sin. J. (J), o sin. yZJt. On auroit done pu deduire dnnnediatcraont les equations {fi) des relations (110 ) connues entre ces cotes et ces diagonales j de: plus I'expression connue de la surface en foiiction des cotes , conduit a f'aire voir que I'aii'O de ce quadrilatere etant representee par S, on a S = P (9). J'omets , pour etre plus court, ce qui re- gardp la resolution des divers cas du quadri- latere spherique inscrit et plusieurs autres proprietes dont il jouit j mais je f'erai remar- quer, en terminant cette note, que le qua- drilatere circonscrit a aussi son analogue parmi les quadrilateres splieriques , celui dont les quatre cotes sont tan gens a un merae petit cercle. La condition de circonscripti- bilite est la meme pour les deux especes ; il J'aut que les sommes des cotes opposes soient egales. Cette figure spherique possede aussi des proprietes tres remarquables. Dijon, le 10 juillet 1821. RAPPORT Siirle Baro-Thermometre de M. Goubbrt. Messieurs, Tout le monde sait que la hauteur du mercure dans le barometre represente lldel- iement le poids de la colojine d'air qui re- ( 111 ) pose sur lui ; qu'ainsi , lorsqu'on s'eleve sui» une montagne , le mercure ayant de moins a soutenir la portion de cette colonne com- prise entre les niveaux des lieux de depart ct d'arrivee , doit s'abaisser d'une quantite proportionnelle au poids dont il est decliar- ge. 11 existe done une relation entre la dif- ference de hauteiir de deux barometres ine- galement eleves au-dessus de la surface des mers, et la difference de niveau des lieux ou ils sont places. De lal'idee de faire servir le barom^tre au nivellement ; idee dont I'execution a ete amenee par les travaux successifs des pliysiciens, k un tel degre de perfection, qu'elle I'emporte en exactitude sur les operations trigonometriques les mieux faites. Tous les obstacles qui se sont presentes ont ete surmontes , ou du moins eludes , u I'aide de corrections ingenieuses. Une de ces corrections consiste a tenir compte de la temperature du barom^tre lui-meme j et on en sent la necessite, en considerant que la pesanteur specilique du mercure variant avec eon degre de chaleur, sa hauteur au-dessus du niveau doit necessairement en etre alte- ree. EUe se fait ordinairement en inserant un thermometre dans la monture du baro- metrc. Ces deux instriunens se trouyent alor« soumis aux memes influences ; et le premier accuse exacteraentla temperature du second. On connoit d'ailleurs la dilatation precise du vif-areent , et on amene aisement, au moyen de ces donnees , la hauteur du barometre a ce qu'elle seroit poiir une temperature fixe j par exeraple, celle de la glace londante. La correction dont il s'agit se faisoit moins facilement lorsqu'on n'avoit qu'une connois- sance imparfaite de la dilatation du mer- cure ; et les physiciehs avoient cherche a I'operer independamment de cette connois- sance. Parmi les moyens qu'ils ont proposes, on doit distinguer ceux indiques par MM. Lagrange et Deluc. Le dernier atteste I'adresse et la sagacite de son celebre auteur. On le trouve dans ses Jxecherches sur les modifications 'de Vat' mosphere. Le premier, communique par le grand geometre dont cliaque pensee etoit une decouverte, a ete expose par M. Cigna (Academie de Turin, tom. i.^"", 1759), et renouvele par M. de Lamanon (Journal de physique, Janvier 1782). Si Ton forme un barometre a siphon par- faitement calibre dans toute son etendue, et que I'ayant plonge dans la glace fondante , on observe les points ou se terminent les co- (ii3) lonnes de mercure dans les deux branches , il est evident qu'en supposant invariable la longueur totale de ce liquide , si I'une des colonnes vient a augmenter d'une quantite determinee, I'autre devra diminuer de la meme quantite. Si done cet ef'fet n'avoit pas lieu 5 si la deuxieme colonne diminnoit p /us ou moins , on en concluroit que le metal s'est condense ou dilate , et que la tempera- ture a diminue ou augmente. Ceia pose , M. Cigna corrige I'indication du barometre de cette erreur, par un calcul qui revient , pour le lond, a celui-ci : Je suppose qxie reclielle appliquee contra cliaque branche , exprirae la longueur de I'axe de la colonne correspondante , a partir de son point le plus bas , pour arriver au plus eleve. Soient h la longueur de la premiere colonne , H celle de la seconde, tla. tempera- ture , / la longLieur totale occupee par le mer- cure a la temperatiire de la glace fondante , ^ la dilatation relative du mercure , p la vraie hauteur du baromdtre a la glace fondante. La longueur totale occupee par le mercure au moment de I'observation , est h-\-H. Cette meme longueur est evidemment / ( i+A^). On a done h-\-Hz=zl{\-\-t^t) (i) La difference de niveau est h^H; si on la ra- 8 ( 114 ) niene a ce qu'elle seroit a la temperattire de o° (c), on obtiendra la hauteur du baro- metre a I'instant de Tobservation. Ainsi h—H / N ^^t^'P • • • (2) Eliminant i+A^, il vlentyO=/. ^—^ On trouvera done la hauteur du barometre corrigee de la temperature par cette propor- tion : La sonirae des hauteurs observees dans les deux colonnes , est a leur dilierence , comrae la longueur occupee par le mercure a o** est a. la hauteur cherchee. Cette methode renferme une legere erreur. En effet, I'alongenient total du mercure, lorsque la chaleur s'accroit, n'a lieu qu'en vertu del'exces de la dilatation de ce meta! sur celle du tube qui le renferme ; et cet e^:- ces est ce que les physiciens nomment dila- tation relative. Mais la pression des liquides etant en raison de leur hauteur et de leur pesanteur specifique , ce n'est plus la dilata- tion relative , mais blen la dilatation absolue que Ton doit employer pour trouver la hau- teur p du barometre. Si done cT est la dilata- tion absolue du mercure, on a h—Hzzzp (i+J^/). (3). Les valeurs de A et cT sont aujourd'hui par- laitement connwes > surtout depuis le Mt- ( ii5 ) . moire de MM. Petit et Dulong, sur les lois duref'roidissement. On a ^-—6480 <^-— •TTTo Puis done que / est connu ^ c\, h et H donnes par I'observation , I'equation (i) ser- vira a trouver la temperature t sans qu'il soit besoin d'un thermometre. On en tire en eff'ec ^=^^^' / une fois determine, I'equation (3) fera connoitre la hauteur p du barometre , ra- menee a la chaleur de la glace fondante. On voit par ce calcul tres simple , qu'on pent non-seulement corriger le barometre a siphon des influences de la chaleur, mais encore determiner, sans autre secours que I'instrument lui-m§me , la temperature dont il est affecte. La longueur / etant assez difficile a me- surer avec exactitude, on la deduira d'une observation du barometre comparee h. une observation correspondante f'aite sur un tlier- mometre ; car I'equation (i) donne li^H 1-4- :Xf Toute la difficulte est done reduite a se procurer un tube exactement de meme dia- m^tre dans toute son etendue ; une ibis vain- (iiO cue, le barometre servira en meme temps dc thermometre. M. Goubert a eu ringenleuse idee de falre tin thermometre avec le barometre lui-merae. On petit observer sur son. instrument , d'a- bord la hauteur barometrique, puis , par uil simple changement de situation , le degre de clialeur du mercure j et lorsqu'il sera cons- truit avec toute la precision dont il nous paroit susceptible, ces observations auront toute I'exactitude qu'on pent desirer. Aussi simple que le barometre a siphon ordinaire , il se rapproche infiniment , pour la forme , cle celui dont I'illustre M. Gay-Lussac a in- dique la construction. Nous regrettons de n'en pouvoir donner une description exacte , dans la crainte de nuire aux interets de son inventeurj et nous pensons que I'Academie, en lui accordant son approbation , lui rendra la justice qui lui est due. Nota. Dans la liste des memoires presentes a la Societe des belles-lettres , sciences et arts de Rouen , on trouve le titre suivant : a Thermo-Barometre , par M. Scanegatti , I'JJ^- » Precis analytique des travaiix de ladite SoCiete , torn. 4> P^g- ^9 f P^S' ^'* ^® ™'^" moire ne se trouvant pas dans le Recueil , nous ne pouvons indiquer quel rapport il y a entre I'instrumeiit de M. Scanegatti et celui de M. Goubert. RESULTAT DE QUELQUES EXP:^RIENCES SUR LA FERMENTATION VINEUSE, Takes comparativement avec et sans addition de subs~ tances etrangeres , avec et sans le contact immediat de I'air , tentees dans des t'a/ijea«:r absolument clos ; reflexions a ce sujet, et sur la necessite d'ameliorer les vins en plusieurs cas pour en assurer la conser- vation} Par C. a. DE GOUVENAIN. tf'S'S'^'S^^^^^^^yS'S* \_/ccupE depuis plus de trente ans d'experiences sur les fermentations vineuseset aceteuses, que nouspublierons si la souscription (j) que nous avons proposee pour le peifectionnement des vinaigres, se remplit , nous avons cru en attendant devoir ceder au desir que nous ont te- (i) Le prix ile cette souscription est de douze francs payables a Dijon. Les personnes qui sou&criront voudront bien nous i'aire paivenir, francdeporr, leur engagement d'y payer ladite soinnie, quand nous les previendrons que rouyiage est pr^t a leur ctje livrc. ( i»8) jnbigne plusieurs proprietairesde vignes, de ne pas gar- der le silence sur la contestation elevee entre les de- fenseurs et les adversaires d'un appareil , dit vinifica- teur f pour lequel Mll^. Gercawa pris en 1820 un brevet d'invention. Nous observons d'abord que long-temps avant la pu- blication de I'appareil dont ii s'agit, il y a eu des fer- mentation^comparatives faites en vaisseaux clos et non. clos. C'est a D. Cassebois , membra de 1' Academic de Metz, qu'on attribue ie merite de cette decouverte 5 et c'est d'apresle principe qui I'a guide dans I'emploi pour les tonneaux de son tube, connu sous les noms de tube plongeur f 'valvule elastique , ou soupape hydraulique^ qu ont ete construits depuis les appareils pour produire ie meme effet dans les cuves. Ce tube n'est autre chose qu'un sipbon en fer blanc ^ dont une extremite bouche exactement le bondon d'un tonneau et I'autre plonge dans un vase contenant de I'eau, et par ou s'echappe le gaz acide carbonique qui se degage du vin en fermentation (1). Plusieurs annees apres la connoissance de ce tube , M. Mandel a fait impriraer a Nancy, sur I'art de faire le vin, un ouvrage que I'Academie de cette ville , dont il etoit membra, a approuve dans sa seance du i3 flo- real an 1 2 ( 2 mai i8o5 ) , et dans lequel il donne la des- (i) Voyez la description de ce tube dans la Bibliotheque phy- sico-economique , annee 1782, page 284 et suiv. EUe se trouve iaussi a la page 170 de \Art de faire le vin, de Fabroni^ impri- mi a Paris en 1801. (119) cnption d\in appareil (i)) dont nous extrayons ce qui suit : « II est certain , est-il dit k la page 23 de cet ou- oc vrage , que les liqueurs privees du contact de I'air n'en « fermentent pas raoins, inais que le mouvenieat est « plus lent et plus silencieux que lorsque la fermenta- oc tion a lieu a Tair libre. cc II n'est pas nioins certain qu'il ne peut y av(>ir do « fermentation 6ans formation d'une quantite consi- « derable de gaz acide carbonique 5 que ce gaz retenu « dans le corps fermentant s'y dissout de nouveau eb « ralentit sensiblement la fermentation. a II seroit done k desirer qu'on put trouver un mode « propre a laisser degager le principe nuisible, sans « enlever des principes essentiels : on peut atteindre en a partie ce but par le moyen suivant. « On couvre la cuve 5 on etablit an centre du cou- « vercle un c6ne de trois a quatre pieds de hauteur, « ayant a sa base trois pieds de circonference, et ter- et mine par un chapeau de fer blanc de six pouces de « hauteur et autant de circonference. On pratique k la M partie superieure de ce chapiteau un trou d'un pouce « de diametre , auquel on adapte un tube du meme « metal et du merae diametre ; on conduit I'autre extre- cc mile de ce tube dans un tonneau rempli a. moitie Son residu etoit de ,-^ , et il a donn^ ,^^ d'eau-de-vie au meme titre que celle ci-dessus , au lieu de 190 qu'il en a eii dans son etat naturel. Nota. L'odeur de I'eau-de-vie ajouteedans ce moiit, nes'est plus flit sentirquand la fermentation a ete com- mencee , et elle ne s'apercevoit aucunement dans le vin fait. La fermentation a dure egalement vingt-huit jours dans les trois bouteilles. DEUXliME EXPERIENCE. Cette experience a ete faite egalement dans trois vases marques^. Bet C, avec du mout provenant de raisins noirs et blancs, cueillis dans la meraevigne le 16 octo- bre. La bouteille A etoit bouchee avecun siphon j ainsi que dans la precedente experience j les deux autres etoient ouvertes, Le mout des raisins noirs pesoit specifiquement 1,077550. II saturoit ~^ et avoit un residu de -^^, Celul des raisins blancs pesoit 1081. II saturoit -pfo , et son residu etoit de ~^. Nous avons meld ces mo^tSj et le melange pesoit specifiquement JjOyg. ( i34) La fermentation a ete difficile a s'etablir , et elle a dure trente-deux jours , k raison de la temperature da lieu qui n'etoit que de 6 a 7 ° de Reaumur. La bouteille v^^qui contenoit deux pintes , ou , en poids , 4 liv. 5 one. 2 gros de ce mout , n'en contenoit plus apres la fermentation que 4 liv« • ce qui fait une deperdition de 5 one. 2 gros , ou environ de 7 | pour cent. Le gaz carbonique s'est bien degage k travers le tube qui plongeoit dans I'eau. La bouteille B qui contenoit la meme quantite de mout , n'a eu une deperdition que d'un demi gros de plus que la bouteille ^ ferniee , ou a raison de 7 | p. |. La carafe C, aussi ouyerte, et dans laquelle il n'y avoit qu'une pinte -t , ou en poids 3 liv. i one. 2 gros du meme mout, n'en contenoit plus apr^s la fermenta- tion , que 2 liv. i4 one. 4 g^os j, ce qui fait une de- perdition de 3 one. 5 gros ^ , ou environ 7 -j P' !• II n'y a eu aucune difference sensible dans le vin de ces trois vases 5 il pesoit ^pecifiquement 0,995,25 ; il sa- turoit -~f le residu etoit -—^ , et mille parties en ont donne 2i4 d'eau-de-Tie a o,935. Nota. La diminution de volume dans ces trois vases ne nous a pas paru sensible \ niais dans la carafe C , dans le col de laquelle nous avons pu observer plus exacte- ment la hauteur de la surface du liqujde qui avoit pres d'un pouce de diametre , cette surface nous aparubais- see au plus de trois lignes, ce qui feroit le volume d'environ un gros ou -^ du total ; et pour comparer I'e- vaporation de ce vin avec celle de I'eau contenue dans •une carafe pareille oil plongeoit le tube de la bouteille A ^ nous avons trouve que cette eau qui, au commen- ( i35 ) cement cle I'experience pesolt 2 iiv. i4 on, 4 gros , n'a pese au bout de Sa jours d'evaporation qu'un denii gros de moins, ce qui n'en porte la deperdition qu'tl y^. Ea petite quantite de vapeurs qui a pu y passer en' dissolution dans I'acide carbonique degage de la bou- teille ^ , n'ayant pas change la pe,santeur specifique de Teau de cette carafe , peut etre regardee comme nulle. TROrSIEME EXPERIENCE. . Cette troisieme experience a ete faite le 21 octobre (jour fixe pour la vendange) , avec des raisins blancs cueillis dans la meine vigne que ceux des precedentes experiences. Ce mout pesoitspecifiqueinent io83,5o au lieu de 1070 qu'il pesoit il y a dix jours ; il saturoit -^ au lieu de -^ , et son rdsidu etoit de r^ au lieu de — „. J'ai mis de ce mout dans trois grands ballons de la capacite d'au moins vingt litres, et ayant une ouvertura de quatre pouces. lis etoient egalement marques A , B et C. Lesdeux premiers etoient bouches avec un siphon, dont une extremite plongeoit dans I'eau \ ils contenoient chacun dix pintes de mout , et le troisieme l)allon C etoit ouvert et ne contenoit que six pintes trois quarts dii meme moflt. La fermentation a aussi ete difficile a se faire a cause du froid , et elle a dure un mois. Des thermometres_ mis dans I'interieur des ballons fermes n'y ont pas indi que un degre de chaleur au-dessus de celui de I'air ex- terieur qui n'a ete que de 10 a 11° au thermometre de Reaumur, Le gaz carbonique ne s'est degage par aucun des tu- bes ajustes dans ies ballons A et B. Ne pouvant, a raison de leur poids et de la difficulte de Ies manier , prendre la pesanteur absolue des truiii ( i36 ) ballons de cette experience , ainsi que noiisl'avons faifi dans toutes las autres, nous avons pris de temps en temps la pesanteur specifique du moiit qu'ils contenoien t. Cette pesanteur, qui avant la fermentation etoit io83 j (i varie aiiisi qu'il suit, savoir : Ballon A. Ballon B. Ballon C. Le 4 novembre. 1064 » 1 o58 35 1 o4 » '' Le 5 1 o56 » l05l S5 1021 35 Le 8 1027 n 1011 « 998 » Le 12. 1002 5o 1 000 y> 996 5o Le i5 999 " 997 =^ 995 25 Le 19 995 5o 995 0.5 994 60 Les 31 et 22. • 994 75 994 7^ 994 25 La pesanteur specifique de ces mouts ne diminuant plus, annoncoitque leur fermentation etoit acheveejalors nous les avons essayes de la maniere que nous avons dit; ils ont tous trois egalement sature 7^; leur residu a ete de —^^ et ils ont donne 2i5 a 7^^ d'eau-de-vie a o , 935, En comparant le vin de cette trolsieme experience avec celui de la premiere, on voit que des raisins de la pieme espece , mais cueillis dix jours plus tard , ont donne un vin qui a environ -—-^ de plus d'eau-de-vie et ■~ de moins d'acidite. Pour connoitre la deperdition en volume qu'ont eprou- vee les moilts de cette troisieme experience , nous en avons mesiire le vin dans la meme bouteille dans laquelle nous avions mesure les mouts, et nous avons trouve ce qui suit , savoir : Le ballon A boucbe, ou nous avions mis dix pintes demout, n'encontenojtplusenvin que 9 pintes 3oonces ( i37 1 a gros , ce qui ne fait dans le volume qu'une diminution de 1 once 6 gros , environ tyj ; ou a raison de ~ pour cent. Le ballon B aussi bouche , dans lequel il y avoit ega- lement dix pintes de moilt , contenoit en vin g pintes 3o onces 3 gros , ce qui fait une diminution de i once 5 gros, environ ~ , ou a raison de ^ pour cent. Le ballon Couvert, ou nous n'avions mis que 6 pintes 24 onces du meme moiit , contenoit en vin 6 pintes 20 onces 6 gros , ce qui porte la d^perditlon en volume a 3 onces a gros , environ ^ , ou a raison de 1 ^ pour cent. Cesdeperditions en volume seroientbien moindres en- core , surtout dans le ballon C , si nous avions pense k en defalquer la petite quantite de vin qui est restee adhe- rents aux parois de ces grands ballons, apres les avoir vides. Si maintenant on calcule en poids la deperdition de ces trois ballons , on la trouvera infiniment plus consi- derable , aiusi qu'on va le voir. Le ballon A bouche, contenoit, ainsi qu'il a ete dit, dix pintes de mofit , et en vin , 9 pintes 3o onces 2 gros. Mais un volume de dix pintes de mofit , qui est a I'eau Comme io83 est a 1000, pese a raison de 2 liv. 2 one. 5 gros la pinte (de 32 oncesen eau). 21 1. 10 on. 2 gr. Et 9 pintes 3o one. 2 gros de vin , qui est a i'eau comme 994 ^ 1000 , ne pesent , a raison de 1 liv. 1 5 on- ces 6 gros ^ la pinte , que 19 12 3 La deperdition en poids est done de C i3S ) fenviron du 1 2.' au 1 1 .^ , ou a raison 6c 8 ^ pour cent f et consequemment seize fois plus forte que celle en vo- lume , laquelle seule , comme nous I'avons observe , iii- teresse le proprietaire de vignes. La deperdition du ballon B aussi boucKe , etantpres-^ <[ue egale a celle du ballon A , nous dispense de repe- ter le meme calcul a son egard. Quant au ballon C non bouche , qui contenoit 6 pintes 34 onces de mout, et en vin , 6 pintes 20 onces 6 gros , un volume de 6 pintes a4 onces de mout , d'apres le calcul ci-dessus , pesoit i4 !• 90"- 6 gr. Et un volume de 6 pintes 20 onces 6 gros de vin »3 o 4 Ce qui porta la deperdition en poids k » 6 3 environ du 11.^ au 10/ , ou a raison de 9 ^ pour cent , au lieu de 1 { qu'elle est en volume. On voitdans nos differentes experiences, qu'ainsi que nous I'avons dit, un mout en fermentant , perd d'au- tant plus de son poids, qu'il est de meilleure qualite , mais toujoursen donnant un volume de vin presque egal au sien. A I'appui de ce fait , nous citerons encore le mout de I'Annee 181 1 , dite de la Comete , et provenant de raisins cueillis dans la meme vigne que ceux avec les- quels nous avons fait les experiences dont nous rendons compte. En cette annee , qui a ete si favorable a la maturite des raisins , nous avons trouve qu'un vase contenant 1 000 grains d'eau , en contenoit a tres pen pres 1 100 de mout et seulement 990 de vin, d'ou il resultoit dans le poids une deperdition juste du 10.^ , ou a raison de 10 pour cent. ( i39 ) Si on efit mis ce mo^t fermenter dans un vase assez bieii clos , sans cependant avoir I'appareil Gervais , ni auciin autre equivalent, la diminution dans le volume se seroit composee d'mie tres legere evaporation , et d'une quantite egalement tres petite des vapeurs ibible- ment alcoholiques que le gaz acide carbonique entraine toujours en dissolution avec lui. La deperdition du lo.' dans le poids, occasionnee presque entierement par le degagement du gaz acide carbonique , etoit inevitable de quelque maniere et avec quelque appareil que se fitla fermentation. Quant a celle en volume, laquelle, dans ce cas , nous evaluons a beau- coup moins de 75^, elle est uniquementdue a lacltiture, et elle doit, toutes circonstances d'ailleurs egales, va- rier suivant le plus ou le moins d'exactitude dans cette cl6ture j mals elle n'est jamais considerable , nieme dans un vase ouvert. QUATRliME EXPERIENCE. Elle a^te faite le 27 octobre avec des raisins de treille, dits chasselas , peu mArs. Le moAt de ces raisins a ete employe comparativement seul , et additionne de sucre. Danssonetatnaturelilpesoitspecifiquemeiit io63, 5o. II saturoit 7^^, et son residu n'etoit que de 7^^. Un volume de 20 onces et demie decemout pesoit 1 I. 5 on. 7 gr. Et apres sa fermentation ..... i 4 4 - La deperdition en poids a et<5 de « 1 2 ^ CO qui fait du \j.^ au 16.*, ou k raison de 6 pour cent. Le vin qui en est provenu pesoit spucifiqueraent 1001 , 0.5. II saturoit idem -i4j , avoit un residu de j—^ ) €t n'a donne q,ue {^^ d'eau-de-vie u 0, 799 ( 143 ) grains. Le 27 il pesoit 12,788, et fermentoit. Le 28 il ne pesoit que 12,774- On y voyoit monter les bulles d'air. Le 29 matin il pesoit 12,753. Nous avons alors place ce flacon le goulot en has, pour voir s'il contl- nueroit k perdre de son poids , et le inline jour entre dix et onze heures du soir, il a fait explosion, ainsi que le flacon ^, et le peu de liquide que nous en avons recueilli ne pesoit plus specifiquement que io4o au lieu de 1067. Le meme jour 23 Janvier, dans un egal flacon mar- que C, mais bouche moins exactement , et pose le gou- lot en haut , nous avons mis un poids de 8 onces du meme mofit: la fermentation s'y est faitesans accident, et au bout de quinze jours elle a ^te iinie. La deperdi- tion en poids a ete de 3 gros 12 grains, du 21 .^ au 20. "^j ou a raison d'environ cinq pour cent. Le vin, ou plut6t le cidre de ce flacon C, s'etant promptement aigri , nous ne pouvons donnerla quantite d'alcohol qu'il auroit fourni. Le 24 du meme mois de Janvier , dans un flacon pareil ( marque Z)),bien bouche et recouvert de lut gras, ainsi que ceuxci-dessus AetB , nous avons mis un egal poids «le liuit onces de mout de raisins cueillis dans la meme "vigne que ceux ci-dessus, depuis environ trois mois. Ce inoijt pesoit specifiquement 1 090 etant trouble, et seule-* nient 1087,60 etant depose et clair. II saturoit -^ et avoit un residu de rr—. 1 O O O Ce flacon pose le goulot en haut , p^se en tout 12, 109. grains} le 28 il pese 12,137 -j. II a la surface tres ecu- ineuse , et on y voit monter les bulles d'air qui annon- cent le commencement de la fermentation. Le 29 il pese 1251055 le 3o, i2j00i. ( M4 ) Etonne de voir la grande deperditiort qui continuott d'avoir lieu dans ce flacon , quoique nous I'eussions par- faitement bouche en en coupant le bouchon ras at le recouvrant en entier de lut gras, nous I'avons examine de plus pres et nous avons vu que le gaz acide carbo- rique , pour se degager , en avoit un pen souleve le bouchon avec le lut et s'echappoit par-la. La fermenta- tion a continue de s'y faire sans accidens; et le i4 le- vrier, au bout de 20 jours, il ne perdoit plus de son poids et ne pesoit que 1 '5769 grains. La deperdition en poids sur ces 8 onces de mout , a done ete de cinq gros dix grains , ou de 370 grains , un peu plus du 12.^ , ou a raison de 8 ^ pour cent. Quant au volume de ce mout, il nous a paru apres sa fermentation le meme qu'avant. Le vin qui en est provenu pesoit specifiquement h 10 d. 994 ; il saturoit id. -~ , avoit un residu de -|^ > et a donne -f^ d'eau-de-vie a. 935 ou 1 9 ^ de BaumS, D'apres tout ce que nous avons rapporte ci-dessus, si on nous demandoit ce que nous pensons sur les avan- tages d'une cloture hermetique , c'est-a-dire, telle que le gaz acide carbonique ne puisse se degager des vins qui fermentent que par le tube destine a le conduire a travers I'eau dans laquelle il plonge , nous repondrions : 1 .° Sous le rapport de la spirituosite des 'vins , que tant d'apres quelques-unes de nos experiences, que d'a- pres nombre d'essais que nous avons faits des vins fins de Beaune , Meitrsault , Monthelie , Montracliet ^ Vollenay et autres fermentes avec et sans I'uppareil Gervais , qui nous ont ete envoyes par les proprietaires de ces vins j avec les petites quantites d' Alcohol foible (i45) recueiUies dans le chapiteau de ces appareils , nous avons trouve un peu plus alcoholitjues les vins faits en vases clos ; mais cette difference est si legere qu'elie ne peut prejudicier en riena laqualite desvins de meme espece faits a I'ordinaire. 2..° Sous le rapport de la couleur. MM. les commis- saires de la Societe royale d'agriculture de Toulouse disent I'avoir trouvee plus riche dans les vins qu'ils ont faits en vases clos. Plusieurs proprietaires au contraire, des vins fins dont nous venons de parler, nous ont dit qu'apres avoir leve le couvercle de leurs cuves boucliees d la Gervaise , ils en avoient trouve le chapeau sec y et a ces vins moins de couleur qu'a ceux faits a I'ordi- naire, ce qui les avoit obliges k les faire refouler. M. de la Martine , d'apres plusieurs essais faits dans les en- virons de Macon, a egaleraent trouve que les vins faits dans les cuves closes etoient moins color^s. Les expe- riences de MM. les commissaires de la Societe royale d'agriculture de Lyon confirment encore ce fait. 3.° Sur le bouquet. Nous n'avons trouve aucune difference k. cet egard dans les vins fins , fermentes des deux manieres , qui nous ont ete envoyes. 4'° Sur I'acide carbonique , contenu en plus ou moins grande quantite dans les vins. Les sentimens des oeno- logues sont tres partages k cet egard. Les uns disent que cet acide est un principe nuisible, et d'autres as- surent qu'il contribue a la bont6 des vins. Si ce der- nier avis etoit fonde , il en resulteroit que les vins mousseux de Champagne , que le cidre , que la biere , qui contiennent une grande quantite de cet acide, de- vroient etre trouves meilleurs que nos grands vins d) Voyez les Annates de chimie, torn. 3o , pag. 227. ( i5o ) appareil , qu'aucun moyen mecanique puisse leur pro- curer cetavantage ; et il faiit alors de toute necessite re- courir a des additions proportionnees aiix besoins' des mollis, ou des A'iris qui en proviennent , quand on a neglige de le faire aux moiits. ' Ces additions dans les vins se font en une infinite* de lieux,dont la nomenclature ici seroit trop longue. La loi en a reconnu I'utilite en exemptant du droit de c'on- sommation les eaux-de-vie employees k cet effet dans la proportion du 20^. D'ailleurs, les bons effets de ces additions qui ont deja et^ constates par beaucovJp ' de savans en cette partie , seront mis hors de doiite par lesnombreuses experiences que nous aYonsfaites sur des raisins plus ou moins iriiirs, plus ou moins desseches apres leur cueillette, sur des mo•> Telle est la traduc- tion du texte d'Atxlu-Gelle j mais des rensei- gnemens pulses dans beaucoup d'autres au- teurs,nous ont fotirni les details suivans, (lui, sans contredire ceiix de Van on , font encore niieux connoitre la diversite du gout des Ro- mains , gout quelquef'ois assez bizarre , com- me on le verra. Les mets qu'ils estimoient le plus etoient le poisson , et surtout le mulct ou surmulet (1) , le turbot, I'esturgeon , le loup- (1) Le surmulet ou mulet, mulus , etoit un poisson fort rare , et dont les Remains etoient si friands qu'ils alloient le pecher dans les lieux les plus lointains. lis faisoient cas surtout de la tete et du foie. SiNiQUE y Quest, nat. iii, 17 , dit : a. Un surmulet ne paroit pas frais , s'il ne meurt dans les mains des convives. On I'expose a la vue, dans des vases de verre ; on observe les differentes couleurs par lescjiielles une agonie lente et douloureuse le fait passer successivement. lis en tuent d'autres dans la sauce, et les font confire tout vi- vans. » Ce raffinement est dii, selon Pline, ix , 17, a Apicius. II paroit que les surmulets etoient fort chers. SuETONE, Tlhere , 34, raconte que cet empereur se plaignit araerement de ce que trois surmulets avoient ete vendus plus de trente mille sesterces ( 6000 fr. ), Une autre fois , on lui avoit envoye un surmulet d'une grosseur demesuree ; il pesoit cinquante livres 5 il le fifc porter au marche j et dit ; « Je serai' bien trompe si ce ^ ( 161 ) mariti f. les huJtres et autres especes (5e co- quillages ; pviis le sanglier qu'on servoit sou- Vent tout entier j les grues de Make , les paons , les poules de Guin.ee , les grives , les bec-figues , les coucous , les rossignols , les faisans , les oies et surtout le foie (i) , les ca- nards et raeine les escargots (2) j ils raangeoienC n'est pas Apicius ou Octavius qui achete ce poisson. » En effet , les deux gourmands encherirent I'un sur I'au- tre , et Octavius I'emporta moyennant cinq mille ses- terces ( 1000 fr. ). C'est SenAquje , qui , lettre 95, rap- porte ce dernier trait de Tibere. Un nomme Crispinus, dont Juvenal , sat. iv , fait un si liideux portrait , paya un de ces poissons six mille sesterces ( 1200 fr. ). (i)Pline, XIV, i5, dit que Scipion Metellus, ce severe Remain, qui, ainsi que Caton d'Utique, son ami , ne voulut pas survivre a la liberte de Rome, ne dedai- gna pas d'indiquer une recette pour engraisser les oies et rendre leur foie plus delicat. II est vrai que M. Seius^ chevalier remain , iui disputa la gloire de I'invention. Pline ne decide pas auquel des deux elle appartient. (2) Un pen avant la guerre civile entre Cesar et Pompee, dit Pline, ix , 82, Fulvius Hirpinus etablit aupr6s de Tarquinies, des parcages pour les escargots, II les distinguoit par classes , mettant separ^ment les blancs qui naissent dans le territoire de R^ati , ceux d'lUyrie, qui sont les plus grands, ceux d'Afrique, qui sent les plus feconds ; et ceux de Solite , auxquels on donne la preemine^ice. II iraagina uieme de les eDgrai.s- 11. ( 1^2 ) aussl des cigognes (1)5 ils aimoient egale* inent les saucisses, le boudin, et en general toute la depouille du cochon (2). Le lievre etoit encore tres estlrae des Ro- ■ — ■ — ■ . ser avec du vin cuit , de la farine et d'autres alimens , afin que les escargots engraisses ofirissent eux-memes une jolaissance de plus a la gourmandise. (j) L'usage de servir des cigognes ne remonte pas plus haut que le regne d'Auguste. Un certain Asinius Sempronius, d'autres disent Rutilius Rufus , s'avisa pour leur malheur de les juger propres a flatter la sen- sualite des gourmands. On trouve dans une ancienne epigramme, que le peuple vengea lamort des cigognes ea refusant la preture a leur meurtrier. (2) PlinCj VIII ) 5i , assure que les Romains etoient passlonnes pour la viande de pore , et que les cuisiniers savoient la preparer de maniere a lui donner cinquante goAts differens , quinquaginta sapores ; mais on n'en preferoit que les morceaux tendres; on laissoit les jam- bons aux portefaix et aux mate lots. Plutarque dit que de son temps on avolt la coutume barbare de percer les cochons avec des broches rougies au feu, pour que la chaleur fit repandre le sang dans toutes les parties de la viande et qu'elle devint plus tendre et plus succu- lente. On sautoit aussi sur le ventre des truiespretes a Biettre bas , et on leur donnoit de grands coups de pied jusqu'a ce que le sang et le lalt des marcassins nou- veaux-neseussentpenetre dans les tetines laiteusesetles eussent renduesplus exquises. On ne pouvoit donner un repas excellent sans un plat de tetines de truie ^ appre- tees avec ce raffinement de cruaule. ( 163 ) mains , car Martial le met au-dessus des autres aniraaux , quand il dit : Inter quadrupedes gloria prima lepus. Le prejuge qui attribue a la viande du lievre la propriete d'embellir ceux qui en. inangent pendant sept jours, existoit dej^ chez les anciens, puisque Martial se moque d'une dame romaine fort laide, qui , sur la foi de ce prejuge , ne se nourrissoit que de lievre , sans en etre moins hideuse. L'empe- reur Alexandre Severe mangeoit un lievre ^ tous ses repas, si I'on en croit Lampridius son biographe. Les mousserons etoient atissi fort reclier- clies des PLomains. Ciceron, dans une lettre a Gallus, dit qu'on a trouve une maniere de preparer les mousserons qui en fait un mets delicieux. « Je suis tombe mallieureuse- ment , ajoute-t-il, sur un de ces plats au souper de Lentulus, et j'en ai mange avec un tel exc^s , que j'ai ete saisi d'une violente colique. Ainsi moi qui sais user avec tant de moderation des huitres et des lamproies , je n'ai pu resister ^ raon goftt pour les mousse- rons IComptez que jeproliteraidelale^on(i).» Ciceron avoit alors 5o ans. (i) II est presumable que les Romains etoient sujets ( 164 ) r. Les triiffes etolent encore un plat dont les Romains faisoient beaucoup de cas. Juve- 3VAX, Sat. V, dit: • Post huic radentur tubera , si ver Tunc erit, et facient optata tonitriia co&nas Majores. Tibi habe frumentuin, Alledius inquit, O Libye , disjunge boves , dum tubera mittas. a se tromper comme nous sur la nature des cbampi- gnons; Juvenal dit : Sat. v des Parasites : Vilibus ancipites fungi ponentur amicis. Boletus domino ; set! qualeni Claudius edit , Ante ilium uxoris, post quern nihij ampliusedit. M. Dusaulx a ainsi traduit ce passage : k Les moiisse- rons suspects seront servis aux cliens subalternes ; lea champignons au maitre , mais tels qu'en mangeort Claude, avant celui qu'il recut d'Agrippine, apres le- cjuel il ne mangea plus rien. n II nous semble que M. Dusaulx auroit du citer en premier lieu les champignons qui , sans etre plus delicats que les mousserons , sonC beaucoup plus dangereux , par la difficulte du choix de ceux qui ne sont pas pernicieux. II est vrai qu'on dit: que Claude a ete empoisonne avec des champignons et Don avec des laousserons. Pour moi je pense que la plu- me que son honnete medecin lui passa dans la gorge ( par ordre d'Agrippine ) pour soulager son estomac, fife plus d'effet que tous les champignons du monde. Au reste il faut convenir v^\e fungus et boletus signifient j du moins pour nous, champignon et mousseron j je se- rois cependant plut6t porte a croire c^q fungus signifie gbampiguon, et boletus , mousseron. ( i65 ) o: Viennent ensuite les trtiffes , si Ton est au printemps , si le tonnerre qui les murit a permis d'en composer un plat. Libya , de- telle tes boeufs , s'ecrioit Allediiis , et garde tes moissons , pourvu que tu nous envoies des truffes. « Pline, L. XIX, C. 2, raconte que Lartlus Licinius , jadis pretevir a Rome, et pour lors gouverneur en Espagne , mordant dans une truffe a Cartliagene , se brisa une dent cojitre Tin denier romain qui se rencontra au centre de cette truffe. Ce cryptogame s'etoit forme et avoit pris son acproissement autour de ce corps etranger. Pline ajoute que les nieil- leures truffes et les plus estimees sont celles qui viennent de Barbariej on en a yu , dit- il , qui etoient aussi grosses que des coings, et qui pesoient au moins une livre. Dans le chapitre 3 , il parle aussi des truffes de I'A- sie et de celles de la Grece; mais les plus re- cherchees etoient celles que fournissoit le Peloponese. Nous ne devons point passer sous silence le cliou , legume si commun chez les anciens et chez les modernes. Le vieux Porcius Caton en fait le plus grand eloge dans son Economie rurale y ch. i56 et xSj , surtout sous le rap- port des proprietes medicales. II donne une ( ^66) infinite de recettes les plus slngulieres et lea plus bizarres , pour guerir toutes sortes de maladies , par le moyen du cliou. Ce legume est sa grande panacee j fievres, maux d'esto- mac, bile noire, ulceres, dartres vives, bles- sures , polype , surdite , tout se guerit avec le chou prepare de diverses raanieres. Mais il i'aut dire qu'au temps ou Caton ecrivoit , il n'etoit point encore venu de medecins a Ro- me J et que les Roraains, pendant pres de 600 ans, n'avoient connu d'autre remede que le chou ; de sorte que , dans la simplicite de leurs moeurs primitives, un jardin leursuffi- soit pour y trouver en rneme temps leur nour- riture et leur guerison . PriNE , liy. xx , 9 » confirme tout ce que dit Caton , et detaille biend'autresproprietesquelesmedecinsGrecs attribuoient au chou, et que Caton a omises. II nous apprend qu'un medecin de Guide, iiora- me Chrysippe , avoit compose un volume en- tier en I'honneur de cette plante, etque les di- visions de ce livre etoient prises de toutes les parties du corps humain a la guerison des- quelles elle pouvoit etre employee. Maisre- venors au chou sous le rapport alimentaire. CoLUMELLE , Hv. X, De cultu Hortorum , dit que le chou forme un plat estime du peuple et des rois. Martial, v , ep, 79 , le regards i ( 1^7 ) tomme un mets excellent. Pline le place aii- iiessus de tous les legumes que les Latins coin- prennentsous le nom ^olus. II y a apparence quele chou fournissoit differensmets qui flat- toient lagourmandise. Cependantle f'aineux Apicius ne les airnoit point ; il en avoit de- goute Drusus fils de Tibere ; cet empereur, qui les trouvoit bons, eut a ce sujet une que- relle avec Drusus. C'est une preuve que le chou liguroit sur les meilleures tables. Ce le- gume formoit une branche considerable de commerce dans toute I'ancienne Italic. Voyons maintenant quel prix Ton mettolt a quelques comestibles : un baril de viande salee du Pont , se vendoit quatre cents de- niers ( 356 fr. ) 3 le baril pouvoit peser liuit a neuf cents livres. Les gourmands payoientor- dinairement un jeune paon engraisse /sfi^ fr. 5o cent, de notre monnoie ; et un oeuf" de paon alloit jusqu'tl4f. 4^c. (1). Nous savons, (1) En general les Remains aimoient beaucoup les ceufs; c'est par-li qu'ils debutoient dans leurs repas, et i!s finissoient par les fruits, ah ovo usque ad mala. Quant aux oeufs de poule , Horace recommande plai- samment, dans sa 4-^ satire du liv. ii , de prelerer les oeufs longs aux oeufs ronds : Longa quibus fades ovis erit , ilia memento , VI su^ci melioris J et'ut magis alba rotundis , ( i68J d'apres plusietirs auteurs anciens , que I'ora- teur Hortensius fut le premier Romain qui fit tuer un paon pour sa table , lorsqu'il donna son repas de reception au College des Pon- tif'es (i). Dds-lors ils devinrent tellement a la Ponere : namque marem Cohibent callosa vitellum. Les oeufs frais etoient surtout du gout des Remains , et en cela ils se conformoient au precepte qu'a depuis consacre I'ecole de Salerne : Si sumas ovum, molle sit atque novum. Les oeufs de poule et de paon n'etoient pas les seuls dont ils fissent usage; ils recherchoient encore les oeufs de faisans et de perdiix. Gallien pretend qu'ils sontles plus delicats. (i) Varron , de Re Rust, in, 7, s'exprime ainsi a ce sujet : « On dit que c'est Q. Hortensius qui a le premier fait servir des paons dans un repas somptueux qu'il donna a sa reception dans la place d'augure ; mats on ajoute que cette action ful alors plut6t approuvee par les debauches que par les honn^tes gens qui se pi- quoient encore un peu de rigidite dans les moeurs. ( ^LiEN ajoute meme , dans son Traite des animauxp V, 21, qu'Hortensius fut traduit en justice pour cette action. ) Cependant son exemple ayant ete bientoC suivi par la multitude, ces oiseaux sont motites a un prix si exorbitant, que leurs oeufs se vendent cinq deniers piece , et qu'on n'a pas de peine a les vendre eux-memes cinquante deniers pi^ce , de facon qu'ua troupeau compose de cent paons pent rapporter aisement quarante mille sesterces, et meme qu'il pourroit allef (-169 ) mode , qu'on n'osoit plus donner a manger sans en servir. Ciceron, dans nne de ses let- tres k Papirius Partus , Epist. famil. ix , 19 , Ixii dit : Sed vide audaciani , etiam H'lrtio coenam dedi sine pavone. « Voyez quelle au- dace , j'ai donne a diner meme a Hirtius , et il n'y avoit pas de paon! " Aufidius Lurco se fit un revenu de soixante mille sesterces ( 12,000 fr.) en vendant des paons qu'il avoit engraisses. Une grive coutoit de 2 fr. 4° cent, a 2 fr. dj c. Varron , hi, c. 2 , raconte que dans la raetalrie d'une tante de Merula , si- tuee a vingt-quatre milles de Rome ( a-peu- pres huit lieues) , sur la voie Salaria, dans le territoire des Sabins, on tiroit de la seule vo- liere, aviarium (1), jusqu'a cinq niille grives 9 ■ ■ ■i-.i— ■ — ' - — ..»- — — I - ■ -■-. — ■ - ■ ' — ~"^ jusqu'a soixante mille , si I'on exigeoit tiois petits par femelie , ainsi que le disoit Albutius. y> On voit en effet dans notre texte, qu'Auildius Lurco tiioit ce revenu de ses troupeaux de paons. (1) II y a bien de la difference entre les volieres des Komains et les notres. Voici , en abrege , ce que Varron dit de celles qui existoient de son temps : c'etoient de grandes enceintes de maconnerie de forme ovale , cou- vertes en tulles, au milieu desquelles serpentoient de petits courans d'eau. II y avoit le long du pourtour des chevillts scellees dans la muraille a dilfcrentes hau- teurs , et de plus des perches inclinees dont un bout por- toit a terre et I'autre coatre le mur. La porte d'«Ptrge ( 17° ) par an , qui ont ete vendues trois denlers piece, de f'agon que ce seul objet a rendu dans line annee soixantemille sesterces (i 3,000 f.). TJne couple de pigeonneaux se vendoit 45 f. et quelquefois plus. Le meme "S^arron , iii, 7, parlant du prix des pigeons , dit : « Quand etoit etroite et basse ; il n'y penetroit de lumiere que ce qu'il en falloit pour que la volatiUe \h assez clair pour trouver sa nourriture et se percher. EUe ne devoit apercevoir ni les arbres , ni les oiseaux du dehors y crainte que de pareils objets, en lui rappelant sa liberie , n'excitassent ses regrets et ne la fissent maigrir. Pres de la grande enceinte , on en avoit etabli une plus petite , tres eclairee , qui communiquoit avec la premiere par line porte haute et large. Ce second reduits'appeloit^e- clusorium f separoir. Quand le maitre vouloit envoyer au marche une certaine quantite d'oiseaux de sa vo- k^re , un esclave ouvroit le separoir, chassoit de la pre- miere enceinte le nombre d'oiseaux prescrit , et quand ils etoient dans le reduit, il les tuoit apres en avoir ferme la porte, afin que leur massacre n'effrayat pas les autres. Dans ces volieres , on nourrissoit par inilliers des tourterelles , des cailles, des perdrix , des merles, des bec-figues , des grues et surtout des grives. De pa- reilles volieres bien gouvernees rapportoient le double d'une terre de deux cents journaux. (Un fonds de 200 journaux , dit Varron , partage en terre a ble , vigne , oliviers , etc. , donnoit conramment un revenu de trente miUb sesterces ( 6000 fr. ) ). ( 171 ) !es pere etm^re sont beaux, d'une belle cou- Jeur, sans def'aut, et d'une bonne race , on les vend communeinent deux cents numml ou sesterces ( 4° ^i"- ) ^^ paire , et meme mille ( 200 f'r. ) , quand ils sont d'une beaute rare : ces jours-ci , le chevalier Romain Axius di- soit^ un homme qui lui offroit mille nummi d'une paire , qu'il ne les lui laisseroit pas a moins de quatre cents denarii ( '^S6 f'r.) m De grosses asperges dont , selon Pline , trois pe- soient une livre , se vendoient jusques k 6 fr. la piece (1). Mais , de tous les mets , le plus somptueux et le plus volumineux , etoit un sanglier entier f'arci de pieces de gibier et de volailles ; on nommoit ce plat le sanglier cc la troyenne ^ par allusion au cheval de Troie ; il devoit ^tre fort dispendieux. Le premier Romain qui fit servir sur table iin san- glier entier , fut Publius Servilius Rullus , p^re de ce Rullus qui publia la loi agraire sous le consulat de Ciceron , Fan 691 de R. — 63 (i) II paroit qu'on faisoit peu cuire les asperges chez les Remains , si I'on en juj^e par un mot familier i Au- giiste. Quand cet empereur vouloitqu'on expedifit promp- tement une affaire , il disoit : « Asparago citius , n'y mettez pas plus de temps qu'ii faire cuire une asperge; « comme I'on dit maintenant j le temps de cuire ua 03uf frais . ( 170 av. J.-C. On volt que cet usage etoit assez moderne chez ies Romains. Les mets que nous venons de clter pour- roient, laplupart, etredu^utdesmodernesj mais il en est d'autres dont nous nous accom- inoderions bien moins, et qui cependant pas- soient pour desmorceauxtr^sfriands. La chair d'anon et celle de chien furent successive- ment a la mode , surtout la chair des petits chiens sucant encore le lait de la mere , ca- tuli iactantes (Pline, xxix, 4> 5, 14). Le lierlsson fut ires recherche , et m^me on le saloit. On mangeoit aussl des especes de rats que nous nommons loirs , et que les Romains appeloient^/ir^5. Ce mets etoit devenu si sen- suel et si delicat , que le consul Scaurus, en. 638 deR. — ii6av. J.-C, obligealescenseurs a le proscrire. Mais on ne continua pas moins a en faire usage dans les bonnes tables. Var- HON, III , 16 , dit que pour les engraisser , on les enfermoit dans des tonneaux , sans lu- miere , etqu'on les nourrissoit de chataignes, de glands et de noix; mais que Fulvius Hir- pinus substitua a ces tonneaux \e glirarium , cage de sou invention, Winckelraann a parle d'un glirariuriL trouve a Herculanum. Mar- rriAL , III, 58, nousapprend que leshabitans dela campagne engra^ssoient des glirespour ( 17^ ) en fdire present h. leur patron de la ville. L^ mSme F. Hirpinus avoit anssi , cominenous i'avons dit, etabli des resei'voirs ou parcages d'escargots qn'il avoit fait venir de tous co- tes. Les Remains les aimoient beauconp. Mais croiroit-on qu'ils servoient , comme ob- jet de luxe et de gourraandise , certains vers blancs, courts et epais , qui vivent dans I'e- paisseur des arbres , des buches et du vieux Lois ? Ces vers se nominoient cossus. On par- vint, dit Pline , xvii , 24 , a. les engraisser avec de la farine j et on les servoit dans les meilleurs repas comme un manger deli- cieux (1). Plusieurs savans ont pretendu quelaracine nommee silphium ou Za^erde Cyrene, dont le sue appele laserpitium , entroit , soit dans (i) LesOrientauxet sur tout les Grecs avoientunraets qu'ils recherchoient beaucoup et qui ne nous tenteroit gueres plus que celui dont nous parlons. « Les nym- phes des cigales , dit Valmont de Bomare , etoient regar- dees autrefois comme un mets exquis. Les Orientaux et les Grecs mangeoient les cigales , meme apres leur clian- gement. Aristote nous apprend qu'avant I'accouplement on preferoit les males , et qu'apr^s I'accouplement on preferoit les femeJles , i cause des oeufs qu'elles conte- noient ; quo tempore gustu suavissimae qnteqnam cor- (£x rumpatur. 33 es ragoftts des Romains , soit dans leurs m^- dicaniens, n'etoit autre chose que notre assa-' foetida. Le docteur Bentley , Evelin , Laurence et Geoff roi , Mat. med. , t. 1 1 , p. 606 , sont de cet avis ; mais Theopliraste , Dloscorlde , etrancien scoliaste d'Aristophane, donnant au silphiurTL une odeur douce , suave et tres agreable, on pent croire qu'il n'a aucun rap- port a V assa- foetida y des auteurs modernes faisant une distinction entre le laser de Gy- rene et le Laser de Perse , pensent que le pre- mier provient d^. ferula tlnginata , et le se- cond Aw. ferula assa-foetida. II est vrai que V assa-foetlda dont I'odeur et le gout nous pa- roissent insupportables , f'aisoit et lait encore les delices des Orientaux. Quoi qu'il en soit, le silphium etoit si estime et si rare , que les Romains deposolent dans le tresor pu- blic , tout ce qu'ils en pouvoient acquerir. J. Gesar, selon Pline , xix, 3, s'en empara de i5oo livres pesant, lorsqu'il viola le tre- sor. Cette drogue etoit excessivement chere. Z-iQ silphium de Gyrene ayant ete perdu long- temps avant que Pline n'ecrivit , on en tlra d'Armenie , de Medie et de Perse. Athenee designe le laserpitium sous le nom de succus rnagydaris. Voyez sur le silphium, la seconde partie d'unmemoire deM. Tabb^Belley, dans \\ ( ^7^ ) la collection de V Acaddmie des Inscriptions ^ partie liistorique , torn, xvii , in-\i y pag^ 35-43. Le laserpitium n'entroit guere que dans les ragouts des tables les plus sorap- tueuses. Nous ne devons pas passer sous silence le garum , cette sauce fameuse et si estimee des gourmands de I'antiquite, qu'ils I'achetoient plus de 20 f'r. la fiole. Ce liquide etoit une espece de saumure faite , dit-on , avec des toyaux de poisson fermentes (1). On en con- (i) On trouve plusienrs manieres de preparer le ga- rum ^ dans les Geoponiques (lib. ult. cap. ult. ). En voici une qui ne donnera pas grande idee de I'excellence de cette sauce si vantee : Intestina, piscium saliuntur , in sole inveterantur , circumagendo tenuantur , liqua- men colatun garum est. Humelberg, dans ses notes sur Apicius , VII , c. i3 , n.° 4 > donne une autre recette quereau. Pisces minores salsi pourroient assez desi-* ener des ancliois. Les Turcs font encore usage du garum , qu'ils pre- (^76) nolssoitdilTerentes sortes. Les pauvress6 coil- tentoient de la saumure de tlion j mais celle qui se faisoit avec le sang du scomber ou ma- quereau , etoit reservee pour la table des ri- ches. Aussi Martial, xiii, 102, parlant de Ce dernier garum , dit : Expirantis adhuc scombri de sanguine primo Accipe fastosum raunera cara garum. « Re^ois ce riche present, cet excellent^Y2- rum 3 fait avec le premier sang d'un maque- reau expirant.w Dans repigramrne suivante, XIII, 100 , il fait ainsi parler \e garum cora- mun , ou plutot raraphore qui le contient , amphora muriae : Antipolitani , fateor , sum filia thynnl : Essem si scombri , non tibi missa forem. ccJeproviens, jel'avoue, d'un then d'An- tlbes 5 si je provenois d'un maquereau , je n'au- rois pas ete pour toi. » D'ou vient le mot garum ? Quelques-uns croient qu'il provient d'un poisson que les Grecs nommoient garos , et que Rondelet croit etre le picarel , qui a conserve son nom parent ainsi : ils pilent des poissons sales et seches , puis les laissent exposes al'air , apres les avoir suffisam- ment imbibes d'eau salee pour qu'il s'etablisse un com- mencement de decomposition ; ensuite ils y joignent da thym,, du laurier et d'autres aromates. Cette saumure est noire } picj^uanto j et propre a exciter I'app^lito de saron sur les cotes d'Antibes. Les Romains donnoient encore aLVLgarum le norn de Liqua- men , mais ils se servoient aussi du mot grec en y ajoutant sociorum , qui sans doute etoit le garum par excellence. On pense que cette sauce etoit ikite avec les maquereaux peclies pres les cotes d'Espagne , dans le golt'e de Carthag^ne j et comme les Romains laisoient Tine grande consommation de ce poisson dans la preparation du garum , cela donna lieu a Tetablissement d'une compagnie qui s'etoit emparee de ce commerce. De-la \e garum so- c'lorum. Enfin , quoique les savans different beaucoup d'opinion sur Forigine et la re- cette de ce liquide , il n'en est pas moins cer- tain que le vrai garum , du temps de Pline , etoit unefriandise tellement estimee,queson prix egaloit celui des parfums les plus pre- cieux. II est presumable qu'onen faisoit usage dans les sauces comme nous nous servons du verjus et du jus de citron. Nous ne nous etendrons pas davantage ici sur les principaux comestibles des Romains , parce qu'il en est beaucoup d'autres dont il est parle dans les f'astueux repas dont nous donnons la description tres detaillee a la fin de notre ouvrage , tels que celui desPontifes , de Nasidienus , de Trimalcion , etc j c'est la J2 ( 178 ) que Ton trouve etalees toutes les esp^cesi ds volailles , de poisaons, de gibier, de fruits , de patisseries , etc. , qui varioient a rinfini sur la table soraptueuse de ces premiers gour- mands du Monde. Passon s a leurs vins , et voyons d'abord quel accroissement rapide prit le luxe a I'egard des vins etrangers. Lucullus , ne vers 609 de R. — ii5 av. J.-C, ne vit jamais dans son en- lance , cliez son pere , de festin , quelque somptueux qu'il fut , ou I'on servit plus d'une fois le vin grec. A son retour d'Asie , en 686 — 68 av. J.-C. , ce ra§me Lucullus en fit , au rapport de Pline , distribuer au peuple plus de cent mille pieces (i) ou cades , millia ca- (1) Pline, xiv, 17, dit positivement : T^^e ( Zu- cullus ) cum rediit ex Asid , millia cadum in. congia- riiim divisit ampliiis centum. Mais quelle etoit la con- tenance du cade? Quoiqu'il soit tres connu , je n'ai point trouve ce mot dans les differentes nomenclatures des mesures roraaines. M. Dusaulx , dans ses notes sur la cinquleme satire de Juvenal , dit que lecade, qui avoit a-peu-pres la figure d'une pomme de pin , etoit une es- pece de tonneau qui contenoit la raoitie plus que I'am- phore ; et il donne a I'amphore une contenance de 80 de nos pintes , ce qui feroit 120 pour le cade ; ainsi , a son evaluation , Lucullus auroit fait distribuer au peuple i2,000j000 do pintes de vin etranger ; ce seroit un peu trop fort. Mais M. Dusaulx a ete dans I'enreur 5 I'am- ( 179 > dunt ampliks centum. , dans un repis public pour lequel il avoit fait dresser vingt-deux raille tables au milieu des rues de Rome. ccSen- tius , que nous avons vu preteur , dit Pline, pretendoit que le vin de Chio etoit entre chez lui pour la premiere fols, lorsque le mede- cin lui en avoit ordonne pour ses maux d'es- tomac. M Hortensius laissa plus de dix mille pieces de ce vin de Chio h. ses heritiers. Jules- Cesar , au banquet de son triomphe , distri- bua au peuple des amphores de Falerne et des tonneaux (i) de Chio. II en fitde merae a son —''''■ ■ • - ■ ■ phore ne contenoit que 80 livres de liquide et non pas 60 pintes. Cfla reduiroit a pres de deux tiers la quantite de vin distribuee par Lucuilus , et j'avoue que je ne pourrois pas encore ajouter foi a cette prodigalite exor- bitante ; car , d'apres les denombreniens du peuple Ro- main, que j'ai tousreleves , le censde 683-— 71 av. J.-C. ne portoit que 4^0,000 habitans. Le cade des Romains ne seroit-il pas plut6t le cados ou keramion des Grecs , qui contenoit 35 pintes -j-j-^. Mais cela feroit toujours une quantite (4,200,000 pintes) qui n'est pas presu- mable. Les anciens nous ont ainsi laisse beaucoup de fails qui resistent a la credulity la plus aveugle. Les jDOts in coTigiarium, signifient largesses faites au peuple. (1) Que I'oQ ne soit point surpris si nous nous ser- vons du mot tonneau f il est Trai que \k il peut signifier ce que les Romains entendoient par dolium , et le afo- lium etoit un grand vase en terre cuite , as&ez furt pour ( i8o ) triompliestir I'Espagne. Lors de son trolsleme consvilat , I'an 763 de R. — 4^ 3-V- J.-C , charge du soin desfestins sacres, il servit du Falerne, du Chio , du Lesbos, et du Messine. C'est la premiere fbisqu'on ait fait boire quatre sortes de vins dans un repas. On ignore I'epoque ou la vigne a commence a etre cultivee en Italie ; les presomptions a cet egard sont que les Pheniciens , les pre- miers, ont tire ce precieux plant de la Perse 5 qu'ils I'ont transporte dans la Gr^ce , puis en Sicile , etenfin en Italie. Mais pendant bien des siecles cette culture a du etre tr^s foible contenir dix-huit amphores j mais lea tonneaux , tels que nous les employons , c'est-a-dire , les futailles compo- sees de planches ou douves rassemblees et reunies en forme de cylindre creux par le moyen de cerceaux , n'e- toient point inconnus auxRomains; car Pline , liv^ xiv, ch. 21 J en attribue I'invention aux paysans des Alpes. « lis mettent , dit-il , leur vin dans des tonneaux de bois relies avec des cercles, et les preservent ainsi de !a gelee , etc. ; » et Diogene Laerce regarde un certain Pseusippe comme I'inventeur des futailles en general. Ajoutons , pour prouvej que les tonneaux existoient du temps des Romains , que I'on en voit encore qui sont graves sur les bas-reliefs des colonnes Trajane et Anto- nine. On en voit aussi un sous une inscription sepul- crale citee par Gruter. V. Gruter, Inscript,, p.8j8j ii.° 5. ( i8i ) et tres negligee ; on voit que sous les rois de Rome, et ineme assez long-temps apres I'e- tablissement de la republique , les Roraains attachoient peu d'importance kcette culture. Cen'est,selonPline, xiv, ii,que vers Pan 600 de R. — .154 av. J.-C, quelesvinsd'Italieont commence adevenir celebres : Non cLprimor- dio hanc gratlam (^vinis)Juisse : post sex~ centesimum annum ccepisse. Avantcette epo- que , tous les vins de I'ltalie etoient confondus; on ne f'aisoit aucune distinction de territoire pour designer leurs qualites. I^e vieuxCaton. ne connoissoit ni le Falerne, ni le Massique, ni le Cecube j mais le luxe de la table faisant des progres , on commenga a distinguer les qualites de certains vins, etbientot ons'aper- ^ut que les plus delicats provenoient de la Campanie , aujourd'hui terre de Labour au royaume de Naples. M. Cap-Martin de Chau- py , dans sa Ddcouverte de la maison d' Ho- race , Rome, i^j^j y 3 vol. i/z-8.'', dit, torn. 1, p. ij4 f ^^ parlant des cantons qui lournis- solent le Cecube, le Massique , le Calene et le Falerne : « Un espace de mer , d'environ vingt milles ( un peu moins de six lieues eC demie ) , baigne I'un et I'autre cote de I'era- bouchure du Vultume, depuis le mont Mas- sique (aujourd'hui Mondragone ) j qui le se- ( iB2 ) paroit du pays de Minturnes , jusqu'^ Liters num qui n'etoit qu'a dix niilles de Curaes. Cette etendue renf'ermoit presque tous les territoires dont empruntoient leur nom les vins les plus connus des anciens. Le Cecube etoit produit par les coteaux qui sont entre Fondi et Gaete. Le Massique provenoit du mont Massique, dont nous venons de parler, Le territoire de Vulturne, qui etoit une ville du meine nom que sa riviere qui le conserve en- core , n'en donnoit aucun lui-meme ; mais il avoit a sa droite, outre celui de Cales , ville qui donne le nom au Calene, celui du cel^bre Falerne qui tire son nom d'un bourg qui etoit ainsl appele. Ce territoire de Falerne depen- doit dans le principe de Cumes, et etoit passe des-lors au pouvoir des Campaniens, etc. » Mais voyonsmaintenant quels sont en gene- ral les vins que les Romains reclierclioient davantage tant dans I'interieur que hors de ritalie. On compte le Setin , le Pucin , les vins d'Albe, le Falerne, le Cecube, le Mas- sique , et le Messine, On connoissoit encore coiume vins delicats, ceux de Cos , de Cliio, de Lesbos, d'Icare, de Smyrne , de Methym- ne , le Calybonium , qui se recueilloit pres de Damas, en Syrie; les vins de Leucate, de Milet , de Biblos , de File d'Issa dans la mer ( 183 ) Adriatlque , enfin , de Mendos. Mecenes , bourgade de Toscane , produisoit aussi des vins de tres bonne qualite, que I'on nominoic MdcSnates (i). Pline glasse les vins d'ltalie , en usage de son temps , dans I'ordre suivant par rapport t\ la qualite. i ."^Le Puctn ou Prcs- cien ( comrae le nomment les Grecs) , auquel rimperatrice Livie disoit qu'elle devoit ses quatre-vingt-deux ans. 2..^ Le Sdtin, qu'Au- guste et ses successeurs ont prefere. 3.° Le Cdcube y qui avoit plus de renom que les pre- cedens , mais dont le vignoble n'existoit plus du temps de Pline. 4«*' Le Falerne (2) , parti- (i) Maecenas etoit un surnom etrusque et local, que plusieurs families ont porte. Outre le favori d'Auguste, onconnoit encore un AfcBCCT/a^, secretaire de Sertorius, qui a ete ^gorge, ainsi que son maitre, dans un repas que lui donna le lache Perpenna, a Huesea en Espagne y I'an 73 av. J.-C. (3) Quand en general le Falerne etoit trop fort, oft I'adoucissbit en le coupant avec du -vin de Cliio , ou ea le melant avec du iniel. Chio nota si commista Falerni est, dit Horace, sat. x , liv. j , -v. 2.^. De tous les vins d'outre-mer que I'on buvoit en Italic , il n'y en avoit pas de plus doux que celui de Chio. Quant au melange du Falerne avec le miel, Horace a dit encore, ///». ii, sat. 4 : uiufldius forti miscehat mella Falerno. Je ne sais ou I'abbe Caiiani a puise ce qu'il dit dans ( i84 ) ctilierement celul du canton Faustien ; on dl- visoit le Falerne en trois especes : le Gaura- nien , qu'on recoltoit au haut des collines , il etoit sec ; le Faustien , qui croissoit a mi- cote , il etoit doux ; et le Falerne proprement dit , qui venolt au bas du coteau , et qui etoit lesrer. 5.° Les vins ^Albe , tres doux en ge- neral. 6.*^ le Surrendn , propre aux conva- ses Notes sur Horace , du Cectibe et du Falerne. II pretend cc que ces deux sortes de vin etoient des boissons composees , ce que nous appelons des liqueurs, et que les Romaius ne les buvoient qu'apr^s les avoir collees dans une cuiller trouee comme nos cuillers a olive, mais plus grande •, et il ajoute que c'est cette cuiller qu'ils appeloient jaafera. Patera novum fundens liquorem , dit Horace , i, ot/eSa.Les cabinets des curieux, con tinue- t-il, sont pleins de ces coli vinarii ou I'on faisoit la mixtion et le coulis des drogues qui entroient dans la composition de leurs boissons. » Cette opinion singu- li^re , appuyee sur une erudition qui porte a faux , n'a pas besoin d'etre refutee. Quand Horace celebre si sou- vent le Falerne et le Cecube, il parle certainement de vins et non pas de liqueurs; il seroit ridicule de croire que les Romains convertissoient en boisson coinposee, tous les vins qu'ils recoltoient sur le territoire de Falerne etsur les c6teaux de Cecube. En general 1' abbe Galiani, malgre la vivacite de son esprit , son originalite et son Erudition, n'a nullement et6 heureux dans ses Notes sur Horace. (185) lescens corame tres leger ; Tibere le consi- deroit comme de Texcellent vinalgre , et Ca- ligula, coinme du vin tourne. 7.° Le Massi- que. 8.** Les vins de Statu , voisins du Fa- lerne et devenus tres bons. 9.** Les vins de Ca- lene » de Fondly de Fe Litres, de Triverne ; celui de Segni , propre aux medicamens ; en- fin, les vins de Me s sine , nommes Mamer- tins , que J. Cesar a mis en vogue. Quoique provenantdeSicile, ilsetoientcomptes parmi les vins italiques; et depuis J. Cesar , on les mettoit au 4-^ rang des vins les plus estimes, V. Pline , Hist. nat. , liv. xix , §• 8 , n.* 4 » et §. 17. Le plus vante de ces vins etoit celvii qu'on appeloit Fotulans , du nora , dit-on , de son premier cultivateur. On distingue ega- lement , en Sicile, les vins de Taurominium. Telle est la classification des vins d'ltalie don- nee par Pline , liv. xiv. Il parle encore d'une infinite d'autres que nous n'avons pas cru de- voir rapporter ici j et il termine son livre sur les vins , par dire que s'il vouloit en comp- ter tous les genres, il en trouveroit plus de 195, et au moins le double s'il entroit dans le detail des especes. Mais si nous quittons Pline , voyons ce que Yirgile a dit avantlui des vins les plus renom- lues de son temps. Nous en ayons de]i\ men- (186) lionne quelques-uns; lualgre cela , le passa- ge des Gdorgiques ,\\y . ii, vv. 89-102, pent n'^tre pas deplace ici. « Nos raisins d'ltalie, dit-il, sontbien differens des raisins de Me- thymne ^ Lesbos. On recueille du vin blanc dans Tile de Tliasos , ainsi que dans la Mare- otide (1). Ce dernier vient dans un^ terre grasse , tandis que I'autre croit dans une terra legere. Les raisins de Psythie donnent un ex- cellent vin liquoreux (2). II y a des raisins . (1) Methymne etoit la principale ville de Lesbos, lie de la mer Egee ; Thasos, aiijourd'tui Tasso , est une lie de la meme mer. Le vin de Mareotide est I'excellent vin d' Alexandria. Ces deux derniers vins representent tons les bons vins blancs de Grece et d'Egypte. (2) Je me sers du mot liquoreux pour exprimer/?ajjo, parce que le vin dont il est question se faisoit avec du raisin ou cuit au soleil ou cuit au feu ; ce qui produisoit une espece de vin de liqueur comme le vin de paille , de Malvoisie, etc. Au reste, les anciens avoient trois sortes de vin doux, \q pas sum on pes sum , fait avec des raisins a demi dessech^s 5 le defrutum, qui etoit un vin ■a-eduit a moitie par la cuisson , et le mulsum, compose de vin et de miel. II paroit que les Remains connoissoient le vin mous- seux, car Virglle dit : Hie impiger hausil Spumantem pateram Mais quelle etoit cette sorte de vin? C'est ce qu'ilest impossible de deviner. ( ^8/ ) gris d'oii sort un vin leger qui fait aiseinent clianceler et begayer les buveurs ; il en est des rouges, et enfiu des precoces. Quedirai- je de vous , vins de Rhetie (i) , inferieurs ce- pendant a ceux de Falerne ? Puis-je passer sous silence les vins d'Aminee (vins forts qui I'emportent sur celui de Tmole, et meme sur le vigoureux Phanee), et le vin leger d'Ar- gos , le plus coulant de tous et qui se conserve le plus long-temps (2)? Je ne vous oublierai point , precieuses grappes de I'ile de Rhodes^ dont la liqueur charme les Dieux et les mor- tels J ni vous, gros raisin, que nous nom- mons bumaste. Au reste , il est impossible et inutile de dire toutes les especes de raisin , etc. « Virglle, avec juste raison , n'a point (1) La Rhetie comprenoit le pays des Grisons , la Valteline , le Trentin et le Tyrol. (2) Les savans sont partages sur le lieu qui produisoit le vin d'Aminee. Pune cite plusieurs sortes de -vignes qui eurent ce nom , telles que minor aminea , major aminea, etgemella aminea, differenciees par la grosseur du raisin , et parce qu'il etoit double dans la derniere classe de ces vignes. Macrobe pretend que cette vigne etoit un quarlier du mont Falerne ; d'autres assurenC que c'etoitun canton de laTliessalie. Quoi qu'il en soil, le vin d'Aminee etoit un vin distingue. Le Tmole etoit une raontagne de Lydie ; le Plianee ^toit un promontoire de I'ile de Chio ; Argos ^toit dans le Peloponese. (188) parl^ du vin d'Arlcie (dans le Latlum) ; la vigne qui le produisoit etoit extr^mement elevee , et son vin tres apre : c'est ce qui a fait dire a Cyneas , ambassadeur de Pyrrhus , etonne de la hauteur de cette vigne et de I'a- prete de son vin , que la mere d'un tel fruit meritoit bien d'etre pendue a un gibet aussi eleve. Le vin du Vesuve , cliez les anciens , ne doit pas etre passe sous silence. II etoit pro- duit par un raisin double, qu'on appeloit pour cette raison gemella. Ce vin etoit un peu apre, raais excellent a garder. II y avoit deux esp^ces de ces raisins doubles ; la plus petite , mais la plus delicate , couvroit les c6- teaux de Surrente et du Vesuve , selon Co- lumelle , de Re rust., m, c. 2 ; et ces c6- teaux etoient les plus celebres de la Campa- nie : Aliae duae gemellae quae ab eo quod duplices uvas exigunt gemellae vocantur y austerioris vini^ sed aequd perennis. Earum ■vulgo notissima qu'ippe Campaniae celeber- rimos VesiLvii colles , Surrentique vestit. Pline et Martial raettent au rang des vins les plus distingues , ceux du mont Vesuve. L'a- bondance etoit telle sur la pente de cette montagne , que Ton appeloit cet heureux pays Bacchi et Cereris certamen. Virgile, G6or- ( >89 ) ^ giques j ii, dit aussi : Talent dives arat Ca^ pua y et vicina Vesevo ora jugo. II mettoit les contrees voisines du Vesuve au nombre des plus fertlles de I'ltalie. L. Florus, liv. i e^ XVI, en parlant des riches coteaux qui produisoient I'excelleiit vin , dit : Gaurus , FalerraiSy Massicus et pulcherrimus omnium Vesuvius. Et Strabon , liv. v, s'exprime ainsi : Hisce locis incumbit Vesuvius mons amcenissimis habitatus agris. Maintenant c'est la partie la plus voisine de la mer qui produit le celebre et trop rare Lacryma Christi (i).ju_;- J Les vignes etoient en general tr^s fecondes enltalie. T. Varron, de Agric. , i, c. 2, dit que le jugerum de vigne ( un peu plus d'un (1) II est certain qu'avant que les eruptions moder- nes du Vesuve eussent ravage les revers de la montagne » on avoit continue d'y cultiver la vigne avec succes. En j63i le Vesuve n'^toit point encore abandonne dans les parties approchant de la cime, quoiqu'il sortit quelques feux de son sommet, et qu'il s'echappat de la chaleur et de la fumee par divers soupiraux. Outre des eaux cliaudes et minerales que I'on pratiquoit encore , on y cultivoit la vigne , qui y avoit ete transportee de la Gr^ce du temps de Jeanne , premiere reine de Naples, et qui donnoit un via delicieux que Petrarque et Boccace ant celebre. ( '90 ) derai arpent) produit jusqii'a dix et memo quinzecz//eidevin.(Lecz//^z) se trouverent bons sous le consulat de L. Opi- mius , annee ou C . Gracchus fut tue au milieu des seditions qu'il excita parmi le peuple.Les clialeurs furent excessives , et tous les fruits de la terre furent comme confits. Cela arriva Fan de Rome ncxxxiii. On trouve de ces vins qui ont passe deux cents ans , et qui ont pris la consistance du miel, avec une certaine amertume. C'est ce qui arrive a tous les vins extr^mement vieux j il seroit impossible d'en boire , si Ton n'y mettoit beaucoup d'eau. Cependant , moyennant un certain melange, ils donnent un excellent goiit aux autres vins. Cliaque amphore de ces vins a coute dans le temps cent deniers; si Ton ajoute ^ce capi- tal rint^r^t de six pour cent par aiz, qui est^ ( 19^ ) tin taux raisonnable , il ne faut pas etre sur- pris que du temps de Ca'ius Cesar , fils de Germanicus , cent soixante ans apres la re- colte de ces vins , I'once s'en soit vendue cent ^enlers ; car , corame nous I'avons dit dans la Vie du poete Poraponius Secundus , tout le vin qui f'ut bu dans le repas donne par ce Romain a Caius Cesar , fut achete au prix de cent deniers I'once , et il n'y en eut pas une goutte de versee qui n'eut coute cela. » On voit done par ce recit de Pline , que Fonce du vieux Opimien se vendoit cent de- niers ( 88 f. 1 1 c. ) 5 mais il faut observer dans le cas present , qu'on entend par once , cliez les Romains , la douzieme partie de I'am- pliore ; quel'amphore contenoit quatre-vingts livres romaines , et que la livre romaine equi- vaut a douze onces quatre gros, ancien poids de France : ainsi , c'est a-peu-pres sept livres de liquide, un peu plus de deux pintes , qui coutoient 88 fr. ii. c. Le bon vin ordinaire de Falerne se vendoit cent deniers la cruche , ainsi qu'on le voit dans un fragment du liv. 365 de Diodore, rapporte par Constantin Porphyrogenete dans son Ex trait des vertus et des vices. Nous ne terminerons pas cet article des ylns , sans citer un manque de bienseance ( ^93 ) qui etoit assez coinrnun. chez les Remains , pendant leur repas : c'etoit de f'aire servir des vins de differentes qualites, et quelque- fois des mets, suivant le degre de considera- tion que Ton avoit poui' tels ou tels convives , qiioiqu'admis a la meine table. Plusieursau- teurs ont signale cette inconvenance , sur- tout Juvenal, dans sa cinquieme satire intltu- lee : Les Parasites ; mais celui qui nous four- nit le plus de details a cet egard , est Pline le jeune , qui, dans sa sixieme Lettre du liv. ii, adressee a Avitus, s'exprirae ainsi ; cc Je me suis trouve a souper chez un horame , seloii lui , magnilique et econome ; selon moi , somptueux et mesquintout a la f'ois. On ser- voit pour lui et pour un petit nombre de convies , des mets excellens j Ton ne servoit pour les autres que des viandes communes et de mauvais ragouts. II y avoit trois sortes de vins dans de petites bouteilles differentes, non pas pour en laisser le choix , mais pour I'oter. Le premier etoit pour la bouche du maitre de la maison , et pour nous , qui etions aux premieres places j le second pour les amis du second rang , car il aime par etages ; le dernier pour ses affranchis et les notres. Quelqu'un qui se trouvoit pr^s de moi me demanda si j'approuvois I'ordon- 10 ( 194 ) nance de ce repas? Je luireponclis que non* Et comment eu^tisez-volis, me dit-il? — Je fais servir egalement tout le raonde , car j'as- semble mes amis pour les regaler, et non pour les offenser par des distinctions inju- rieuses. La difference du service ne distingue point ceux que ma table egale. — Quoi ! re- prit-il, traitez-vous de meme les affranchis? ■ — Pourquoi non j dans ce moment je ne vois point en eux des affrancliis, je n'y vois que des convives. — Cela vous coute beaucoup, ajouta-t-il ? — Point du tout. — Quel secret avez-vous done ? — Quel secret ! C'est que dans ces occasions je ne I'ais pas servir de mon vin , mais du vin de mes affranchis. » ( Trad, de M. de Sacy.) Tel est le resultat de nos reclierches, tant sur les principaux comestibles que sur les vins dont les Romalns faisoient usage. Puisse ce foible fragment d'un travail assez etendu sur le luxe et la somptuosite de leurs repas , offrir quelqu'interet a I'Academie. Cela nous encouragera a lui en presenter d'autres, soit sur les lois somptuaires des Romains , rela- tives a la bonne cliere , soit sur la maniere dont ils regloient tout ce qui tjent au service ( T95 ) de la table , soit enfin sur toutes les folies el les monstruosites inouies qui ont souille leurs Triclinia , et que I'histoire nous a transmises, sans doute pour nous prouver qu'il n'est aucun genre ou ces maitres de la terre n'aient voulu se raontrer des hommes vraiment ex- traordinaires. Felicitous les peuples moder- nes, qui, dans I'ordre social actuel, n'ont heureusement ni la volonte ni les moyens d'acquerir una pareille reputation. COMBAT DE FONTAINE-FHANCAISE (i), SOOTENtr f AR HENRI IV EN PERSONNE. Par C.-X. GIRAULT. Dans bien des affaires j'aicombattu pour la victoiie; mais a Fontaine-Franjaise j'ai conibattu ponr la vie. Paroles de Henri IV. J\.ucuN historlen n'a parle dans tous ses details de la journee de Fontaine-Francaise; cliacun d'eux en a donne quelques particu- larites, mais ces traits sont epars, isoles, dis- semines. Cependant le combat dans leqiiel. Henri IV donna peut-etre la plus grande preuve de sa bravoure, deploya le plus d'ha- bilete dans la position de ses forces , montra le plus d'intelligence a tirer parti du terrain 5 I'al'f aire dont le resultat fut pour la France , (1) Fontaine-Francaise , gros bourg sur la Viii- geaniie, renferme iine populaliun de 1100 individus, Cette teire a ete successivement possedee par les maisons de Vergy , de Longvic et de Chabotj c'est a celte der- ni.ere qu'elle appartenoit sur la fin du xvi.^ siecle. Elle appartenoit en dernier lieu a madame de la Tour-du- Pia de St.-Julien, morte a, Paris sur la fin de mai i8ao. ( 197 ) ct meme pour I'Europe , d'une si haute im- portance , meritoit d'etre connue dans ses plus petits details : tout devient grand, lors- qu'ii s'aglt de Henri IV. La solennelle abjuration dc ceprlnce ayant enleve tout pretexte aux fauteursde la Ligue, le mareclial de Brissac introduit dans Paris le souverain legitime (i) ; Villarslui remet la ville de Rouen j la Champagne reconnoit ce prince pour son Roi; mais le due de Mayenne qui commandoit en Boixrgogne, persiste dans son obstination, et Jacques Laverne, maire de Dijon , pour avoir tente de remettre cette ville en I'obeissance de Henri IV, porte sa tete sur un echaf'aud, le 29 octobre 1594. Le surlendemain le due de Mayenne arrive dans cette cite , met ses soldats a discretion, chez les habitans, jusqu'u. ce qu'on ait paye les contributions par lui imposees ; retient prisonniers les principaux citoyens, visite les villes de Beaune et de Chalon , et les traite de la in^me maniere. Cependant le due de BIron s'etoit empare de Beaune et d'Autun, marclioit sur Nuits, le 2.7 mai etoit sous les murs de Dijon , et des le (1) Le mareclial de Brissac offrit line echarpe riche- ment brodee a Henri IV a son entree k Paris. Le Roi en I'embrassant lui donna la sienne et le decora dii titra ^e mareclial de France. ( 198 ) lerdemain il s'etoit rendu maitre de cette ville. Ce rnarechal s'empressa d'annoncer au Roi cet heureux evenement. Sa lettre portoit que ]es habitans ayant pris les armes contre le vicomte de Tavannes et contre le sieur Fran- cesco, gouverneurdu chateau de Dijon (qui vouloient les contraindre par la force des ar- mes a denieurer sous I'obeissance du due de Mayenne) , I'avoient appele a leur secours; qu'il etoit entre dans la ville avec vingt-cinq hommes, ou, par la grace de Dieu , il avoit chasse ceux de I'union jusqu'au chateau, quolqu'ils eussent reduit les habitans a uii coin de la ville et les alloient forcer sans sa venue, qui, bientot, futsuivie de toute I'ar- mee, avec laquelle il tenoit le chateau assie- ge. {Journal de I'Etoile ^ 11-211.) Henri IV etoit a Troyes lorsqu'il regut ces Tiouvelles. II devina ce dont le due de Biron ne I'iiiformolt pas, c'est-k-dire, que le con- netable de Castilie , qui venoit de forcer Trembleconrt d'evacuer la Haute -Saone, pourroit bien marcher sur Dijon, afin d'y re- tablir les affaires du due de Mayenne. Ce Monarque sentit qu'il n'avoitpas un moment a perdre pour le devancer j il depecha de suite le comte de Thorigny , a la tete de neuf cents hommes de cavalerie. Lui-merae partit ( 199 ) aussi en grande diligence , apres avoir ecrit au lieutenant-general de Langres la lettre suivante : « Mons.Roussat. Jevousenvoielareponse « que je fals au sieur de Treinblecourt , pour tc I'asseurer de mon acheminement aux plus « grandes journees que je puis, pour estre « samedi a Dijon, ou, ay ant pourveu a ce « qui sera necessaire pour assieger le chas- er teau , je me delibere y laisser deux mil « homraes de pied et quatre cent chevaulx, « pour, avecques le reste de mon armee, « m*en aller droit ou sera le connestable de Henri IV arriva effectiveraent le samedi 3 juin 1595, a Saint-Seine, et le lendemaiii ( 200 ) dimanclae 4 j^in , a dix heures du matin , a Dijon. Memoires Informe que le due de Mayenne retire en Tavannes. i /-> , , , . , Franclie-Comte, s etoit reuni a Gray au con- netable de Castille, qui venoit d'y passer la D. Grappin. Saone avec dix-huit a vingt mille honimes , quoique cette riviere fut debordee, le Roi resolut de prendre les devants, afin d'arreter la marclie des Espagnols , et de donner le Mem. Sully, temps aux troupes francaises d'arriver pres de lui. II depeclia le marquis de Mirebeau D. Merle, pour se trouver de suite k son chateau de ce nom , et le sieur d' Aussonville a Saint- Seine- sur^Vingeanne , chacun a la tete de leurs compagnies. Henri IV ecrivit aussi des billets a differens seigneuis des bords de la Vin- geanne (i), pour se trouver en armes avec leurs gens le lendernain sur son passage. Le rendez-vous general lut assigne au chateau de Lux ; le comte de Thorigny fut laisse a (i) Entre autres a Gulllaume d'Hautemer de Ferva- ques, seigneur deGrancey, morteni6i3, age de "jS ans, le plus vieux guerrier du temps d'Henri IV 5 il s'etoit fait connoilre a la batallle de Renti , en i554) ^ celles de Saint-Quentin, Dreux, Saint-Denis et de Moncon- tour. Henri IV recompensa sa bravoure par le baton de marechal de France. ( 201 ) Dijon , avec sa troupe, pour sulvre les ope- rations du siege du chateau. Le Roi sortit de la ville le 5 juin h cinq heures du matin , par la porte Saint-Nicolas , k la tete cVun petit nombre desoldats, et d'un cortege d'environquarantegentilsliomraes. II suivit la route de Lux , et arriva , non loin des bords de la Vingeanne , vers une heure apres midl , pres du bourg de Fontaine-Franraise. Henri IV , averti que le connetable avoit fait passer la Saone a son artillerie , sur uu pont de bateaux , detaclia le marquis de Mire- j^^^ g^jj beau avec cinquante a soixante chevaux, pour aller a la decouverte. Les rapports qui lui etoient f'aits ne s'accordant pas entiere- nient , il s'avanga lui-meme avec cent a cent vingt hommes de cavalerie, uniquementpour reconnoitre le terrain. A peine eut-il fait d. Meiie» quelques pas qu'il vit revenir a lui, assez en desordre , le marquis de Mirebeau charge par trois a quatre cents cavaliers , qui lui pa- roissoient devoir etre suivis de toute I'armee et vouloir s'emparer du village de St. -Seine. Si le choc ne se fut pas engage entre les pe- lotons envoyes a la decoiiverte , il est certain que le conibat n'auroit pas eu lieu. Le con- netable ne cessoit de repondre au due de Mayenne qu'il n'aYoit pas ete envoye pour ( 202, ) entrer en Bourgogne , mais seulement pour couvrir et defendre la Franche-Comte j que ses instructions ne portoient pas d'autres or- dres ; et ii se tenoit renf erme dans son camp de Saint-Seine. Cependant, sur les pressantes instances de Mayenne pour que Ton repoussat les partis de cavalerie qui se presentoient au-dela de Fontaine-Frangaise, le connetable crut pou- voir lui accorder cinq compagniesde chevau- legers, cominandes par Villars-Houdan , et autant d'arquebusiers a cheval, commandes par D. Rodrigo Belluno. Lorsque Villars-Houdan f'ut parvenu au- dessus de la colline , d'ou il vit I'arniee royale en bataille, il avertit les Espagnols de se pre- parer au combat ; mais ceux-ci lui repondi- rent qu'ils avoient des ordres contraires j qu'on les avoit envoyes seulement pour combattre des detachemens de I'armee en- nemie, mais non I'armee entiere. En vain Villars-Houdan leur representa qu'il s'agis- soit de leur honneur; qu'ils ne devoient pas laisser echapper une si belle occasion d'ac- querir de la gloire ; que le combat etoit in- dispensable 5 qu'on etoit dans I'impossibilite de se retirer , etant en presence de I'ennemi j qu'il valoit mieux combattre avec honneur ,. ( 203 ) que d'etre poursuivi et battu honteusement. Ces representations ne produisirent aucuu effet. Alors Villars-Houdan eut recours au capi- taine Samson, avec lequel il etoit lie, et le fit prier, au nom de leur amitie reciproqiie , de venir le joindre avec sa compagnie, ajou- tant qu'il n'etoit pas question , dans les cir- constances ou Von se trouvoit , de prendre les ordres du general et de suivre a la lettre la discipline militaire j qu'il s'agissoit de ne point abandonner son ami dans la pressante jiecessite ou il se trouvoit. Samson se laissa aller a ce conseil , vlnt joindre son ami avec sa compagnie de che- vau-legers, le seconda de tons ses moy ens et avec tant d'ardeur , qu'il y perdit la vie. Mais revenons au recit du combat. Le mareclial de Biron , qrii arrivoit en ce moment aupr^s du Roi, s'oFfVit pour aller savoir des nouvelles plus positives , avec la compagnie du baron de Lux (i). A peine eut- Suliy. il fait mille pas , qu'il trouva , k moltie che- min de Saint-Seine , une garde avancee de soixante chevaux , qu'il cliargea , et alors il apercut toute I'annee espagnole. II remar- (j) Cent chevaux, disent les I\l,cm. de Tavannes. ( 2o4 ) qua surtout quatre cents chevaux plus avari- ces qui poursuivoient d'Aussonville prece- demment envoye par le Roi a la decouverte , avec cent cinquante hommes (i). D'Aussonville , en se repliant , avoit de- tourne I'orage qui vint fondx'e sur le mare- clial de Biron. Le sieur de Rlioosne , qui cora- mandoit la cavalerie espagnole (de six cents chevaux), la divisa en deux pelotons pour Sully, cerner les troupes du Roi. Biron seserv it de la meme tactique, en lui opposant a droite , le marquis de Mirebeau (2) qu'il avoit ra- mene au combat , se placa lui- meme au c.en- tre , et donna la gauche a commander au baron de Lux. Ce dernier soutint le choc jus- (1) Deux compagnies de chevau-Iegers , dit d'Au- bigne. (3) Jacques de Cliabot , marquis de Mirebeau en Bourgogne, comte de Charni, conseiller-d'Etat, mestre de camp du regiment de Champagne, lieutenant pour le Roi en Bourgogne, et chevalier de ses ordres, mort le 29 mars i63o, etoit petit-fils de Leonor Chabot- Charni , qui empecha le massacre de la Saint-Barthele- Tni en Bourgogne , de concert avec le president Jeannin, dont Charles de Chabot son fils cpousa la petite-fille. Cette maison de Chabot etoit alliee a la maison de France par le mariage d'une soeur naturelle de Fran- cois I ^"^ avec Jean de Longvy. ( 205 ) qu'au moment ou il f'ut renverse par son che- val tue sous lui. Le marechal , qui avolt en des avantages au centre , vole au secours du baron de Lux, et retablit I'aile gauche j mals bientot il est lui-meme si impetueusement charge par cent vingt cavaliers commandes par Villars-Houdan , et qui debusquoient de derri^re un bois pour couvrir le corps d'ar- mee espagnole , que ce marechal f'ut oblige de se replier vers la hauteur ou le Roi recevoit ies reniorts qui lui etoient araenes par les di- vers seigneurs des environs. Henri IV detache le capitaine Choupes g^^j,^. avec cent chevaux , pour marcher au secours d'Aubio^n^. du marechal ; mais le nombre des ennerais croissant a chaque instant , ce renlort fut en- traine avec les autres , et revint aupres du Roi. Ce Monarque sentit que s'il succomboit dans ce premier choc , ses troupes etoient de- faites et Mayenne rentroit de suite en Bour- gogne J voyant qu'il n'avolt de ressources que dans lui-meme , couvert d'une simple cui- rasslne , sans se donner le temps de prendre ji^yj,j „ ^ son casque, il appelle par leurs noms ses guer- riers , et leur crie : A moi , Messieurs, et Tavannes. TAITES COMME VOUS ALI.EZ ME VOIR FAIRe(i). (i) Suivant Breunot , il auroit crio : Avanccz , no- blesse , avancez j sui'vez votre Roi. ( 206 ) En vain on lui represente qu'il y avoit trop do hasard k se jeter au milieu des ennemis. Il EST VRAI , dit-il, MAIS SI JE KE XE FAIS, ET SI JE NE m'aVANCE , LE MARECHAL DE BiRON Mathieu. s'en prevaudra toute LA VIE. II cliaree le due d'Elboeuf de rallier les fuyards , donne la gauche a commander au due de la Tre- loochevaux mouille, se met a la tete de deux cents che- dit Maimbourg, vaux que venoit de lui amener le corate de Tavannes, et de quelques compagnies d'ar- quebusiersacheval; etquoiqu'ilvit bien que, n'ayant que trois cent cavaliers, il en auroit Daniel, pres de huit cents et six escadrons k com- Dutiiiet. hattre , ce prince marche lui-meme a la ren- contre des ennemis , renverse le premier corps de cavalerie qu'il atteint , enlbnce le second, etparvientarejoindrelemarechalde Biron, qui, blesse a la t^te (i) et au ventre , se del'endoit avee intrepidite avec les soixante chevaux qui lui restoient. Villars-Houdan re {Journal de Henri ir, tome J J p. lOO. ) Ce Monarque ecrivit en m^me temps aux Cours de Parlement et autres seantes a Paris , que mains de deux cents chevauoc avoient enipSche , sans aucun ruisseau entre deux , une armde de dix mille homnies de pied et deux mille chevaux d'entrer dans le royau- me ; de quoi il Jalloit en donner gloire a Dieu , de la main duquel ce grand bien Stoit parti. Et pour Ten remercier , il les invitoit a falre faire une procession generale : elle eixC lieu le dimanche suivant a Paris et k Dijon. Quelque temps apres , d'Aussonville et Tremblecourt s etoient approches de Gray ou etolt le CQimetable j peu s'en fallut que le la ( 2l8 ) juillet il n'y eut une bataille generale : la ca^ Valerie espagnole etoitcampee dansun village sur le bord de la Saone qui en cet endroit etoit gueable, et cent arquebusiers le gardoient. lis firent feu sur cinq cents cavaliers frarKjais qui tentolent de passer le gue ; mais la poudre etle plomb leur raanquant, ils furent forces de rejoindre I'infanterie du cote de Gray. Les Frangais enhardis par cette retraite , fondi- rent sur un escadron espagnol commande par Hercule de Gonzague , et le mirent en fuite. Le second escadron commande par Mel- zi , ne fut pas plus heureux j il f ut poursuivi jusqu'au pont, lequel etant tres etroit , beau- coup se jeterent dans le ruisseau pour le tra- verser a la nage ; les Frangais en tuerent un grand nombre pendant qu'ils s'ef'forgoient de passer , et firent plusieurs prisonniers , parmi lesquels Alphonze d'Indiaquez et Cesar Ma- rino , dont le capitaine Viaut de Chamlivaut tira de fortes ran^ons. (Z)e Thou , xix-oyo. ) Henri IV demeuraneanmoins Jusqu'au i3 juillet a Dijon, s'occupant de la pacification de la province. II en confiale gouvernement au mareclial de Biron , partit pour la Franche- Comte a la tSte de vingt-cinq mille hommes , et de-la se rendit a Lyon , ou il regut les lettres de son absolution de la part de la Cour de E-ome. ( "19 ) Des negociations entamees pendant I'au- tomne, araenerent le tralte du 1 1 Janvier 1696, par lequel le due de Mayenne se rendit enfin a Henri IV (1). Sa premiere entrevue avec le Monarque ent lieu a Mousseaux , moitie chemin d'Amiens a Soissons , par egard pour le due de Mayenne , a qui son exeessif" em- bonpoint ne permettoitpas de longs voyages. (1) Si la journee de Fontaine-Francaise fut la der- iii^re a laquelle Henri IV combattit en personne , il est remarquable que son premier fait d'arraes eut lieu a Ariiay-le-Dnc , dans le nseme departenient. Ce prince y alors seulement roi de Nayarre , faisoit ses premieres arraes sous I'amiral de Coligny; il n'avoit que seize ans, et Lamotte Fenelon parut surpris de ce que si jeune il prenoit parti dans eette guerre avec son cousin le prince de Conde : C'est , repondit Henri, que nos ennemis en venlent d toute la branche royale des Bourbons ; nous voulons maurir tous ensemble pour eviier lesfrais du deuil. Au combat d'Arnay-le-Duc , livre le 27 juin 1^70 , il fit des prodiges de valeur qui deciderent le succes de cette journee. S'entretenant un jour de cetie bataille y il disoit : Mes premiers exploits d'armes sont d Arnay- le-Duc , oil il etoit question de vaincre ou d'etre pris ; d dix pas de moi fut tue un cavalier d'un coup de coulevrine } mais recomm.andant d Dieu le succes de cette journee , il la rendit heureuse. Animes par la presence du jeune Iieros, 4OQO prolestuns, sans canon , sans bagagesj fatigues depuis luiit niois par des mar- ( 22,0 ) Le due de Mayenne aborda le Rox , qui se promenoit dans le pare avec Stilly, et mit un. genou en terre. Henri IV le releva et I'em- brassa trois fois de suite; puis le prenant par la main , le promena dans le pare k grands pas, tellement que Mayenne, incommode de sa sciatique , de sa corpulence et de la chaleur , se trainoit a grand'peine sans oser rien dire : le Roi le voyant harasse et tout en eau , s'arreta et lui dit : — Je vais un peu vite ches continuelles, se defendirent avec succes centre J 2,000 hommes commandes par le marechal de Cosse , et s'ouvrirent un passage a travers son armee , jusqu'4 la Loire. La paix hoiteuse fut le fruit de cette victoire , et Arnay-le-Duc devint I'une des places de siirete que ce traite accordoit aux Ligueurs. Ainsi , les journees oh. Henri IV ait couru les plus grands dangers , oti il ait combattu avec le plus de bravoure et de vaillance , sont aussi celles par lesquel- les il a commence et termine sa carriere militaire ; elles enferment un cercle de 3 batailles rangees , 140 com- bats , 35 rencontres , et un grand nombre de sieges ( Lenoir , Mus. des monumens franc ais) , et le meme departement qui a ete temoin de la valeur naissante de Henri IV , est aussi celui qui a vu la derniere vic- toire que ce grand capitaine ait remportee en personne ; ces deux fiiits attacLoient singulierement Henri IV k la Bourgogne. ( 221 ) pour vous? — • Le due repondit qu'il etoit pret k etouf fer , et que pour peu que sa Ma- jesteeut continue, elle I'auroit tue sans y pen- ser. ToucheZ'la i mon cousin, reprit Henri , car , par Dieu , voila toute la vengeance que vous recevrez de moi. Le due veut s'age- nouiller , et baise la main que le Roi lui ten- doit , protestant qu'il le serviroit desormais , meme contre ses propres enfans. Or sus^je le crois fXviS. dit Henri; et ajin que vous puissiezm' aimer etme servir plus long-temps , allez vous reposer au chdteau et vous ra- fraichir , car vous en avez bon besoin, Je vais vous Jaire donner deux bouteilles de vin d' Arbois f car je sais bien que vous ne le ha'issez pas. Voila Rosni que je vous donne pour vous accompagner et Jaire I'honneur de la maison. ( Mem. de Sully. ) C'est ainsi que les Bourbons savent par- donner a tous ceux qui reviennent a eux sin- cerement et de bonne f'oi : ainsi, quoique le grand Conde eut porte les armes contre la France , Louis XIV dit k ce prince revenant de la bataille de Senef , et qui montoit avec peine le grand escalier de Versailles : Ne vous pressez pas y mon cousin ; on ne sauroit aller bien vite quand on est aussi chargd de lau- rhrs, Ainsi Louis XVIII dit aux marechaux ( 22a ) de France , en rentrant a Paris : Approchez f MM. les marechaux y et entourez-moi , c'est sur vous que je veux m'appuyer. Le pre Morot , theatre de ce combat impor- tant et celebre , est traverse par la route de Fontaine-Frangaise a Saint-Seine-sur-Vin- geanne. En faisant construire le pont sur cette route, les anciens Elus de Bourgogne y firent graver sur lamargelleexterieure cette inscrip- tion : HlC HeNRICUS MAGNUS DEBELLAVIT. La commune de Fontaine-Fran^aise , en faisant reconstruire la Fontaine qui surgit dans ce pre , dans les premieres annees du xix.® sie- cle , sous I'administration du premier prefet de ce departement ( et cette date est de quel- que consideration ) , fit placer sur la fagade du portique , du cote de la route , le me- daillon ovale de Henri IV en bronze. C'est entre les deux monumens primitifs de cette •victoire, dans un petit pre demi-circulalre , entoure de peupliers , que Madame de La Tour-du-Pin de Saint-Julien a fait elever k ses frais , sur le local meme ou campoic Henri IV entour^ de ses braves , un mo- nument plus digne de cette victoire , repre- Sentant un trophee d'armes, entre les bus- ies , de grandeur colossale , de Henri IV et de Louis XVIII , executes en marbre blaiic ( 223 ) par les meilleurs artistes de la capltale (i), Ce fut le 18 octobre 1818, que la premiere pierre du piedestal fut posee solennelleraent, au nom de S, A. R. Monsieur , par le noble Pair, gouverneur de cette division, que nous avons vu plus d'une f'ois par sa presence ho- norer nos seances publiques. Iletoit digne de la memoire de Henri IV, de voir un de ses suc- cesseurs attaclier son nom h des trophees ele- ves a sa gloire 5 il etoit beau de voir le des- cendant d'un des anciens preux du combat de Fontaine-Fran^aise, et qui posa le premier ses armes devant le vainqueur , venir consa- crer ce monument de son triomphe. De ces derniers fails , nous tirerons cette consequence , qu'il n'est j amais trop tard pour rentrer en grace avec le souverain legitime , surtoutquandcesouverainestunBOURBON. .» _— ^__^^_____« (1) Un personnage auguste, a la priere de M.""^ de Saint-Julien , a compose , pour etre gravee sur la base de ce monument, I'inscription suivante, remarquable par sa concision et par le beau sentiment qu'elle exprirae. HlSPANIS FUGAtIS Henricus quartus Tandem triumpiio felix. 5 Jun. i$^S. DU GENRE ROMANTIQUE , ET DE SES CONSEQUENCES Tour la langue et la liUeratureJrangaisei» Par J.-Th. FOISSET, Secretaire-adjoiht. Malheur a ceux qui ne cherchent qu'k etonner ; car on n'etoinne pas deux fois. La Harpe , Eloge de Racine. M: ESSIEURS, 11 fut un temps ou le monde litt^ralre sem- bloit pour tou jours a I'abri des orages qui dorainoient I'liorizon politique. Les classi- ques regnoient alors sans partage , j'ai pres- que dit sans opposition ; et quatre siecles de chefs-d'oeuvre paroissoient confirmer pour jamais ces traditions antiques dont I'autorite s'etoit etendue sans melange du siecle d'Ale- xandre a celui de Louis XIV, et devenoit encore plus imposante par I'lioramage que la nation la plusbrjIUiite des temps mpdernes ( !i25 ) Rvoit ajoute k celui des deux peuples les plus civilises de Tantiquite. Aujourd'hui, Messieurs, I'aspect des Glio- ses n'est plus le nieme ; ces chefs-d'oeuvre, on les rabaisse ; ces traditions , on les voue au ridicule j cet hommage , on voudroit le retracter. Les premiers coups ont ete portes dans le dix-septieme siecle j niais la querelle des anciens et des modernes , renouvelee au commencement du siecle suivant par Fonte- nelle et La Motte, ne troubla point alors la securite des classiques ; tout I'esprit de leurs adversaires devoit etre impuissant centre ce tact exquis qui, pour un public forme a la bonne ecole , etoit devenu une sorte d'ins- tinct litteraire* Ceux qui crurent depnis ra- jeunir cette dispute en soutenant apres Boi- leau, que Racine etoit au-dessus d'Euripide, que Moliere avoit surpasse les comiques la- tins ; ceux-la , dis-je , ne comprirent pas la question : car il ne s'agissoit pas des hom- mes, raais des principes j et les ecrivains su- perieurs dont on invoquoit la gloire , n'e- toient pas venus detruire la domination des classiques , mais la reconnoitre et la conti- nuer. Bientot I'impatience des idees regues et la vanite d'un siecle qui se croyoit appel^ a des reformes universelleg, imprimerent aux i5 ( 526 ) csprits une autre direction. Deux liomme^ d'un caractere bien different, mais tous deux d'une grande influence , d'Alerabert et Di- derot , se partagerent le soin de donner aux: litterateurs des exemples et des leQons qu'on is'accoutuina sans peine a ne plus trouver etranges; Marmontel fit un corps de doctrine des idees nouvelles; et la contagion du mau- vais style fut aussi rapide que celle des mau- vaises doctrines. Alors se raultlpll^rent les traductions des livres anglais ; Shakespear fut traduit, admire , naturalise sur la scene fran^aise ; et la litterature d'outre-mer dut un demi-trioraphe aux coteries qui s'etoient nominees philosophiques {a). Les longs malheurs de noire revolution suspendirent en France ces premieres hosti- lites. Elles recommencerent avec le xix*^. sle- clej et c'est alors que les premiers critiques de notre epoque accuserent liautement la nouvelle philosophie d' avoir corrompu la ]>urete des dogmes litteraires, signalerent les defauts des ecrivains qui s'etoient egares sur les traces des novateurs, et repousserent avec vivacite les premieres tentatives d'une ecole, heritiere de toutes les erreurs de celle qui I'avoit precedee, mais bien plus franchedans son allure, bien plus vaste dans ses theories^ ( ^-^1 ) «! stirtout bien plus riche de son propre fonds^ Cette ecole se donna le nora de Romantique, nom tire de Tune des langues ^trangeres aux- quelles elle empruntoit ses raodeles , et qui ne convient pas mal au vague des opinions qu'il exprime. Une femme etonnante , M."^® de Stael , se rait k la tete de la ligue nouvelle qui reunit bientot sous ses bannieres des lit- terateurs distingues. Its furent accueillis en France par une opposition vigoureuse , dont les succes ne sont point restes douteux. lis cederent j mais on s'est trop hdte de croire qu'ils se jugeoienthors de combat. Les theo- xies roraantiques ont reparu, armeesde toutes les seductions du talent , de tout le prestige de la nouveaute ; elles n'ont plus retrouve les memes liomraes, ni surtout la meme ar- deur pour les combattre. Toutefois, puisque nos adversaires sont rentres dans la lice et se croient surs desormais de s'y maintenir avec honneur , qu'il me soit permis d'exa- niiner s'ils ne se pressent pas trop a leur tour quand ils proclament leur victoire , et de payer aussi mon tribut de respect etd'admi- ration a. cette belle litterature classique, hors de laquelle je ne vois point de salut, ni pour la langue , ni pour les lettres fran^aises. Je ne me suis pas dissimul^ , Messieurs ,' ( 228 ) que la lltterature n'offre point de discussloji plus importante que cfelle-ci , puisqix'il y va de la vie : Etre ou ne pas etre , voila la question. Mais j'ai du compter aussi pour quelque cliose la force de la verite qui est un appui toujours sur , et je n'ai point ou- blie que I'lionneur national est interesse a la cause des classiques. Car il s'agit de savoir si le sceptre des arts restera a la France, ou s'il sera transporte au-dela du Rhin : et si Ton considere que des litterateurs qui occu- pent les premieres chaires de la capitale ont deja sacrifie au Dieu etranger j si Ton refle- chit sur la profusion des ouvrages roman- tiques et sur la vogue qui leur est accordee ; si Ton se rappelle que dans le prospectus d'une traduction desormais complete de Slia- kespear et de Schiller , on nous donne des scenes de mariniers et de corps-de-garde, et que les traducteurs, qui ne sont pas des hom- ines sans nom dans la lltterature , nous di- sent serieusement ensuite, que lefondsex- ploite par les classiques est desormais epui- sd J et que les besoins du sikcle appellent une llttdrature plus forte , on sentira que la plaie est peut-etre plus profonde qu'on ne le pense au premier coup d'oail. Gardons-nous de croire, Messieurs, qu'i! ( 229 ) «e reste plus rien a dire sur la nature comme sur les progr^s du mal , ou meine que les questions agitees depvxis dix ans panni nous soient au moins generalement entendues. Re- cernraent encore , vine societe celebre , une societe digne de signaler le danger , parce qu'elle I'avoit bien compris , 1' Academie des Jeux floraux de Toulouse, a fait deux appels successif's aux gens de lettres , pour deter- miner avec precision quels sont les caracteres distinctif's de I'ecole romantique : ces deux appels , vous le savez , sont demeures a cet egard sans resultat. J'ose essayer a mon tour de poser nettemcnt la question qui divise aujourd'hui la litterature; je veux I'aborder avec franchise , et parcourir les principales questions incidentes qu'on a tente d'y ratta- clier. Apres avoir justifie par le raisonnement les verites que nos adversaires ont le plus combattues , je tacherai de ne laisser sans reponse aucune objection specieuse , et de montrer qu'il y a peril tout a la fois pour la langue et pour les lettres , dans les doc- trines qu'ils s'efforcent de faire prevaloir. Mais avant de suivre ces doctrines dans toutes leurs sinuosites , nous cherclierons a pene- trer le secret de leur origine : pour con- noitre toute la force du torrent, pour en de- f 230 ) tonrner loin de nous les ravages , ne faut-i3 pas d'abord remont^r vers sa source ? PREMIERE PARTIE. Le XVI.® siecle restera dans la memoire des peuples , comma I'epoque de la plus grande revolution morale que le monde ait connue depuis le cliristianisme. Ceuxmeme qui n'ont vu dans la Religion qu'un accident sans influence sur les destinees humaines , n'ont pas essaye de nier Taction du protes- tantisme sur I'Europe. lis n'auroient pu ex- pliquer autrement comment I'autorite , qui n'avoit ete jusque-la qu'une habitude , appa- rut tout-a-coup aux esprits comme un joug €t comme un fardeau, ni pourquoi la liaine de toute dependance passa si rapidement en Allemagne de la Religion dans la politique, en attendant qu'elle envahit la litterature qui etoit encore a naitre. Mais ceux qui savent que toutes les verites se tiennent , ne se sont pas bornes a reconnoitre un fait; lis ont trouve dans cette filiation d'erreurs une eclatante confirmation de leurs principes stir renchainement des verites, et c'est surtout sous ce point de vue que doivent etre consi- derees les opinions romantiques. Avantla Re- forme on etoit soumis a I'autorite y parce qu'a- ( 23i ) vant tout on vouloit Tordre j depuis , on a ren- verse tout ordre en halne de I'autorite, C'est la le caractere propre des novateurs : ils out exalte la raison individuelle pour la sou- lever contre la raison generate j et le meine principe qui a enfante les heresies dans I'E- glise et les revokes dans I'ttat , a produit dans la litterature le mepris des regies eta- blies , qui fait le Ibnd des theories romanti- ques. Ce rapprochement peut bien paroitre nouveau j mais j'ose dire que les rapproche- mens de details , ^ternel ecueil des compa- raisons systematiques , rendront au coiitraire celle-ci plus sensible et plus frappante j et si Ton pensoit que Luther ne vouloit innover qu'en theologie , je rappellerois avec quelle fougue il attaquoit comme legislateur de la philosophie,cet Aristote que les roinantiques voudroient aujourd'hui depouiller de son au- torite litteraire , et qui etoit avant Leibnitz I'esprit le plus vaste dont la nature humaine put s'honorer. Ce n'est done pas une dispute de mots , mais une question de principes qui separe les classiques de ^eurs adversaires. Les clas- siques respectent des regies qui ont au moins pour elles la sanction du temps et I'autorit^ du genie 3 ils s'y soumettent, parce qu'ils les ( a32 ) crolent f'ondees sur la nature des choses et sur des rapports qui ne peuvent changer. Les roraantiques rejettent ces regies comme pueriles , et repoussent generalement tout systeme qui tendroit a prevenir les ecarts de I'esprit. Aux yeux des classiques , chaque composition se rapporte k un genre particu- lier, et chaque genre se distingue par des principes fixes et par des limites qu'on ne pent franchir ; le point de depart et le but sont traces d'avance ; tout le reste est aban- donne au choix de I'ecrivain. Pour les ro- mantiques , par-tout ou il y a des bornes il ne sauroit y avoir de liberte ; ils craignent toujours I'uniformite et I'asserviss^ment tant qu'ils ne voient pas la confusion j aussi ne con^oivent-ils pas qu'un auteur puisse admettre d'autre point de depart que I'inde- pendance de ses pensees personnelles , ni d'autre but que sa satisfaction particuliere. Ainsi , tout se redult a savoir si I'intelligence humaine pent recevoir d'autres lois que celle qu'elle trouve en elle-meme , et si la repu- blique des lettres doit languir dans I'anar- chie , plutot que de se soumettre a une aris- tocratic qui ne pent faire oinbrage a per- sonne (car celle-la est bien fondee sur une ( 233 ) superiority naturelle), je veux dire i'aristo- cratie des talens. La question ramenee a sa plus simple ex- pression cesse done d'en etre une j et si Ton contestoit aux doctrines classiques I'hon- neur d'avoir ete fondees et maintenues par le talent, la civilisation toute entiere ne de- poseroit-elle pas en leur faveur par un te- nioignage uniforme ? Des faits de tous les temps n'attestent-ils point que par- tout le talent a non pas ouvert , raais montre la route , et que les preceptes du gout n'ont ete recueillis qu'en presence des chefs-d'oeuvre de tous les genres , et pour ainsi dire sous leur inspiration ? Les classiques ont dit : La perfection est la ', c'est la que nous devons tendre. Ce n'etoit pas trop mal raisonner, puisqu'il est a-peu-prds convenu qu'on n'a pas encore atteint a la perfection des classi- ques. Certes, des regies arbitraires n'auroient pas impunement soutenu I'examen des qua- tre ages les plus eclaires des temps anciens et inodernes; et cette unanimite dit assez hautement, ce me semble, que le gout ne change point avec le climat , parce que les beautes purement locales ne sont jamais qu'accessoires. Si done il est des ecrivains (^34) ^ ^, ' qui alent comme rencontre le gout avant .nous, parce qu'ils sont venus les premiers , pourquoi ne nous serviroient-ils pas de mo- deles? On ne reproclie point aux peintres I'etude de I'antique , et Ton voudroit separer les lettres modernes de ces hommes au-dessus lus , ce n'est pas , quoi qu'on en disc , passer condamnation sur toutes les autres. Nous ne capitulons pas avec le siecle , car nos croyances sont plus fortes que lui; nous Tie voulons ni une religion purement poeti- (M7) que , nl ce qti'on a appele un christianisme rationel. Mais, encore una fois, si la Reli- gion est k la fois poetique et raisonnable , pourquoi ne pas le dire ? Ce n'est pas la de- fendre ^ la manierede Pascal, nouslesavons; mais nous savons aussi que , sous Pascal , on n'attaquoit pas la foi de Fenelon et de Racine , comme un princIpe qui degradoit I'esprit. A I'exemple des anciens apologistes , nous devons suivre avec confiance nos ad- versaires sur le terrain ou ils nous defient : la verite parle victorieusement toutes les lan- gues , celle de I'esprit comme celle du coeur j apres dix-liuit siecles de combats, il n'est point d'armes qui puissent compromettre son trioraphe. Certes, Messieurs, c'est une opinion bien nouvelle que celle qui prononce leclivorce de la litterature et de la Reli SECONDE PARTIE. Nous n'avons encore apercu qu'une Lien foible partie des verites que nous clierclions , et dej^ I'ecole roinantique nous est justemenfr suspecte. Qu'elle reserve pour ses adeptes les mysteres dont elle a voulu environner son berceau -. nous avons surpris , si je ne me trompe, le secret de sa veritable origine. Nee des imperfections niemed'une civilisation in- complette , elle presente I'etrange alliance des defauts les plus contraires : les erreurs d'une raison ignorante ou pen avancee , et les systemes d'une raison seduite par des con- noissances mal ordonnees; I'abus de toutes les pompes du style et de toutes les gros- sieretes du langage ; la reclierclie du senti- ment, plus luneste encore que celle de I'es- prit; I'ostentation d'un naturel guinde, avec xme naivete souvent triviale ; et la pire des affectations , celle de la simplicite. Par un de ses extremes , elle touclie aux litteratures naissantes; par I'autre, aux litteratures epui- sees. En un mot , la litterature romantique nous a paru I'expression naturelle de toute societe placee comme I'Angleterre et I'Alle- magne , entre les ecarts inseparables d'une force qu'elle ne salt point diriger, et les ins- ( 262 ) pirations d'une religion contradictoire qui ne cesse de se chercher elle-meme au milieu des teuebres involontaires ou son activite s'est exilee. Mais loin de nous la pensee de nous arreter a ce prejuge legitime : nous voulons vaincre jios adversaires dans les retranchemens qu'ils se sont choisls. Une attaque soudaine, pre- paree par des succes de plus d'un genre , a mis en peril les doctrines classlques. Trois ouvrages en quelque sorte f'ondamentaux , devoient , par leur publication simultanee , les frapper a mort d'un merae coup ; vous avez deja nomme les ouvrages de MM. Schle- gel et Sisraondi , et le livre de V Allemagne par M.™^ de Stael. Ici, Messieurs, nous ne pouvons le taire , la difficulte n'est pas seu- lement de com battre les principes qu'on nous oppose , mais aussi de les decouvrir. Les plus habiles defenseurs des theories roraan- tiques ont mis beaucoup de reserve, et quel- que peu d'obscurite dans leur exposition. lis se gardent bien de les reduire a ce petit nombre de propositions claires qui donnent prompte- ment la clefde tout un systeme,etqui en sont I'epreuve la plus sure ; ils remuent une fouls de questions , mais ils n'en pesent aucune ; ils ne veulent rien preciser dans une discus= ( 263 ) fiion de cette importance. S'ils nous prechent la melancolie J I' ante musicaLe , ou le genre reveur, ils 4vitent soigneusement de definir ces termes sacres. Leurs ideesse glissent plu- tot qu'elles ne se montrent dans cette mul- tlplicite de details litteraires dent elles sont enveloppees , et le vague est le caractere le plus general de leurs po^tiques , sans doute pour qu'elles offrent une hannonie de plus avec leurs autres productions. Forces de sui- vre nos adversaires pas a pas, il y aura aussl un peu de vague dans notre raarclie ; mais en essayant de repondre ^ tout, en voulant repousser des reproches souvent contradic- toires , si nous parolssons nous egarer quel- quefois , on voudra bien ne pas oublier que c'est leur f'aute plutot que la notre. Avant de poursuivre cette discussion , Messieurs , nous eprouvons un desir bien naturel j c'est celui de nous entendre sur les termes. « Le mot romantique , a dit M.de la « Serviere , souvent confondu ayec pittores- et que f servoit a designer ces sites ou la na- « ture semble avoir reuni les beautes les plus c€ opposees Les penseurs allemands y « ont vuunesorte de definition, et en I'em- « pruntant aux langues romanes, ils ont en « meme tpxnps proclame leur alliance litt^- ( 264 ) « raire avec le midi de I'Europe. 5> Depuifl dix ans , ce nom est devenu le nora propre de I'ecole alleraande ; il s'est rapidement ^tendu a tons les ouvrages qui se rattachent par quelque cote a la manikre adoptt^e par cetteecole. Parmi ces ouvrages toutefois , les uiis lui appartiennent par le plan , par I'or- donnance generale , ou par quelques con- ceptions a part ; les autres n'y tiennent que par le style ; d'autres enfin ne s'en rappro- chent que par une teinte generale qui se fait mieux sentir qu'elle ne pent s'exprimer. Ce sent la autant de nuances confondues sous une appellation commune, et que j'aimerois voir distinguees sous les noms de genre ro- mantique , de style romantique , et de cou- leur romantique. Le premier de ces noms s'appliqueroit a tons les ouvrages composes dans la seule pensee d'emouvoir, a toux ceux dont les auteurs pensent que rien n'est au- dessous de la litterature, et ne mesurent leurs succ^s qu'audegre d'emotion qu'iis inspirent, depuis les larmes jusqu'aux convulsions et aux suicides , persuades que les moyens qui etonnent le plus sont les meilleurs , et qu'iis sont toujoursassez justifies par cetteetrange nouveaute de succes (i). Rien de plus facile a saisir que les caracteres du st^yle roman- ( 0.65 ) tlque ; on le reconnoit d'abord a ce clinquant d'expressions qui se refusent a I'analyse et que I'on n'ose presser de peur d'y remarquer un sens ridicule ; a cette prolusion d'images incoherentes et de figures qui , lors meine qu'elles ne manquent pas de justesse , nian- quent presque toujours de naturel; a cette confusion systematique des diflerens ordres de styles, et surtout a je ne sais quoi d'exta- tique qui tend moins a faire penser I'homme qu'^ le faire rever ; car les romant'ques r^- vent encore plus qu'ils ne pensent (i). Enfin, le mot de couleur roniantique me semble fait pour ces productions litteraires que le bon gout de Tecrivain a conservees pures dans leurs details, mais qu'un caractere melanco- lique a empreintes dans leur ensemble d'une teintevasue assez semblableace clair-obscur des peintres qui se reflechit sur toutes les parties du tableau et se perd en quelque sorte dans I'effet general : cette teinte ne se montre nulle part , mais elle est par-tout ; I'effet s'en mele a toutes les impressions que vous recevez de la lecture de I'ouvrage, et (i) On voitque le defaut fondamentaldu genre comma du style romantique, celiii qui renferme pour aiiisi diro tous les autres j c^est k defaut d^u(iit^. ( ^66 ) il domiiie dans le sentiment qui s'empare de I'ame lorsque cette lecture est terminee. Vous n'attendez pas de moi , Messieurs , que je revienne maintenant sur les notions que nous avons tous du genre classique. De- puis trois mille ans , on le retrouve a la tete de toutes les litteratures ; 11 doit etre, ce sem- ble , assez connu ; et ce n'est pas en France o\i il est deveuu national , en France ou ses pre- ceptes nous environnent depuis I'enfance , ovi nous jouissons sans cesse de tous les chefs- d'oeuvre qu'il a inspires , qu'on nous deinan- dera ce que c'est que le genre classique. De- vons-nous I'apprendre a ceux qui nous com- battent? Nous avons peine a nous en defen- dre , Messieurs , lorsque dans le vocabulaire de certains litterateurs, le mot classique est devenu synonyme du mot routine : et voila bien la tactique ordinaire de tous les faiseurs de revolutions ! ils s'efl'orcent d'abord de fle- trir r experience qu'ils n'osent pas encore de- mentir, I'experience qui a commence avant eux , et qui durera plus que tous les syst^- mes (vt). Au reste , Messieurs , accordons les mots a nos adversaires, et nous resterons en- core assez forts 5 la nature des chosesneplie point devant I'acception plus ou moins large que I'esprit de parti peut donner a une de- ( ( ^67 ) nomination quelconque. C'est, Je crois,M. Sclilegel qui, dans sou mepris pour la litte- rature fran9aise , nous a impose le nom de classiques 3 comnie un ridicule. Eh bien ! nous en acceptons Tin jure j nous serions liers d'etre toujours routiniers coinine le chantre du Lutrin et le peintre de Tartufe , copistes comuiele Fablierdiw. ^rand siecle , ou merne comrae I'auteur de TeUmaque. Nos adver- saires n'aiuient point les religions dominan- tes , nous le savons ; mais qu'ils nous laissent une superstition litteraire qui a lait Virgile et Racine. II est , Messieurs , nne autre erreur qu'on novis pardonnera de signaler en passant,pour que la question soit bien comprise. C'est I'opinion de ceux qui , voyant la litterature partag^e entre deux partis, se Latent de la reduire ^ deux grandes divisions , et qui pen- sent k la maniere du maitre de pliilosophie de M. Jourdain , que toxit ce qui n'est pas 3-omantique est classique, et que tout ce qui n'est pas classique est romantique. Celui-Iii s'abuseroit etrangement , qui s'en tiendroit a une definition de cette profondeur. Si par cela seul qu'on ne s'est point ecarte du ma- teriel des regies observees par les modeles , on croyoit avoir march© svir leurs traces ; il ( 268 ) faudrolt dire aussi qu'il suf'lit pour etre poete d'enfiler une rime au bout de douze syllabes d'un vers alexandrin ; et si, de leur cote , les romantiques grossissoient leiirs rangs de tous les ecrivains bizarres , ne se- roient-ils pas obliges d& recviler bien au-dela du moyen age , et de se reconnoitre , pour ainsi dire , ridicules de toute antiquite ? Co seroit sans doute un singulier spectacle que de voir la republique des lettres separee en deux camps opposes , dont le i.^'" accueille- roit toutes les mediocrites , et le second , toutes les extravagances. Disons-le liaute- ment : ce n'est pas ainsi qu'on peut conce- voir deux ecoles en litterature ; celui qui n'est qu'extravagant ou mediocre , n'est ni de la premiere ecole , ni de la seconde ; il n'est rien. On n'est pas classique parce qu'on suit les regies , mais lorsqu'on se montre digne des grands maitres qui les out f'ondees ; on n'est pas romantique parce qu'on manque de gout, ou parce qu'on insulte a la langue et a la raison , mais seulement lorsqu'on nie le gout en lui-meme , et lorsqu'on viole syste- matiquement la raison et la langue. Est-il besoin d'aj outer que la preference accordee par nos voisins aux sujets modernes, leur minutieuse fidelite dans la peinture des i ( s69 ) moeurs locales , leur predilection pour d'ati* tres beautes tres reelles, dont peut-etre lis affectionnent trop le retour un peu mono- tone, constitueroient encore moins un scliis- me litteraire ? A les entendre, on diroit que nous nous sommes interdit les sujets natio- naux et les couleurs locales j nos preceptes repoussent les souvenirs de la patrie, ex- cluent du doinaine des arts les temps cheva- leresques et tout ce qui rappelle le christia- nisrae j nous def'endons au talent de de- crire des climats nouveaux; en un mot, nous ne voulons peindre que des Grecs, me- me dans le Cid , Athalie ^ Poljeucte , memo dans Alzire et dans Mahomet. Sous ce point de vue, je le sais, la litterature romantique est plus riche que la notrej mais est-ce une raison pour calomnier les classiques, lors- qu'ils ont si bien prouve qu'ils savoient tout observer et tout peindre? M. Schlegel repro- clie a Racine quelques vers de Pyrrlius, d'A- chille , d'Hippolyte et de Mithridate : mais a cet egard il avoit ete prevenu par nos meil- leurs critiques J Boileau s'etoit eleve des long-temps contre les heros damerets de noa theatres , et le poete qui a mis en scene Aco- mat et Koxane , doit etre absous des soupirs de Bajazet. Les romantiques se vantent aussi ( -1^ ) d'avoir decouvert les premiers ies liarrHonieS' qui unissent la nature physique a la nature morale. Mais avant eux, ces harmonies ins- piroient des pages delicieuses k notre Ber- nardin de Saint-Pierre , sans qu'aucune voix s'elevat pour I'accuser do corapromettre le gout et la langue. Ce merite se retrouve a uix tres haut degre dans Paul et Virginie , qui ne se recommande pas moins par la verite du ton local , ainsi qu'une autre production qui appartient k notre si^cle, et dans la- quelle on a repris avec trop d'aigreur quel- ques phrases effacees depuis par I'auteur, et que deux hommes dont I'autorite n'est pas suspecte aux classiques. La Harpe et M. de Fontanes, avoient pardonnees dans la bou- che d'un Americain ( /). Ainsi , la question n'est pas la ; le choix des sujets est indifferent aux d^bats qui nous occupent, et cependant cette idee est si re- pandue qu'un defenseur distingue des roman- tiques a fonde sur elle une singuliere apolo- gie. cc II est absurde, a-t-il dit, de supposer cc deux ecoles en litterature : le roraantisme cc n'est que le classique moderne j la littera- tc ture eprouve le besoin de renouveler dans cc les generations blasees les organes emous- fc ses de la pitie €t de la terreur. w C'est ( 271 ) comme si Ton disoit qu'il laut des gladiateurs et des echafauds aux peuples dont les larmes re coulent plus au theatre. Laissez-leur au contraire des spectacles animus sans cesser d'e- tre purs, et vous les ramenerez a des jouis* sances plus nobles et plus douces. Au reste , s'il existe una ecole par-tout ou Ton trouve un enseignement, un systeme a part, des doctrines arretees , il y a une ecole roman- tique ', car les AUeraands ont tout cela. La litterature degmeree des Grecs et des Romaius n'etoit pas une ecole ; car, au milieu de ces efforts inalheureux de deux nations vieillies, on rendoit hommage aux chefs-d'oeuvre qu'elles avoient autrefois produits. Mais il ji'en est pas ainsi de nos adversaires : ilscon- damnent tons les exemples qu'ils n'ont pas donnes j ils font plus que repondre ill un. be- soin ; ils le previennent, ils I'encouragent , ils I'irritent. Non - seulement ils oublient les regies , mais ils les proscrivent. Jusqu'^ eux on avoit place le beau dans I'harmonie des rapports comme dans I'unite des con- trastes, dans I'accord de toutes les propor- tions comme dans le sentiment de toutes les convenances. S'il est une litterature qui re- pousse toutes ces notions, qui dedaigne les proportions , les convenances et les harmo- ( ^72 ) Jiies , n'est-elle pas en etat de guerre avec le? litteratures ou tous ces genres de merite sont de rigueur , et seroit-il si absurde de combat- tre ceux qui propagent un tel scandale ? Certains desormais , Messieurs , que la ligne qui nous separe des romantiques n'est point imaginaire , il nous sera permis d'exarainer la grande question des regies <^ramatiques a laquelle se rattachent presque toutes les autres , et qui offre en quelque sorte I'abre- ge de ces longs debats. Les classiques distinguent deux genres principaux de representations tlieatrales , et corame ils ont remarque que laressemblance, but essentiel de toute imitation dans les arts , ne penetroit jamais le spectateur d'une impression plus douce et plus vive qu'en le faisant jouir tout a la fois, sans qu'il ait le temps de s'en rendre compte , d'une partie des sentimens qu'auroit fait naitre en lui la realite de Taction representee , et du merite plus oumoins grand de la difficulte vaincue, ils ont cru que I'imitation dramatique etoit ])arfaite lorsqu'elle faisoit gouter ce double plaisir, et c'est ce qu'ils ont appele I'illusion. On sent qu'il s'agit moins de rendre la cliose presente au spectateur, que d'empecher qu'il ne s'arrete ^ I'idee qu'elle est jibsente ; Fart ^- (273) he peut etre la nature elle-m^rae , et quand il le pourrolt , il ne devrolt pas I'etre ( car il est des faits dont la representation n'est que pe^nlble , tandis que la realite en seroit acca- blante ) ; I'art n'aspire point a etre invisi- ble ; il suffit qu'il ne se montre pas, etqu'il s'empare fortenient de Tattention jusqu'i la fin de la piece. Un instinct semblable a celui par lequel les enfans se plaisent dans une agitation fa- vorable au developpement de leurs organes, nous fait aimer ces emotions vives qui deve- loppent rapidement les facultes de Tame et nous revelent pour ainsi dire a nous-memes. Voil^ I'origine de la tragedie qui devoit pre- ceder toutes les autres compositions theatra- les. Les hommes reunis en societe ne tardent pas a s'observer et a medire les uns des au- tres ; tot ou tard la medisance devient pu- blique, ce n'est encore qu'une satire j mais la satire , toujours impatiente de se repandre, cherche bientot a se mettre en action sur la scene, et la comedie commence (jn). Les reeles que la raison a imposees a ces deux genres de spectacles sont toutes fondees snr la na- ture des jouissances qu'on cherche au thea- tre, et sur le charme de I'illusion, telle que nous venons de la d^liiiir, Elles veulent que la representation d'une action quelconqw^ soit fidelle a la vraisemblance , et, corame I'a dit Boileau avec une precision admirable : Qu'en un lieu, qu'eii unjour, un seulfait accompli Tienne jusqu'a la fin le theatre rempli. Ce sont la ces trois unites dont on a fait tant de bruit; et cependant s'il n'y a pas unite d'actlon , si I'interet se divise, ou qu'un episode vienne distraire le spectateur , I'at- tention ne se soutient pas, et Telfet principal est manque. S'il n'y a pas unite de lieu , si ce theatre qui tout-a-l'heure etoit \e Jorum, re- presente tout-k-coup I'Ocean ou les deserts de la Lybie , il est clair que I'illusion est de- truite (i ) . Enfin , s'il n'y a pas unite de temps> si les fails qui se passent pendant trois heu- res sous les yeux d'une multitude attentive ne la preoccupent pas assez pour qu'eile ne puisse reflechir sur I'intervalle qui separe- roit ces faits dans le cours habituel des cho- ses ( et lorsque la duree naturelle de Te- venement excede un jour et une nuit , cette reflexion est a-peu-pres inevitable) , Tesprit blesse eprouve naturellement quelque peine comme ils le disent, la variete. Les Classi- ques n'ont jamais reproche a Racine d'avoir cree Joad ; a Voltaire d'avoir mis Lusignan sur la scene ; mais ils ne concevront jamais ces chefs-d'oeuvre qui veulent fixer tour-a- tour sur le meme homme le mepris et I'a- mour , I'admiration et la haine. Que nos ad- versaires ne se glorifient plus d'avoir penetre plus avant que nous dans le coeur humain j car s'il est des situations ou nous ne pou- vons refuser des larmes a des passions que nous ne poiivons nous defendre de condam- ner j elles ne sont pas si naturelles , ni si communes dans la vie ordinaire , ces tran- sitions brusques etsansintervalles d'une vive ( 28o ) estime an sentiment le plus oppose ; aussi peut-on dire que les combats interieurs sent ce qu'il y a de plus dramatique au monde , et I'inconsequence ce qui Test le moins. Doit-on s'etonner maintenant que le Nord soit devenu la terre classique du raelodrame, que les Allemands aient des tragedies en prose , et que les ingenieux sopliismes de La Motte et de Diderot aient ete defendus par ia dialectique piquante de Lessing ? Ce cri- tique celebre n'apas senti que la poesie dans les ouvrages dramatiques aidoit a I'illusion , parce que les vers ne servent pas seulement a orner le dialogue, inais encore a elever I'esprit au-dessus des impressions de la vie commune, eta preparer dou cement I'imagi- nation a Taction theatrale : voila pourquoi les vers sont moins necessaires dans la come- die. Mais du moins on n'a fait jusqu'ici que des tentatlves impuissantes , meme au-dela du Rhin , pour arracher a Melpomene cette derniere parure , et sous ce rapport les heros de Schiller parlent encore coranie ceux de Sopliocle. Au reste, malgre tout I'esprit qu'onaperdu a defendre la scene Roman tique , peut-etre est-il permis de croire que cette premiere question est jngee. Non, la raison n'avouera ( 28i ) jamais ces tragedies dont la representation dure trois jours, ces prologues en cinq ac- tes , ce chaos d'evenemens entasses les uns sur les autres , cette confusion de person- nages de tous rangs et de tous etats , ces sce- nes qui veulent etre naives et qui ne sent que basses ou triviales , cette bizarrerie qui ren- ferrae dans una action do quelques heures une longue periode d'annees , qui transporte le spectateur d'un pole a I'autre en quelques minutes, et lui montre le heros Enfant au premier acte et barbon an dernier. Mais , lorsqu'on pense que tous ces de- fauts gouillent plus ou rnoins les meilleures pieces allemandes , que deux homines supe- rieurs, Goethe et Schiller, qui n'avoient pas comme Shakespear I'excuse de I'ignorance des regies , ont reduit en systeme de pareils abus, on ne pent s'empecher de fremir pour notre avenir litteraire , et de gemir sur cette foule d'hommes de talent qui n'ont peuple les universites d'Allemagne depuis un demi- siecle, que pour denaturer de plus en plus une litteratTire si imposante a, sa naissance et une philosophic que le grand nom de Leib- nitz n'a pas sufli pour proteger. De longs jours de gloire scmbloient reserves h. la patrie de Heyne , de Jacobi , de Herder , de Winc^ ( 282 ) kelraann et de Klopstock. II n'a jamais ^t^ donnequ'a la France de reunir plusde grands talens conteraporains, que I'AlIeraagne n'en comptoit vers la fin du dernier siecle. Un esprit ^tendu qui ne le cedoit a aucun d'eux, Wieland, avoit adopte le style classique, et son influence bien. dirigee auroit pu le laire doininer peut-etre dans les ecrits dont les Roman tiques se sont lionores depuis. Mais Wieland se laissa entrainer a la foiblesse de paroitre nouveau. Egare par le scepticisme qui ^tendoit alors ses ravages sur toute la France, il voulut forcer son ame sensible a mentir , pour imiter I'indifference avec la- quelle Voltaire se jouoit des opinions hu- inaines. II etouffa, autant qu'il etoit en lui, cette belle imagination qui le portoit a croi- re ; et comme toute science purement nega- tive est essentiellement sterile, il lui a ete re- fuse de pouvoir fonder en Allemagne des principes qui lui auroient survecu. Son gout pour I'independance lui fit m^me encenser le tragique anglais , et la purete de son style , dementie par ses opinions litteraires , devoit ^tre un exemple perdu pour son pays. II ne s'agissoit cependant que de determi- ner avec precision le sens litt^raire de ce mot nature dont on a tant abuse par-tout- ( 283 ) Prise comme Tensemble de tons les Stres, la nature est incommensurable ', Tart , au con- traire, comme tout ce qui vient de I'liomrae, est essentiellement limite. C'est une folic de vouloir qu'il se confbnde avec la nature. Les bornes de I'art ne seront jamais plus eviden- tes, que lorsque son impuissance essaiera de les meconnoitre. II ne peut done embrasser la nature toute entiere : elle produit et il li- mite J elle lui offre des materiaux , c'est a lux de cholsir et d'en disposer. De la ce que nous avons appele le Seau idSal , ou I'imitattori de la belle nature. Ce n'est point la chose meme que Tame demande aux beaux-arts , ce n'est pas meme une copie servile et m^- canique de la realite. Et en effet, pourquoi une figure de cire colorize plaJt-elle moins qu'un morceau de sculpture ? Pourquoi le potier qui reproduit vingt lois le meme vase avec une parfaite ressemblance n'obtient-il de nous aucune emotion ? C'est que I'ame demande I'ideal de la chose j c'est qu'elle ne s'attaclie dans I'imitation de I'objet qu'^ ce qui reveille en elle le sentiment de sa dignite. Voilalanature des Classiques ; voil^ celle que doivent reconnoitre tous les litterateurs. Elle ne reside pas dans les objets, raais dans no- tre ame j elle n'a rien de materiel , et nos ( ^M ) adversalres qui alraent tant les abstractions en tout genre ont certes matxvaise grace a repousser celle-la qui du moins s'applique avec f'acilite. Pourquoi faut-il que de malheureuses pre- ventions les emp^chent de se rallier a des doctrines si simples ? Les Classlques leur pa- roissent autant de despotes. Mais I'anarcliie Piomantique est-elle done preferable , et ne pourrons-nous reclamer I'ordre , en littera- ture comme ailleurs , sans entendre crier au despotisme ? On nous accuse de la steri- lite du siecle, sterilite qui paroit un plieno- mene apres une revolution qui a remue si puissamment les esprits. Messieurs, lors- qu'une revolution a trouve les saines doc- trines vivantes et qu'elle les a laissees de- bout, il est vrai qu'elle inspire en quelque sorte par les bouleversemens meme qu'elle a entraines. Mais toutes les fois qu'elle a eten- du ses ravages du materiel des choses au cote moral de lasociete, elle epuise plus qu'elle n'inspire, et ce n'est pas la f'aute des Classi- ques. Si c'etoit ici le lieu d'examiner notre appauvrissement litteraire, nous trouverions peut-etre qu'on n'auroit pas du se montrer si prompt a I'exagerer (o) , et que si la de- (jheance des arts a ete retardee de nos jours. ( 285 ) il faut en rendre graces a des ecrlvains que les regies ne desavouent pas , et kla superio- rite des critiques qui ont d^fendu ces rdgles. Les avantages d'une telle censure manquent tout-^-fait aux Allemands. L'orgueil des ecrivains s'irriteroit de suivre des guides , et toutef'ois, comme le despotisme n'est jamais loin de I'anarchie , le talent exerce souvent line domination sans mesure sur un public qui n'a point d'opinions arretees. C'estainsi qu'on a vu Goethe descendre du ton le plus passionne k celui du persiflage , se precipiter de la tragedle dans le melodrame, etsucces- sivement abuser des genres les plus contrai- res , sans pouvoir lasser ses admirateurs. H est facile de juger si la litterature pent etre fecondee par de tels exemples. Et cependant un des lieros de I'armee ro- mantique, M.'"^ de Stael, en convenant qu'il n'y a pas en Allemagne d'ouvrages propres a etre cites pour modeles , s'est demande si c'etoit un mal : cc Car , dit-elle , chez toutes « les nations ou Ton s'est llatte d'etre par- te venu a la perfection , Ton a vu presque cc immediatement apres commencer la deca- nt dence , et les imitateurs succeder aux ecri- « vains classiques , comme pour degoiiter « d'eux. j> Mais, qui ne voit que les imita- ( 286 ) tions des Merits celebres sont bien plus fii-^ nestes quand le gout n'est pas fixe, et que la decadence dont on s'appuie no coramenco jamais qu'avec la manie d'ouvrlr des routes nouvelles. La nouveaute fait tout excuser ; le succes devient facile a tous j ce qui n'a ete qu'une coquetterie de style dans les hommes de talent, ne paroit qu'un charlatanisme aise a contrefaire aux horaraes inediocres j car , dans les revolutions litteraires , comme dans toutes les autres , ceux qui coinmencent le mouveraent ne voient jamais ou il s'arretera ; I'impulsion qu'ils impriment aux esprits, fait qu'on les laisse bientot en arriere , et il s'eta- blit une rivalite d'innovations ou la palme reste toujours a celui qui ose le plus et qui abuse davantage. Di&s-lors tous les genres sontconfondus, parce que toutes les limites sont meconnues. Le ton oratoire devient ce- lui de la pliilosophie; le style philosophique s'erapare de I'liistoire. Le si^cle de la versi- fication succede a celui de la poesie j I'elo- quence recule devant la declamation , et la langue elle-meme n'y r^siste pas long-temps. Comment nos adversaires peuvent-ils se faireici quelque illusion ? I'histoire du passe n'est-elle pas une assez claire prophetic de ravenir? Habitues par la philosopliie du jour ( ^87 ) k decomposer toutes les iacultes de Tame, iJs jie les considerent plus qu'une k une, et ils 66 croient h I'abri de tout reproche , parce qu'ils ne veulent parler qu'k rimagination et ^ la sensibilite. Ah ! qu'ils cessent d'opposer I'instinct de la multitude qui ne peut que sentir,a la raison penetrante des connoisseurs qui sentent et jugent tout a la fois. Le gout n'est pas seulement dans I'esprit , il est aussi dans lecoeur J c'est la sensibilite eclairee par Tintelligence ; c'est I'union intime de nos deux plus precieuses facultes , et de cette union decoule la necessite des regies. II n'est point d'emotion assez vive pour nous fairede- vorer une absurdite : la sensibilite ne domine jamais si exclusivement notre ame, qu'elle reduise I'intelligence au silence et a I'inac- tion ; et nous ne saurions trop le dire , quand la raison n'est pas de moitie dans le plaisir, il ne sauroit etre complet. L'imaginatiou meme devance ordinairement la reflexion •■ mais elle ne peut en ^tre long-temps sepa- ree : loin d'etre isolees dans leur action , nos facultes se pretent incessamment des lumieres mutuelles, et des que I'activite de la reflexion s'est mSlee k leur activity , la reflexion de~ mande des regies. Que les Romantiques ne s'y trompent point j c'est la un des besoins ( 28S ) les plus imperletix de I'esprit , et si on ns lui presente pas des regies prises dans la na- ture , 11 s'en f'ormera d'arbitraires , il ira en cherclier jusque dans les ecarts les moins ex- cusables. Ne seroit-ce point par un secret sentiment de cette verite , que les critiques allemands ont eux-meraes cree des principes auxquels ils tachent de se rattacher, et que MM. Schlegel ont ecrit a priori les theories que la vogue des pieces de Schiller avoit deja consacrees : poetiques mort-nees , sem- blables en tout point a ces constitutions illu- soires par lesquelles on a tant de f'ois pre- tendu fixer notre revolution , et qui ont si bien prouve qu'on n'organisoit pas I'anar- chie? Qu'ont-ils fait, ces metaphysiciens ha- biles ? lis ont essaye de poser des preceptes, et ils coramengoient par nier I'existence du gout. N'est-ce pas creer une morale sans la conscience, et chercher une logique abstrac- ' tion f'aite de la raison ? Oh ! que ne cessent- ils plutot une lutte impuissante contre la force des choses ! Que ne se hatent-ils de subir le joug de I'ordre , de peur que le de- sordre ne leur en impose un plus dur ! Les ^crivains les plus independans del' Aiiemagne se sont sentis attires par un cliarme puissant vers le style classique. 11 y a telle scene de ( ^89 ) leurs tragedies grecquesqu'onprendroit pout une traduction d'Euripide , et ils ont mis quelquefois les lemons de la Bible en langage homerique, avec un bonheur d'imitation qui auroit du les rainener a cette purete de co- lons, a ce parf'uni d'antiquite qui fait les de- lices des lecteurs de Telemaque et des Aven- tures cf Aristonous (i). Mais , au contraire , ils se sont eloignes da nous de plus en plus , pour nous faire des! reproches quitombentd'eux-memes. La Litte^ rature d' i/nitaiionj s'ecrient-ilSfSe comparer* a une littdrature d' inspiration, {^p ) / comme s'ils croyoient de bonne foi que Klopstock eC Milton ont ete mleux inspires que Le Tasse et Virgile , que les beaux endroits de Cor- nellle excitent moins d'enthousiasme que lea plus beaux morceaux de Sliakespear , et qu'il y a moins de vie dans la poesie de Racine que dans celle de Schiller ; comme si laforme It' appartenoit pas a I'ame autantque le sujet lui-meme (a) , et que la France n'eut pas des chefs-d'oeuvre qui font un plaisir aussi vif (i) J'aurois pu rappeler une production plus r^cente et qii'on n'a pas assez appreci^e sous ce rapport ^ Xet? M-artyrs , de M. de Chateaubriand, (a) Paroles de M"*'. de Stael. »9 ( 290 ) et lalssent des impressions non moins pro- fondes que les poemes les plus admires de ses voisins. lis se yantent de developper mieux que nous les passions fortes. Eh bien ! qu'ils nous montrent dans tout leur theatre , une Phedre , ou un Orosmane ! lis croient avoir agrandi la sphere du genie : ils se font illusion. Le genie , tel que le con^oivent les Classiques, est comme cette supreme Intelli- gence dont il est I'emanation la plus noble et le plus sublime temoignage , fidelle aux lois qu'il trouve dans sa nature et dans la nature des choses. Maitre de toutes les har- monies de la creation , il en dispose comme de son ouvrage; toutes ses productions sont vastes , mais regulieres , et I'ordre s'unit de lui-meme b. toutes ses pensees. On pourroit peindrele genie des Romantiques, egare au anilieu du chaos , environne de precipices , et ne se laissant entrevoir que de loin en loin a travers des tenebres qu'il sillonne par de longs traits de lumiere. Que reste-t-il done a nos adversaires pour lustifier leurs pretentions dedaigneuses ? lis nous reprochent de disputer contre nos im- pressions. Mais la question n'est pas de sa- ■voir si nous sommes emus ou etonnes par la fantasmagorie shukespirienne ; il s'agit seu- ( 29^ ) lement d'exammer si I'art ne se detruit pas lui-merae en raettant ce genre d'ernotions a la mode. Quand on dit que nous craignons d'etre emus contre les regies , on ne fait qu'une mauvaise plaisanterie. Car si les Clas- siques nous ont accouturaes k etre emus au theatre , sans sortir des bornes que le talent s'est imposees , pourqvioi ne sentlrions-nous pas qu'a ceux qui se permettent tout , il est cent Ibis plus facile d'avoir quelques grandes beautes de details , qu'il ne Test a nos bona poetes d'en avoir meme de raediocres? Pour- quoi cette reflexion ne diminueroit-elle pas nn plaisir qui nait en grande partie du senti- ment de la dif ficulte vaincue?et quand le spec- tateur s'aper^oit que ces beaux monumens de la scene romantique touchent de si prds au monstrueux et au ridicule , comment veut- on qu'il soit livre tout entier a I'admiration ? On a dit que les Franqais ne composoient^ jamais qu'en presence du public, et qu'ils etudioient dans les autres ce qu'ils devoient eprouver eux-memes. C'est une calomnie. Pourtoutes les conceptions serieuses, etdans ce siecle plus qu'en aucun autre , on jette d'abord sur le papier tout ce qu'on sent ; mais comme on public dans un but quel- conque , il est naturel qvi'auparavaut on re- ( 292 ) iise son travail dans la pensee de I'eff'et qu'ort veut produire, et c'est alors qu'on retranche tout ce qui pourroit offenser la conscience litteraire du lecteur. Certes personne ne pre- tend forcer un ecrivain de se juger lui-meme au moment de inspiration ; il est clair que son entliousiasme lui echappe, s'il veut s'ar- reter pour I'observer. Mais , lorsqu'il relit son ouvrage , il retrovive une partie de cette emotion qui I'entrainoit, et c'est precisement par ce qu'il eprouve alors , qu'il juge de ce que sentiront les autres; mais ce second travail ai'elface pas I'empreinte d'originalite qui dis- tingue ordinairement le premier Jet de la pensee, et j'en appelle, a cet egard , a tous ceux qui ont lu nos grands ecrivains. Disons-le encore une fois : a qui espere- t-on persuader que le gout exclut le mouve- ment, I'interet , I'emotion theatrale ? Ici en- core nous pouvons invoquer les faits et nous refugier k I'abri de nos chefs-d'oeuvre ; qu'il nous sulFise de rappeler Voltaire et Racine : Racine dont le nom se presente toujours le premier quand on veut personnilier la per- fection. Mais le gout exclut les bonds, les saccades , les secousses trop brusques ; le gout se defie de la metaphysique litteraire ; il est ^nnemi des abstractions : et pourquoi ne (293) craindroit-on pas , en litterature corame en philosophic, de prendre lesideescreusespour ties idees profondes ? On a dit, par exeraple , et un auteur de beaucoup d'esprit I'a repete comme iin raisonneraent peremptoire ; on a dit que les chefs-d'oeuvre de la scene Classi- que n'etoient pas si populaires que les me- lodrames. On nous pardonnera sans doute d'etre etonnes de cette affectation d'cn ap- peler par- tout au peuple, comnie si Ton vou- loit reproduire sa souverainete j usque dans les arts. Sans doute il est des sentimens qui sont faits pour ebranler toutes les ames , et je ne saclie pas que le peuple reste aussi froid qu'on le suppose k la representation de nos belles tragedies. Mais il en est d'autres qui n'ont d'autres juges que les esprits cultives ; et il seroit trop absurde de faire decouler I'in- faillibilite du peuple de son ignorance qui Ini ote a beaucoup d'egards tout discerne- nient, a inoins qu'on ne veuille soutenir que les spectres et les revenans sont dans la na- ture, qu'il n'y a pas de merveilleux plus poe- tique que celui des sorciers, ni de peintures plus vraies et plus animees que celles du genre poissard. II paroitra peut-etre extra- ordinaire que les ecrivains qui afiichent la pretention de s'elever plus haut que les Clas- (^94) siques , posent des principes dont les conse- quences ravaleroient les arts aussi has, et c'est un assez bon argument en faveur des regies. Que si cette longue discussion ne semblolt pas encore assez concluante contra nos ad- versaires , un coup d'oeil general sur leurs ouvrages confirmeroit toutes nos preuves. lis out offert au milieu de nous une seduction puissante, et pourtant ils n'ont que de belles parties : plus d'eclat que de beautes vraies , peu de graces , point de correction , moins de clialeur que d'energie , et de la force plu- tot que de la profondeur. lis reussissent par- ticulierement dans les pieces detachees , et leurs amis se sont plus a nous deguiser les de- fauts de leurs raeilleurs ouvrages dont ils ne nouspresententguereque des fragmensisoles. Ceux([ui connoissentles languesde I'antiquite savent combien les traductions des Classiques anciens leur sont inferieures. Ceux qui ont etud ie la litterature Roman tique dans ses sour- ces , savent au contraire que les traducteurs cedent au besoin d'embellir et de corriger les modeles nouveaux qu'ils offrent a notre cul- te , com me ces insul aires des Indes qui far- doient et paroient leurs idoles avant d'ouvrir leurs temples aux etrangers. ( 295 ) Au reste , le zele des traducteurs nous a fait d^ja quelqiies revelations indiscr^tes. Nous avons pu reconnoitre qii'uue telnte generale d'ideaiisme se repand plus ou moins sur toutes les compositions allemandes ; elles manquent trop souvent de traits pro- nonces 5 et puisqu'on ecrit pour la terre , il faudroit se resigner a I'habiter davantage. Aussi les poetes Romantiques les plus animes ne sont-ils pas exempts de f roideur. Je dirai plus : ces ecrivains si naturels en theorie , sont loin d'echapper a I'af fectation , et il s'en faut bien que la verite des caracteres qu'ils retracent, soit toujours aussi rigoureuse que leurs panegyristes ont c.outume de le dire. lis se sont dits les apotres de la variete, et ils ont introduit je ne sais quelle uniformite de sen- timens et de coloris qui s'est etendue k tons les genres. Leurs theories ont jete dans la poesie epiqueun vague fatigantj dans I'ode, des abstractions glaciales j de la bizarrerie, j usque dans la poesie fugitive et dans les chan- sons. Elles ont avili la dignite du cothurne, et surcharge le theatre de longueurs et d'in- vraisemblances: car les Romantiques ont con- fondu tons les genres, masque la comedie en drame et le drame en tragediej ils aneantis- sent toute espece d'ensemble dans les com- ( 296 ) positions diverses , et finissent pir lasser pres- que dans toutes. La monotonie de leurs remans est blen connue j c'est la qu'ils reunissent ordinaire- ment tons les defauts de leur theatre, et qu'a force de vouloir etre singuliers, ils ne sont bien souvent que ridicules. lis se perdent dans les details 5 ils sont d'une fidelite scru- puleuse dans les petites choses, parce qu'ils ne veulent que grouper une suite de tableaux presfjue tou jours disparates autour d'une ac- tion telle quelle : d^s-lors Taction n'estqu'un accessoire ; les episodes deviennent le prin- cipal; les descriptions se prolongent, etle sujet s'oublie quelquefois. On sait aussi qu'ils aimentpeindredes etres horsde nature, com- me si les beaux arts etoient faits pour imiter des monstres {q). Ce n'est pas qu'Il n'y ait quelque chose de vrai dans le ton dominant des ecrits roman- tiques , et c'est ce qui fait illusion sur le danger des opinions qui se glissent a la suite de ces ecrits : Un peu de verite fait I'erreur tlu vulgaire. Nous devons rendre h. nos adversaires cette justice , que plus d'une fois ils ont fortifie de toute leur influence I'alliance de la mo- rale et des lettres , mel^ des rapprochemens ( ^97 ) heureux a leurs descriptions , ennobll les souvenirs nationaux qui sont devenus entre leurs mains une mine feconde (r). On ne peut se dissimuler que leur extreme desir d'emou- voirimprime souvent beaucoupde vigueur et d'originalite a leurs pensees , beaucoup de verite a I'expression des passions violentes ; qu'il y a beaucoupde vie dans quelques-uns de leurs poemes, comme en general dans les expositions de leurs pieces. Ce mouvement, il est vrai, ne se soutient pas toujours ; et s'ils ont eu de grands poetes qui ont su pein- dre les temps et les personnages , c'est un. talent tout-a-f ait etranger a leurs ecarts. Aussi nous ne def'endons pas d'etudier dans les premiers ecrivains de cette dcole j tels paS' sages , telles situations , tels caract^res : cherclions-y des inspirations, je le veux bien j mais gardons-nous d'y puiser des preceptes. Poixrquoi d'ailleurs ne sont-ils pas justes h. leur tour envers nous ? Qu'ils empruntent leur merveilleux aux superstitions du moyen 5ge , peu importe , cela ne touche en rien au fond des doctrines ; mais pourquQii ex- cluent-ils to\it autre merveilleux ? La reve- rie est un plaisir sans doute ; mais pourquoi semblent-ils croire » Mais c'est I'alliance desRomantiques avec la raediocrite , qui doit jious conduire sur- ( ^99 ) tout k sonder dans toute sa profondeur la plaie qu'Us ont faite a Ja litterature. Toute concession est impossible en presence de cette foule d'auteurs qui encombrent toujours les routes nouvelles, prets a usurper la place du talent en copiant les iormes les plus saillan- tes de son style , et en outrant tous ses de- i'auts. Ces auteurs ont cru parler a I'imagl- nation, et ils se sont perdus dans un vain amasd'imagesdisparatesqu'ilsprenoientpour la richesse : ainsi se sont multipliees ces des- criptions vagues , que I'auteur merae de 60- rinne a signalees, « a la fin desquellesles cou- « leurs se confondent a. nos regards , les con- « tours s'effacent , et il ne reste de ce qu'on « a lu qu'un retentisseraent , au lieu d'un « souvenir(i).»On n'a vu dans toute la na- ture que des antitheses j on a emprunte des metaphores a toutes les sciences ; et dans cette etrange bigarrure, on ne voyoit pas que I'es- prit, encore plein d'une peinture yive et ani- m6e , se desenchante en trouvant le langage de la physique a cote de celui de I'iinagina- tion. En Allemagne , une langue neuve en- core et qui ne se refuse a aucun des caprices (1) De I'Allernagne f edit, jn-12, torn. 3, chap, des Homanst ( 3oo ) de la pensee , une langue ou la facllite de composer des mots est pour recrivaln une ressource habituelle , se pretoit merveilleu- sement a tontes les innovations litteraires. En France , les Ilomantiques trouvoient tine langue toute formee , des constructions re- gulieres, une graramaire imperieuse. lis ont torture les mots pour les plier a des accep- tions nouvelles j ils ont voulu que chaque phrase parut un tour de force , et le neolo- gisme a ete proclame le caractere distinctif du genie. Le dirai-je ? on nous a reproche d'attacher trop d'importance a la clarte ; nous avons ete reduits a demander a nos adver- saires s'ils pretendoient aussi proscrire la re- gie qu'on ne doit ecrire que pour etre en- tendu, tandis que la vie est en verite si cour- te , que celui qui epargne notre temps , en France surtout, nieriteroit par cela seul de la reconnoissance. Et si Ton clierche a se persuader que la Jangue reste iramuable au milieu de tant d'ecarts et de sopliismes, qu'on essaie de se representer Pascal , publiant au 19®. siecle ses JProvinciales^Bo^suet ecrivant ses Controverses , et La Fontaine ses Fables j les plaisanterles du premier paroitroientcom- munes; la noble siraplicite du second passe- roit pour de la secheresse 5 et la naivete du ( OOl ) Son homme trouveroit peu d'appreciateuTfi a une epoque ou le style du grand siecle com- mence a vieillir , ou Ton n'ose presque plus risquer d'etre naturel , de peur de sembler suranne. Ah ! si Racine et Boileau pouvoient re^ prendre leur place au milieu des litterateurs du jour , telles ne seroient point les lecons qu'ils donneroient a la jeunesse. « Fuyez , cc fuyeZjS'ecrieroient-ils, hatez-vous de fuir dans son ensemble , se montre 20 ( 3o6 ) « en rapport avec le caractere du peuple ; libre, indu- ce pendante , imitant peu les autres nations, et desirant a assez peu d'etre imitee pour n'avoir fait paroitre ni « defense, ni apologie. » (/■) Pag. 254. On sait que VAvare de Plaute a pour litre Aulularia. Tout porte k croire que I'auteur n'avoit voulu faire qu'une piece d'intrigue , car les autres r6les seroient mieux combines pour faire ressortir le caractere d'Euclion. Les autres pieces de Piaute, celles de Te- rence et d'Aristophane , ressemblent encore moins que Y Aulularia a Pidee que nous avons d'une coniedie de caractere. (^) Pag. 255. On a un peu trop exalte Pantiquite civi- lisee. II est facile de jnger lesmoeurs grecques et romaines d'apres les comedies anciennes , et meme d'apres les Vies deshommes illustres de Piutarque. On connoit les spec- tacles homicides de la Reine du nionde, la necessite de Pesclavaoe et la degradation des femmes dans toutft Pantiquite. A Rome , la famille etoit asservie a une le- gislation hors de nature; et si Pon passe des mceurs pii- bliqnes et privees aux mceurs politiques , on troiive des abus de pouvoir Incroyables, un droit des gens qui fais freniir. La justice des Epliores et des Archontes est presque aussi cel^bre que celle des proconsuls. (A) Pag. 256. Toute religion suppose un lien {reli- sio de religare , lierplus fortement : voila pourquoi les Romains disoient la religion du serment ). Le protestan- tisme tend a Pirreligion, en ce qu'il detruit toute unite, et brise par consequent le lien religieux ; il encourage le doute et le consacre pour ainsi dire , de telle sorte que ses sectateurs sont rapidement tombes du socinnisnie au deisme, et meme au scepticisme , et par une coiise- (3o7) •quence desprincipes constitu ifi de la Reforme, comme Rousseau le prouve aux minlstres de Geneve, dans ses Lettres de la Montague. Pour un protestant, la religioa n'est pas une croyancej c'est une opinion, peut etre une simple probabilite , puisqu'il n'a d'autre guide aue son jiigfment personnel. (/) Pag. 264. Las petits esprits ne savent rien voir au-dela du succes; mais on peut s'etonner que des ecri- vains qui se respectent aient reproduit tant de fois une justification si vulgaire. C'e^t a eiix qu'il faut .rappeler I'ingenieuse distinction d'un homme de lettres, entre les succes de droit vt\iis succes defait. Le culte des Muses legitimes peut bien paroitre un instant compromis; mais les succes usurpes passent aussi rapidenient qu'ils s'ob- tiennent. Les generations naissantes cherchent les reputations vantees par les generations qui s'ecoulent : elles les cherchent Ces reputations ne sont plus. (^) Pag. 266. 11 senible que les Classiques ne se trainent en litterature que sur des apercus uses. De nos jours , cependant , plusieurs ecrivains qui n'ont pas et6 revpndiqnes par les Romantiques , ont prouve qu'ils ne manquoient ni d'originalite ni t^'etendue dans leurs vues litteraires. On citeroit, sous ce rapport , un assez grand noinbre d'articles inseres dans le .Mercure de France au commencement de ce siecie , et les Melanges litt^~ raires de M. de Bonald. (/; Pag. 270. Cela ne vetit pas dire que nous approu- vions le langage bizarre de quelques productions beau- coup plus r^centes , dont les aut'urs n'ont pas m^me I'excuse d'avoir fait parler a leur (lace une voix ^tran- gere. Quand la mediocrite ne veut ^tre que mediocrej eUe est supportable j parce qu'elle reste k sa place ; ( 3o8 ) Miais je ne sais rien de pitoyable comme la mediocfits' jjjii veut cont'ef^iire le talent. Encore iin mot sur notre theatre. Je ne concois pad Ces critiques qui , lorsqu'ils ont decoupe une tragedie , croient I'avoir jugee. II ne faut pas ^peler les vers de Racine un a un ponr y relever c^ue\ques ga/licismes y tnais etudier I'ensenible des caracteres , s'attacher a I'eflet particulier de chaque r61e , a I'elfet general de la piece , et declarer eiisuite sur son honneuf d'homnie de lettres , si ces laches iegeres et dont on fait tant de bruit, ne demeurent pas inapergues. II ne faut pas ou- blier Acomat en censurant Bajazet; ilfciUt tenir compte du role d'Agantemnon a celui qu'on accuse d'avoir un pen francise le r6le d'Achil'e. El nous aussi , quoi qu'on en dise, nous savons donner aux caracteres tra- giques des physionomies individuelles : le p6re du Cid ne ressemble point a celui des Horaces ; I'Agrippine de JBtitannicus n'est plus la Cleopfl.tre de Rodogune j ct La Harpe n'a pas mal prouve qu'Achille meme , I'A- ciiille (H'lphigenie , n'est pas seulemcnt un heros, mais •un heros grec , mais Achille enfin. Phedre , Britan- nicus, Athalie, la Mart de Cesar, ( j'aurois pu citer vinnt autres tragedies), n'offrent pas beaucoup de ces personnages qui ressemblent a tout, et qui se ressem- blent entre eux. Les noms de Lusignan, de Coucy, de Venj S'il faut une limite qui previenne ces ecarls , pourquoi deplacer ceile que les siecles et le geuic ont ( 3io ) po»ee?On a Ait qtie I'unite de lieu fermoit la sc^ne Classique aux conspirations, on les rendoit invraisem- blables. La reponse a cette objection, c'est le theatre d'Alfieri ; et nous remarquerons en passant qu'il n'est pas une des objections de nos iidversaires a laquelle nous Tie puissious opposer un grand homme ou iin clief-d'ceu- vre. Si les trois unites n'etoient qii'iine regie arbitraire, d'ou vient cet honimige unanime que leur rendent des homines superieurs , places hors de toute influence re- ciproque, et dans des circonstances si differentes : Lope de Vega , qui dementoit par \k les exeniples de toule sa vie theatrale ; Cervantes qui jdus que d'autrfs avoit ie droit de reclamer centre la barbarie , (il I'avoit ■vue); Corneille qui connoissoit Calderon, qui avoit etudie le theatre espagnol , qui pouvoit creer la trage- die francaise a sa ressemblance, car les pieces contem- poraines n'avoient pas accontunie nos peres a la seve- rite des traditions classiques 5 Corneille , accuse d'avoir vioie les regies, defendu par ses amis sous prolexte que notre siecle n'etoit plus celui d'Aristote, et repous- sant lui-raeme cette etrange apologie ( -voy. /a preface du Cid) ; Voltaire , auquel on -voudra bien accorder quelque independance clans ^es opinions; Alfieri, (j'en ciierois un autre, si je connoissois un esprit moins sus- pect de servilite) , Alfieri,dont les innovations drania- tiques n'auroient pu revolter des spectateurs prepares par lenrs opera et p^r Metastase? C'est qu'en effet, il »e faut pas que le siecle s'y trompe; 6tez la regie des unit PS , et les tours de force de la mediocrite nous enva- iiissent de par-tout : qua data porta, ruunt. Nous ne jnanquerons pas de poet^s tragiques qui, pour I'amour de lavariete, nous ferontfaire le tour dumonde tousles (311) soifs, et nous aurons des dranies en deux volumes que Ton intitulera tragedies, et qu'il ne seia plus temps de condamner. (o) Pag. 284. J'avoue que je ne crois point aux lit- teratures pdtrifiecs. Le mot est joli ; mais est-il vrai ? Les hommes de genie peuvent bien manquer a une lit- terature j mais je ne vois pasqu'aucune litterature, pas nieme celle des Classiques, ait etoufle le genie. Soyons justes envers les reputations contemporaines 5 aujour-* dMiui encore , notre France litt^raire compte assez d'liommes remarquables pour marcher a la tete de toules les litteratures d'Europe ; et , dans un pays ou I'v^n ne travaille que par parcelles, ou les moeurs. modernes sont a peine naturalisees sur la scene tragique , ou l« theatre ignore encore plusieurs ^poques de Thistoire ^ celle du Bas-Empire, par exemple , oii I'on atLend des long-temps une epopee , on ne se persuadera point sans quelque peine que le genre classique est epuise. Au reste , nous pourrons toujours du moins repondre, avec M. Dussault, qu'il vaut mieux tomber au-dessous de 1% perfection , apr^s s'y eire ^leve, que de n'y Jamais at- teindre , que de languir toujours en quelque sorte dans line decadence d priori. (p) Pag. 289. TantAt ils nous accusent d'avoir trop imite les anciens , tantflt de leur avoir pr^te nos senti- mens et nos pens^es : nous leur laissons le soin de se concilier. Quoi qu'il en soit, la litterature latine a ^t^ bien plus imitatrice que la n6tre , et c'est quelque chose en iaveur des traditions classiques , d'avoir regne avec un <^gal empire sur deux peuples de moeurs nussl contraires , les Remains et les Fran^ais. An reste , la <|uestion u'est pas de ^ayoir s'il faut imiter des modeles. ( 3l2 ) Les Romnntiques eux-memes ne se dissimulent point que' I'imilatioii est une necessite de notre nature ; ils nous proposen{ seulement de pniferer les Allemands anx an- ciens , com me s'il etoit di^ne de la France d'abrliquer la noble domination qu'elle exerce sur le monde civilise, et de se declarer une "fles provinces litteraires de la Germanie. ig) Pfig- 296. On a demande grace pour le roman , sous pretexte qut' , dans ce genre, I'antiquite ne nous a point legue de modeles. Mais, encore wne fois , entre les Romantiqueset nous, il s'agit moins des modeles que de la raison. Et pourquoi leurs roraans auroient-ils le privilege d'etre deraisonnables? Nous n'avons pas be- soin des anciens pour savoirque le principal personnage ne doit pas se faire attendre jusqlus austere et plus continue ; comme si, cc connoissant exactement les bornc.s de son art, il se, cc sentoit d'autant plus libre d'user de ses forces legi' cc times au-dedans des limites qu'il s'est imposees. » Quel est le Classique qui .i dit cela? C'est M. Schlegel. ( Cours de litterature dramatique , toui. x'^^ . ) Au lieu d'Eschyle et de Sophocle , lisez Corneille et Racine : le jugeijient sera tout aussi vrai , et nous preuons acta de ct;t aveu. CATALOGUE Desouvragesimprim.es, envoy es a I' Acade- mie, depuis sa derniere seance pub lique.* ^rxsTXiTsr iT xx>/M"Xirsr'i#\rxx*rs** I. IvEVUE encyclopedique. Tomes 6 et 7. 2. Journal des Proprietaires riiraiix pour le Mi(3i de la France. Tome x6etles 8 premiers numeros du t. \j. 3. Instructions sur la fabrication du salpetre, publiees par le Coniite consultatif institue pres de la Direction generate du service des poudres et salpetres de France. Paris , 1820. In-4.° 4. Annates de I'Agriculture francaise ; par MM. Tessier et Bosc. 2/ serie, tomes 10, 11, la , i3 et 14. 5. Journal d'Agriculture et des Arts du departement de I'Arriege. Tome 2, n.° 6. Foix , 1820. 6. Systeme d'Agriculture suivi par M, Coke pour sa propriete d'Obkham ; traduit de I'anglais par F.-S. MoLARD. Paris , 1820. In-S." 7. Rapport fait a S. Exc. le Ministre de I'interieur , par M. GuiLLiER, sur Tetat de I'institution royale des jeunes aveugles pendant les exercices 1818 et 1819. Paris , 1820. 8. Concordance des figures de plantes cryptogames de DlLLEM , MiCHELI , TOURNEFORT , VaiLLANT et * Depuis I'adoption de son noiiveaii r^glement , I'Acad^mie s'est fait iitie loi de confier tons les ouvragcs qu'elle a rc^us a des Commissaires charges de les liii faire connoitre d'une nia- niere plus particuliere. (3i5) ButiART> , avec la nomenclature Ae Decandole , Smith , Achard, Persoon ; par MM. Leturquier et Levieux, membres de PAcadeniie dc Rouen. 1820. 9. Memoire sur la defense de Mayence et sur sa leddition. 10. Description des pierres gravees antiques et mo- dernes qui composent la collection de feu M. Grivaud BE I.A ViNCEELE , garde du livre de la pairie , meuiLre !X etMAssoN, Rapporteurs. 19. Association de bienfaisance medicale , S/ Bulle- tin , insere le iSseptembre j 81 9 dansle Journal d'i^ gri- culture et de Commerce du Observations sur le Cadastre, presentees au Con- seil general du departement du Doubs dans sa session de 1819 ; par M. Desire Ordinaire. Besancon, in-B.** •— M. Charbonnier , -Ra/'/'or^ewr. 25. Journal d'AgricuUuie , Lettres et Arts,redige ( 3i7 ) ^ J>ar des membres de la Societe d'Emulatlon et d'Agrl- culture du departementdel'Ain. xi/ annee. 1821 . In-S." 26. Description des macbines et precedes specifies dans les brevets d'invention , de perfectionnement et d'importation dont la duree est expiree ; piibliee d'a- pres les ordres de S. Exc. le Ministre de I'interieiir ; par M. Christian, directeur du Conservatoire royal des Arts et Metiers. Tomes 3 et 4- Paris, 1820. In-4>° figures. — M. Gueneav-d'Atjmont, Rapporteur. 27. Notice historique sur la vie et les ouvrages de M. Delandine ( Antoine-Francois) , bibliothecaire de Lyon ; par J.-B. Dumas. Lyon, 1820. In-8.° — M. GiRAULT, Rapporteur. 28. Tableaux clironometriques , divises par siecles , pour servir a I'liistoire de Franc?. Pafis , 1821. In-8.° — M. GiRAULT , Rapporteur. 29. Annales europeennes de physique vegetale et d'econoinie publique. Tom. 1 , les trois premieres li- Traisons. — M. Durande , Rapporteur. 30. Rapport au Roi sur les travaux du Conseil d'a- grlculture et de ses membres correspondans , pendant I'annee 1820. 3 1 . The eight annual report of the committee of the London female penitenti;iry with lists of its officers and suscribers. London, 181 5. In-8.° — M. Antoine , Rapporteur. 02. Third report of the Cavendish squarre andBecken street, district society for visiting and relieving the sick and distressed poor at their own habitations insti- tuted march 1814. London, 1817. In-8°. — M. An- toine, Rapporteur. 33. Experimenls relating to the pendulum vibrating ( 3i8 ) seconds of time in the latitude of London , ordered by the house of commons to be printed. 2.5 mai i8i8. In-P. — M. GuENEAu u'AuMoNT , Rapporteur, 34. Observations of the preventions and treatment of the epidemic fever at present prevailing in this me- tropolis and most parts of tlie united kingdom. By Henri CeutterbucIc , M. D. London, jSig. In-8°. 35. Observations on the nature and preparation of the elaterium. Read ad the medical society of London, april 24 '819. By D. CnJTTERBuck, Presid. 36. Descriptions and illustrations of Ackermann 's patent moveables for carriages. In-fol. — M. Gueneau d'Aumont , Rapporteur. 37. Saggio esperimentale siill' esterna applicazione del vapore all'acqua ^. *! .'Ji .^J.-'. . ^ Secretaire- Adjoint : M. Foisset. Bibliothechire , Garde des medailles : M. Girault, Juge de paix a Dijon. {i) Aux ternies des nouveaux statuts de ''Academie , lea membres residans sont diyises en trois classes; etdouze d'entre €ux peuvent Stre declares associes libtes. On a ciu inutile de donner ici cette division , pour 6vlter la rupib. M. deBerbis, Chevalier de I'Ordre royal de la Le- gion d'honneur , Depute de la C6te-(l'0r. 22 mai 1822. M.. Barbier de Reulle, President a la Courroyale. 5juin 1823. ACADEMICIENS HONORAIRES REGNICOLES, M. le Corate de LACipinE , Merabre de I'Academie des Sciences de I'Institutde France , Grand-Croix de I'Ordre royal de la Legion d'honneur. 2 ddcembre ■ 1779- M. le Comte de Tocqueville, Prefet de la Moselle, jincien Prefet de la C^te-d'Or. 6 mars j8i6. ( 335 ) ACAD^MICIENS HONORAIRES ETRANGERS, S. A. R. tE DUG DE SUSSEX. i3 mai 1818. JVl. le Baron de Zach , de la Societe royale de Londres, d Genes. 16 ddcembre «784« Sir William HtRscHEL , President de la Societe royale de Londres. \j juin 1786. Xord Holland, a Londres. 6 mai 181 8. ACADERIICIENS RESIDANS. M. Renaud , Inspecteur de I'Academie de Dijon. A. L. ( CI. des Sciences ). 16 juillet 1778. M. Tartelin , ancien Pharmacien et Demonstrateur de Botanique. A. L. (CI. des Sciences). \C)aoiit 1778. M. DuRANDE. (CI. des Sciences et CI. des Belles- Lettres ). 16 jitin 1785. IVI. Antoine, DocteTir-Medecin. (CI. des Sciences). 21 decembre 1786. M. GiRAULT. ( CI. des Belles-Lettres). ili juillet I'j^x). M. Vallot, Docteur-Medecin. ( CI. des Sciences). 26 Janvier 1792. IVI. BoNNET-CoQUEAu , Propriet. (CI. des Sciences]^. o.juin 1798. M. Brenet, Docteur-Medecin, Chevalier de I'Ordre royal de la Legion d'lionneur , Depute de la C6te- d'Or , de I'Academie royale de Metlecine de Paris. A. L. (CI. des Scif-nces. )2y«/'7i '79S' M. DtGouvENAiN, Propriet. A. L. ( CI. desSciences). "i juillet 1798. M. Morland, Docteur-Medecin , Professeur d'His- toire naturelle k la Faculte des Sciences de Dijon. ( CI. des Sciences et CI. des Belles-Lettres ). 3o 720- <}embre 1798, ( 336 ) M. Charbonnier. (CI. des Sciences). 3o novembre ^798- ;';; ; M. Amanton, Conseiller de Prefecfure, Chevalier de I'Ordre royal dela Legion d'honneur. (CI. des Belles- Lettres ). 3 deoembre 1799. M. PoNCET, Professeur de la Faculte de Droit.( CI. des Belles-Lettres ). 22y«/7/('; 1802. . ■ M. Naigeon , Professeur de Dessin a I'Ecole des Beaux- Arts de Dijon. A. L. ( CI. desBeaux^Arts ). a de- cembre 1802. , ^ M. le Comte Charbonnel, Lieutenant-General d'ar- tilierie, Grand-Officier de i'Ordre royal de la Legion d'honneur, et Chevalier de Saint-Louis. ( CI. , des Sciences ). 2 1 avril 1 8o3 . M. Berthot , Recteur de I'Academie de Dijon, Che- valier de I'Ordre royal de la Legion d'honneur. ( CL des Sciences), j juillet i8o3. M. Protat, Docteur-Medecin,. (CI. des Sciences etCL desBelles-Lettres ). 'j juillet x^ob . M. Devosges, Directeur de I'Ecole des Beaux-Arts de Dijon. (CI. des Beaux-Arts ). 11 mars 1806. M. GuiCHARD, Pharmacien. ( CI. des Sciences ). 21 Janvier \^0'j. M. Proudhon , Doyen de la Facult^ de Droit de Dijon. A. L. ( CI. des Belles-Lettres ). ij juin 1807. M. Couturier, Professeur de Rhetorique au College royal de Dijon (CI. des Belles-Lettres). 8juin 1808. M. Masson-Four , Pharmacien. (CI. des Sciences). 12 avril 1809. M. Travisini, Maitre de Chapelle k la Cathedrale. A. L. ( CI. des Beaux-Arts ). i/\juin 1809. i (337) M. Peignot, Inspecteur de I'Academie det)ijon. (CI. des Belles-Lettres )i 8 decembre 18 13. M. BoRNiER, Professeur de Sculpture a I'Ecole dea Beaux-Arts de Dijon. ( CI. des Beaux-Arts ). 6 sep- tembre 181 5. M. Gueneau-d'Aumont, Professeur de Physique a la Faculty des Sciences. (CI. des Sciences et CI. de» Belles-Lettres). Q./\ Janvier \^i6. M. GuENEAU DE MussY , Doym de la Faculte dea Lettres, Chevalier de I'Ordre royal de la Legion d'honnetir. (CI. des Belles-Lettres). 3i Janvier 1816. M. Nault, premier Arocat-Generul a la Cour royale* A. L. (CI. des Belles-Lettres ). ^\ fevrier 1816. M. Grasset, Proprietaire. ( CI. des Sciences). 3o dticembre 1818^ M. FoissET, ( CI. des Belles-Lettres )., 28 juin 1820. M. T)E Charrey, Proprietaire. (CI. des Belles-Lettres et CI. des Beaux- Arts). 8 mai 1822. M. Seguier, Pr«5fet de la C6te-d'0r. ( CI. des Belles- Lettres). x"!. juin 1822. ACADEMICIENS NON-RESIDANS. M. Ancelot, Homme de lettres j Pensionnairedu Rolj a Paris. 26 decembre 1 82 1 . M. Balbis, Doctenr-Medecin,ProfesseurdeBotanique ala Faculte de Medecinede Turin , etc. 8 avril 1807. M. Bastard, Professeur de Botanique a Angers. 24 fdvrier 18 13. M. Bertholet ( le Comte ) , Pair de France, Membra de I'Academie des Sciences , etc. , k Paris, i6 ities- sidor an ri {0 juillet J 798). ( 338 ) M. Bosc, de I'Academie des Sciences, etc., a Paris. t6 messidor an ri (3 juillet 1798). M. BouiLLET BE l-A Faye , ancienTresofier de France au Bureau des finances de Bourgogne , del'Academie de Beziers, a Paray-le-Monial. 2 mars 1786. Jll. BouviER, Docteur-M^decia , Administrateur des Hospices a Paris. 6 fructidor an vz (32 aoAt 1798). M. DE Brissac ( le Due ) , Pair de France, ancien Prefet de la C6te-4'Or. il^juin 1812. M. Caielet, ancien Secretaire de i'Academie pour la partie des Lettres , a Beaune. 1 5 fevrier 1 781 . M. Carnot, Conseiiler a la Cour de cassation , cheva- lier de la Legion d'honjieur, etc. , a Paris, ^.o jnin i8i3. M. Cauchy (le Chevalier), Garde des Archives de la Chambre des Pairs , etc. , a Paj-ig , i^juirf. j8i2. M. Chaptal (leComte), de I'Academie des Sciences j Grand Officierde 1a Legion d'honne«r , etc. , ^ Paris. \() juin 1784. M. Chaussjpr, Profess^ur el la Faculte de Medecine de Paris, chevalier des Ordres royaux de St. -Michel et de la Legion d'honneur , a Paris, i^novembre \ 776. M. DE Choiseul-d^Aillecourt (le Comte), Chevalier de Malte et dela Legion d'honneur, Membre de I'A- cademie des Inscriptions et Belles-Lettres , ancien Prefet de la Cote-d'Or. i3 septeinbre 181 5. M. Colin, Profes^ur de Chimie k I'Ecole royale et militaire de Saint-Cyr. 13 avril 1820. M. CosTE,Inspecteur-General desH6pitauxraiIitaires, Medecin en chef de I'Hotel royal des Invalides , a Paris. i8 novembre J779. ( 339 ) M. CosTE , ancien Secretaire perpetual de I'Academie de Besancon , a Besancon , 2.6 juillet 1809. M. Delcros , capitaine au Corps royal des Ingenieurs geographes, a Paris. 7.() novembre 1820. M. Desfontaines, de I'Academie des Sciences, Pro- fesseur de Botanique , etc. , a Paris. i6 messidor an. vr (3juillet 1798). M. Denon , de I'Academie des Beaux-Arts , ancien Di- recleur du Mus^e, etc. , 4 Paris. 11 avril 1804. M. Desgenettes, Inspecteur-general des HApitaux militaires , commandeur de I'Ordre royal de la Legion d'Honneur, a Paris. 14 mars 1810. M. Desvignes , Maitre de Chapelle de Notre-Dame de Paris, etc. 26 avril 1820. M. DucHANOY, Docteur regent de I'ancienne Faculte de Medecine de Paris, etc., d Paris. 11 mars yjjc)- M. Fabre, Membre de I'Institut royal de France, In- genieur en chef des Ponts et Ch^ussees , a Paris, j i Janvier 181 5. M. DE LA Fare (I'abbe), ancien Eveque de Nancy, premier Aumonier de S. A. R. Madame Duchesse d'Angouleme , a Paris. "2.1^ Janvier 1779. M. Francois de Neufchateau ( le Comte), de I'A- cademie francaise , President de la Societe loyale d'Agriculture de Paris. 1^ Janvier iy65. M. Fremtet, a Bruxelles. /^ mai iSo5. M. GiBELiN, Docteur-Medecinet Secretaire perp^tuel de la Societe des Sciences, iAix. iz novembre tSoo. M. GossE , Correspondant de I'Institut, a Geneve. 2a novembre 1 809. M. GuiLLAVME, Secretaire adjoint de PAcademie de Besancon. 22 mars 1820. ( 34o ) M. Guillemot, ancien Ingenieur en clief des Poiitset. Cliaussees , a. Paris. tS messidor an rx {o juilleS 1798). M. Hemmer (I'abbe), Secretaire perpetual de la So- ciete nidteorologique , etc. j a Manheim. i3 novembre 1783. M. Hernandez , Professeur a I'Ecole de Medecine navale , a Toulon. ^Janvier 1809. M. HuzARD, de I'Academie des Sciences, Inspecteur- General des Ecoles royales veterinaires, a Paris. 5 fructidor an ri (22 aout 1798). M. Jacotot, Professeur de Litterature a I'Universite de Louvaln. 6 fructidor an rz (23 aout 1798). M.KuHN, Professeur d'Anatomie^Leipsick. 7.6 Janvier 1792. M. Landriani (leChevalier), aMiIan.2iy«/7/e^ 1785. M. Lasalette, ancien Inspecteur-General d'artillerie a Grenoble. 1.*' mars 181 5. M. Lesage , Inspecteur des Fonts et Chaussees, etc. , a Paris. 11 Janvier 1807. M. Lenoir, Administrateur des Monumens de I'Eglise royale de Saint- Denis. 2 decembre 1818. M. Lesueur, Maitre de Chapelle de la Musique da iloi , de I'Academie royale des Beaux-Arts , a Paris. 26 juillet 1 809 . M. Maret (le Comte), ancien Conseiller d'Etat , a Paris. M. Martin, Docteiir-Medecin , ancien President de PAcademie de Lyon. i()ftvrier 1812. M. Masuyer, Professeur de Chimie a la Faculte de Medecine de Strasbourg. 23 decembre 1784. ( 341 ) M. Mermet (I'abbe), ancien Censeurdes etudes, etc. a Saint-Claude. 11^ avril 1812. M. Petitot, Secretaire-General du Conseil royal d'lnstruction pxiblique , a Paris. 17 nivdse an xiz ( 18 Janvier i8o4). M. Planche, Pharmacien, de I'Academie royale de Medecine , a Paris, i/^fevrier 181 3. M. Prudhon, Peintre,de I'Academie royale des Beaux- Arts, k Paris. 2 decembre i8i8. M. QuATREMiRE DE QuiNCY, de I'Academie royale des Inscriptions et Belles-Lettres , et Secretaire per- petuel de I'Academie des Beaux-Arts , a Paris. 8 aoUt 1821. M. Radet, Homme de Lettres , Pensionnaire du Roi , a Paris. 27 brumaire an ki ( 18 novembre 1802). M. RiBouD , ancien President a la Cour royale de Lyon , Membre correspondant de I'Academie des Inscrip- tions et Belles-Lettres, et de plusieurs autres Socie- tes nationales et etrangeres , Officier de I'Ordre royal de la Legion d'honneur , et Secretaire perpetuel de la Societe d'emulation de I'Ain, a Bourg. \^ Janvier 1781. M. Saissy, Docteur-Medecin i Lyon. 20 novembre 181 1 . M. Samoilowitz , Docteur-Medecin , de la Societe royale d'Edimbourg, etc. , a Cherson. i5 aoiit 1782. M. SuREMAiN DE MissERY , ancien Officier d'Arlille- rie, de la Societe royale des Sciences de Paris, etc., aBeaune. ^"bjuillet 1789. M. Tessier , de I'Academie des Sciences, etc. , a Paris. 16 messidor an ri ( 3 juillet j 798 ). (342 ) M. ThtebAud be Berneaud, Sous-Bibliothecajre i& la Bibliotheque Mazarine , a Paris. ^Janvier i8i5. M. Thouin , de I'Academie des Sciences, etc. , etc. , a Paris. j6 messidor an ri (3 juillet 1798). M. Valentin , Docteur-Medecin , Chevalier des Or- dres royaux de Saint-Michel el de la Legion d'hon- neur , a Nancy. 27 nivose a/jjsrzT- (18 Janvier i8o4)- M. Van Mons , Pr<5fesseur de Chimie a Bruxelles. 27 nivSse an jcii ( 18 Janvier i8o4)- M. Vaucher, Ministre dii Saint Evangile et Profes- seur de Botanique , a Geneve. 6 decembre 1809. M. Vauquelin, de I'Academie des Sciences, Profes- seurde Chimie alaFaculte de Medecine, etc. , a Paris. n friinaire an jci ( 2 decembre 1802). ASSOCIES CORRESPONDANS. M. Aikin( Arthur) , Membre de la SocieteLinneenne, etc , a. Londres , 18 mai 1818. M. Amoreux, Docteur-Medecin a Montpellier, i5 juillet 1790. M. Arnaud aine, Docteur-Medecin au Puy, 1." avril 1818. M. Artaud, Directeur du Musee , a Lyon, i^ Janvier 1808. M. AuDiBERT-CAirrE , Docteur-Medecin , ancien Me- decin desarmees, a Bargemont. 28 juin 1809. M. Baime , Docteur-Medecin , membre de plusieurs Societes savantes , a Lyon. 4 aout 1819. M. Baumes, Professeur a la Faculte de medecine de Montpellier. i?* Janvier 1783. M. Berriat-Saint-Prix, Professeur a la Faculte de Droit de Paris. i.^\ mai \%\i. (343) M. BezitLEs (I'abbe), Pretre tie la ci-devant congrega- tion del'Oratoire, a Chalon-sur-SaAne. i4 aoutiySS, M. BoucHARLAT , de la Societe royale acaderaique des Sciences , k Paris. 5 juillet 1820. M. Brugmann , Docteur en Philosophie , a Gronin- gue. 27 mars lySS. M. Brugnatelli , Professeur d'Histoire naturelle , a Pavie. 39 novembre 1820. M. Brunel , ancien Directeur de I'Academie de Bd- ziers •, k Beziers. i.*"^ mars i'j<)'2.. M. Brunot , hoinme de lettres. 23 ihermidor an xi ( 1." aofit i8o3). M. Burard y Ingenieur des mines du Palatinat , etc. j a Paris. 27 brumaire an xi ( 18 novembre 1802 ). M. Gadet de Vaux , de la Societe d' Agriculture , etc. , a Paris. 16 niv6se an xi (6 Janvier i8o3 ). M. Champollion-Figeac, Secretaire dela Societe des Sciences, a Grenoble. i3 avril 1808. M. CoiNDET, Docteur-Medecin, k Geneve. \Z fevrier i8i§. M. CoLBT , membre de la Societe royale d'Edimbourg. 18 mai 1818. M. Collyer, membre de la Societe philosophique de Londres. 1.^ Janvier 1818. M. Curwen , membre du Parlement d'Angleterre. 18 mai 1818. M. Daru ( le Comte ) , Pair de France , I'lin des qua- rante de I'Academie Francaise , Commandeur de la Legion-d'Honneur , k Paris. 2# germinal an xji ( 1 1 avril 1804 )• M. Delam AKTiNE , proprlotairc, k M3.con. 4 aoiit 1 79 1 . M. Deluc ( J. -A. ) , a Geneve. %^ juin i8i8. ( 344 ) ■ M. Desgranges , Docteur-Medecin , a Lyon. i8 aaiii J791. M. Desormes-Dupi.essis , proprietaire , manufacturiei a Verberie. -i^ prairial an vixi ( i4juin j8oo). M. Devilly ( L. ) , menibre de plusieurs Societes sa- \antes, a Metz. ili Janvier 1822. M. Desprez , Secretaire du Conseil d'Agriculture de la Societe philotechnique , a Paris. / / frimaire an xj. ( 2 decembre 1802 ). JVI. DouwEL , a Londres. \^ Janvier 1818. M. Dubois , ancien chef de division au Ministere da I'interieur , a Paris. 6fructidor an ri ( 22 aout 1 798 ). iM. DuHAMEE, Ingenieur a I'Ecole dos mines , a Paris, 27 brumaire an xi ( 18 novembre 1802 ). JVI- Feron } Docteur en medecine , a Paris. 22 mars i8i6. M. Feytou, Bibliothecaire de la ville de Langres. a8 aoilt 1785. M. Francois , ancien Chirurgien de la marine , 4 Auxerre. i4 aout 1788. M. Gallot , Docteur-Medecin, ancien depute aux Etats-Generaux ; a Saint-Maurice-ie-Girard. 2.() Jan- vier 1789, M. Gasteilier , Docteur-Medecin, h. Paris , 16 aout 1783. M. Goulet , Architecte a Paris, i thermidor an xi ( 21 juillet i8o3). M. GoY , Sculpteur au Palais des Beaux-Arts, a Paris ^ a thermidor an xi (21 juillet i8o3 ). M. Gregory ( Olinthus ) , membre de la Societe phi- losophique de Londres, aWoolvich. z8 Janvier 1812. M. Grognier , Secretaire de la Societe royale d'Agri- ( 345 ) culture , Histoire naturelle et Arts utiles de Lyon. 16 mars 1821 . M. GrunwalI) , Chevalier dii Lion belgique, Docteur en medecine , a Bellevaux pres Bouillon. 1 v_ avril 1782. M. DE Haldat, Docteur-Medecin , Professeur declii- mie, et Secretaire de I'Academie des sciences, let- tres et arts , a Nancy. 3 prairial an xxi ( 20 mat 1804 ). M. Hazard-Mirault, Secretaire-general de I'Atlie- nee des arts, etc, k Paris, ^.j Janvier 1819. M. Herschel fils, de la Societe royale de Londres, etc., etc. \^ juin 181 g, M. HuBAUD, de I'Academie de Marseille, a Mar- seille. 5 juillet 1820. M. Hurtrel-d'Arboval , amateur de I'art veterinaircj a Montreuil-sur-Mer. i.**^ mai 1816. JVI. Lacoste de Plaisance , Professeur de physique et d'histoire naturelle, a Clermont-Ferrand. 22 avril 1807. "K. Lamoureux (Justin ), Docteur-Medecin, a Bruxel- les, 24 aoUt 1808. ]Vi. Larche , Docteur-Medecin , de plusieurs Societds savantes , k Paris. 9 mai 1821. M. Lavallee , ancien Secretaire du musee, etc. , a Paris. zi germinal an xij (11 avril 1804 )• M. Lebarbier I'alne , peintre, a Paris. 2/ germinal an XII (11 avril 1804 )• M. Le Grand , Marechal de camp du Genie, k Vosne, pres ^w'\l%. 1/ frimaire an xiji ( 28 novembre 1804 )• BI. Lemaistre , ancien Inspecteur-general des poudres et salpetresj chevalier d^ I'ordre royal de la Legion (346) d'honnetir, a la Fere, ay brumaire an xi ( i8 no» vembre 1802 )• M. Lombard, de la Society d'agriculture , a Paris. j3 Janvier 1785. M. Mallet-Butini , Homme de Lettres, a Geneve. \5 juillet 1790. M. Maquart, Homme de Lettres, a Paris. 39 no- vemhre 1820. M. Marchant , Docteur-Medecin , etc. , ^ Besancon. 6 Jloreal an rizi (4 fevrier 1800 ). M. Matthey , Secretaire de la Societe de medecine , a Geneve , 22 mars 1820. M. Mollevaut , de I'Academie royale des inscriptions, etc. , a Paris. M. MoREAu {Cesar) J eleve Vice-Consiil de France en Angleterre, a Londres. 12 novembre 1817. M. MoREAU DE JoNNis, de I'Academie royale de me- decine , correspondant de I'lnstitut, a Paris. 26 720-v vembre 1817. M. Opoix, Inspecteur des eaux minerales, a Provins. 9 avril 1820. M. Perolle, Professeur d'anatomie , a Toulouse. 19 juillet 1792. M. Petitot , sculpteur , a Paris. 1 nivose an xx ( 23 decembre 1802. M. Edouard Petit, Docteur-Medecin, a Corbeil. 19 aout 1818. M. Pettigrew, de la Societe philosophique de Lon- dres. 7.^ Janvier 1818. M. Picquet, Docteur-Medecin, decore de la grande medaille d'or du merite civil d'Autriche, etc., a (347) ' SaJnt-Claude. */ frimaire an xiii ( J2 decembre 1804 ). 3\I. Ponce , Graveur, a Paris. 2 thermidor an xr ( 21 juillet i8o3). M. Richard Powel, du College royal de medecine , i Londres. 18 mai 1818. M. PoYET, Architecte de la Chambre des Deputes et de la ville de Paris, membre de I'Academie royale des beaux arts. 9 juillet 1 789. M. Perrin de Precy, a Semur-en-Brionnois. :ib Jan- vier 1822. M. Ramet, sculpteur, A Paris. 24 aoilt 1808. M. Ratmond , Prefet et Professeur de mathematiques speciales au College royal de Charabery , de I'Aca- demie royale de Turin , de celle de Goettinguej etc. ^ Chambery. ij juin 1807. M. Regnier, Conservateur du dep6t central d'artil- lerie, a Paris. 18 pluviose an xix ( 8 fevrier 1804 )• M. Revolat, Docteur-Medecin , de plusieurs Socieles savantes , a JSTice. 16 mars 1S08. M. Richard de la Prade , Docteur-Medecin, Pro- fesseur de medecine clinique, a Lyon. 10 aout 1808. Al. RiCHEROLLE, Profcsscur de rhetorique a Avallon. 22 mars 1820. M. RocHET, proprietaire , a ViUey-sur-Tille. iO fri~ maire an vii ( 3o novembre 1798). M. Salverte {Eusibe) , Homme de Lettres , i Paris. 26 thermidor an ix (3 aoiit i8oi ). M. Silvestre , Secretaire de la Societe royale et cen- trale d'agriculture de Paris, b ventdse an .yi ( 8 Jan- vier i8o3 ). (348) M. SrNci-AiR (John), baronnet, fondateur de la So- ciete d'Agriculture de Londres. 19 aout 1818. M. Tezenas ( de Montbrison) , Homme de Lettres y a Paris. 22 Aout 1821. M. Thomassin, Docteur-Medecin , ancien chirurgien en chef des armees, officier de I'ordre royal de la legion d'honneur, a Besancon. 21 aout 1783. M. T0UB.N0N , Docteur-Medecin, a Toulouse , 29 avril 1812. M. Waisse, Inspecteur des Postes, a Paris. 23 /zo- vembre 1808. TABLE DES MATIERES. kJuferture de la sSance. . . . Page 5 Compte rendu ( partie des Sciences). * . i3 AGRICULTURE. Culture des plantes medicinales , par M. D ax- on ay i5 Nouvetle ruche d'abeilles ,par M. de Gresiony. 24 Sur I'appareil vinijicateur de Mile G zrvais. . 25 ( V. aussi plus bas le Memoire sur la fermenta- tion vineuse, de M. De Gouvenain , p. 1 1 7). JTerse mdcanique 28 Memoire de M. Grognxer sur la ferrure des betes de somme 29 MEDECINE. Hecherches sur I'yode employe comme medica- ment , par M. CoiNDET 20 PHYSIQUE ET MATHEMATIQUES. (V. plus bas les deux Memoires , p. 106 et no. CHIMIE. Analyse de deux mines de fer, par M. Mxssoir. 32 Riche couleur violette tirde des fientes de poules ^ par M. Brugnatellz 23 ^■^^— —■"■■— ^■■^—"■^^—^■■■■"■..^^'—^■■."■*"~—"™^"^"^""^-^^-"-"™""™^— ^^—^.* * C'est par erreur que , tlans I'annonce des lectures qui ont xempU la st-ance piiblique , on a mis la partie scicntilique tin Compte rendu sous le noin du Secretaire de I'Acadeniie. ( 35o ) BOTANIQUE. Fausse scalata 3o Zoogine .^i Mercurius terrestris. . Ibid. Nostoc Ibid. Calamus petraeus. . . Ibid. Systeme de concordance pTe- sente par M. Fallot. 03 Compte rendu (partie des lettres). . . '66 ANTIQUITES. Excursion arcTidologique d Lux 89 Tomheaux decouverts dans la rue Berbisey. . . 4' Statue d' Hadrien . ■• , 4^ Colonne de Cussy 4^ Surle luxe et la somptuosite des Romains. ( Voy. plus bas p. i53 ). HISTOIRE. Sur I'ossuaire de Alorat 4* Journee de Fontaine-Francaise 4^ ( Voy. aussi plus bas p. 196 ) B locus et siege d'Auxonne en 1814 et 1816. . . 4^ XITTERATURE. JDe la tragedie italienne , et particulierement ' d'Alfieri 5i Des gens de lettres dans leurs rapports avec la societe dj JDiscours preliminaire d'un grand ouvrage sur la Religion , par M. DE Mi ssERY yo Poesic 80 KECROLOGIE. Notice sur M. Chabot {de I'AlIier). . 83 sur M. BuissART 90, ( 351 ) Notice sur M. Man del. ........ 93 sur M. RoujijER 95 sur 3f. Ma RET HE Charmoi. . . 97 Note sur les quadrilateres spherlques ins- crlts dans un petit cercle 106 Rapport sur le baro-thermometre de M. GoUBERT 110 Rdsultat de quelques expdriences sur la. fermentatioTi vineuse 117 Des comestibles et des vins de la Grece et de I' Italia en usage chez les Remains. i5'5 Combat de Fontaine-Francaise 196 T)u Genre romantique 224 Catalogue des outrages imprimes , envoy es cc I' Acad, depuis sa derni^re seance. . 3 14 Outrages composes par des mem b res de . I' Academic 820 Envois des SociSt^s correspondantes. . 826 Liste des membres de I' Academic des sciences , arts et belles-lettres de Di- jon 333